jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2015423 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SCP FOUSSARD - FROGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2020, le 8 décembre 2020, le 4 février 2021, le 17 février 2021 et un mémoire récapitulatif enregistré le 3 août 2021, le Syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux, représenté par Me Crusoe, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les délibérations 2020 DRH 39 et 2020 DRH 40 des 23 et 24 juillet 2020 portant statut particulier applicable au corps des ingénieurs et architectes d'administrations parisiennes et modifiant diverses délibérations ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris, d'une part, de créer un corps qui pourra accueillir les agents affectés sur des fonctions d'informaticien et, d'autre part, de reverser les différents agents dans le corps auquel ils appartenaient ou celui dans lequel ils auraient dû être intégrés, dans un délai de six mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 800 euros par jour de retard ;
3°) de dire que l'annulation prononcée par le jugement à intervenir ne pourra produire d'effets qu'après l'expiration d'un délai de six mois.
Il soutient que :
- les délibérations attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont entachées de vices de procédure faute d'avoir respecté le quorum et d'avoir préalablement été soumises au conseil supérieur des administrations parisiennes ;
- elles méconnaissent le II de l'article 118 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles 10 et 37 de la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2020, le 13 janvier 2021, le 27 janvier 2021 et le 4 mars 2021, la maire de Paris conclut au rejet de la requête et à ce qu'en cas d'annulation des délibérations en litige celle-ci ne produira d'effet qu'à l'issue d'un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le secrétaire général du syndicat n'a pas été habilité par son conseil d'administration pour agir en justice ;
- les moyens soulevés par le syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 août 2021 la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 ;
- le décret n° 98-898 du 8 octobre 1998 ;
- le décret n° 2000-1011 du 17 octobre 2000 ;
- le décret n° 2001-1375 du 31 décembre 2001 ;
- le décret n° 2004-474 du 2 juin 2004 ;
- le décret n° 2005-631 du 30 mai 2005 ;
- le décret n° 2012-1465 du 26 décembre 2012 ;
- le décret n° 2012-1466 du 26 décembre 2012 ;
- le décret n° 2015-576 du 27 mai 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,
- et les observations de Me Crusoe, représentant le syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux, et de Me Froger, représentant la maire de Paris.
Une note en délibéré présentée pour la maire de Paris a été enregistrée le 8 décembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération 2020 DRH 39 des 23 et 24 juillet 2020, le Conseil de Paris a procédé à la création du statut particulier applicable au corps des ingénieurs et architectes d'administrations parisiennes puis, par une délibération 2020 DRH 40 des mêmes jours, a modifié plusieurs délibérations antérieures. Le syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux demande au tribunal l'annulation de ces délibérations.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'article 6 des statuts du syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux, prévoit que le secrétaire général est habilité à représenter le syndicat en justice et à ester en son nom. Le secrétaire général de ce syndicat avait ainsi qualité pour introduire l'instance au nom du syndicat. La fin de non-recevoir opposée par la ville de Paris doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la délibération 2020 DRH 39 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2512-2 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions applicables au fonctionnement des conseils municipaux sont applicables au conseil de Paris, sous réserve des chapitres Ier et II du présent titre ". Aux termes de l'article L. 2512-3 de ce code : " Le conseil de Paris est composé de 163 membres ". Aux termes de l'article L. 2121-17 du même code : " Le conseil municipal ne délibère valablement que lorsque la majorité de ses membres en exercice est présente. / () ". Le quorum fixé par cette disposition s'apprécie au début de la séance et lors de la mise en discussion de chaque délibération.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du registre d'émargement ainsi que de l'enregistrement audiovisuel de la séance que la majorité des membres du Conseil de Paris était présente lors de la mise en discussion de la délibération litigieuse. Le moyen tiré de ce que le quorum n'était pas atteint doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 24 mai 1994 : " Chaque section du Conseil supérieur des administrations parisiennes est saisie, pour avis, par son président, des projets de délibérations mentionnés à l'article 28 et de celles mentionnées à l'article 31 qui concernent les statuts particuliers des corps, les conditions de nomination aux emplois et les classements hiérarchiques. Chaque section est également saisie, dans les mêmes conditions, de tout projet de décret mentionné à l'article 34 relatif aux personnels qui relèvent de sa compétence. Chaque section connaît de toute question d'ordre général relative aux personnels qui relèvent de sa compétence et dont elle est saisie soit par son président, soit à la demande du tiers de ses membres. ".
6. Il ressort de la délibération en litige que le Conseil supérieur des administrations parisiennes a rendu un avis le 15 février 2018 concernant la délibération 2018 DRH-6. Il ressort de la comparaison de cette délibération ayant fait l'objet de la consultation et de la délibération attaquée que le Conseil supérieur a été consulté sur l'ensemble des questions traitées par le texte définitif. Le Conseil de Paris a ainsi satisfait aux obligations qui lui incombait. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de consultation du Conseil supérieur des administrations parisiennes doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les fonctionnaires territoriaux appartiennent à des cadres d'emplois régis par des statuts particuliers, communs aux fonctionnaires des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics. / Ces statuts particuliers ont un caractère national. / Un cadre d'emplois regroupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier, titulaires d'un grade leur donnant vocation à occuper un ensemble d'emplois. Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade. () ". Aux termes de l'article 118 de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dont les dispositions sont désormais codifiées aux articles L. 417-2 et L. 417-3 du code général de la fonction publique : " I- La commune et le département de Paris, ainsi que leurs établissements publics, disposent de fonctionnaires organisés en corps. Les personnels de ces collectivités et établissements sont soumis à un statut fixé par décret en Conseil d'Etat, qui peut déroger aux dispositions de la présente loi. Ce statut peut être commun à l'ensemble des collectivités et établissements mentionnés ci-dessus ou à certains d'entre eux. / Les écoles relevant de l'Etat peuvent, par voie de convention, être chargées d'organiser des concours communs pour le recrutement simultané de fonctionnaires de l'Etat et de fonctionnaires des collectivités et établissements mentionnés à l'alinéa précédent. // II- Lorsqu'un emploi de la commune, du département de Paris ou de leurs établissements publics est équivalent à un emploi de la fonction publique de l'Etat, le statut particulier de l'emploi de ces collectivités et établissements et la rémunération qui lui est afférente sont fixés par référence à l'emploi de l'Etat. / Lorsqu'un emploi des collectivités ou établissements mentionnés à l'alinéa précédent est équivalent à un emploi de la fonction publique territoriale, le statut particulier de l'emploi de ces collectivités et établissements et la rémunération qui lui est afférente sont fixés par référence à l'emploi territorial. / Il peut toutefois être dérogé à ces règles lorsqu'un emploi des collectivités ou établissements mentionnés au premier alinéa et un emploi de l'Etat ou des collectivités territoriales sont équivalents mais sont soumis, à la date d'entrée en vigueur de la présente loi, à des statuts particuliers différents et bénéficient de rémunérations différentes. / Les statuts particuliers et les rémunérations des emplois définis comme ne relevant d'aucune des catégories d'emplois mentionnés ci-dessus sont déterminés dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". Et aux termes de l'article 28 du décret du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes : " L'organe délibérant de l'administration parisienne concernée, ou le conseil de Paris pour les corps communs à plusieurs administrations parisiennes, détermine par délibération, après avis du Conseil supérieur des administrations parisiennes, la référence des emplois des administrations parisiennes qui sont équivalents à un emploi de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière. / Les statuts particuliers et les rémunérations des emplois des administrations parisiennes mentionnés à l'alinéa précédent sont fixés par référence à ceux de l'emploi équivalent. Il peut toutefois être dérogé à cette règle lorsqu'un emploi des administrations parisiennes et un emploi de la fonction publique de l'Etat ou de la fonction publique territoriale sont équivalents mais étaient soumis, à la date de publication de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, à des statuts particuliers différents et bénéficiaient de rémunérations différentes, ou lorsqu'un emploi des administrations parisiennes et un emploi de la fonction publique hospitalière sont équivalents mais sont soumis à des statuts particuliers différents et bénéficient de rémunérations différentes ".
8. D'une part, il résulte de ces dispositions que le conseil de Paris était compétent pour déterminer la référence des emplois des administrations parisiennes qui sont équivalents à un emploi de la fonction publique de l'Etat et pour fixer le statut particulier applicable au corps des ingénieurs et des architectes des administrations parisiennes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
9. D'autre part, il résulte des dispositions précitées des articles 4 et 118 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 28 du décret du 24 mai 1994 que l'organe délibérant de l'administration parisienne concernée, ou le conseil de Paris pour les corps communs à plusieurs administrations parisiennes, est tenu, pour fixer les statuts particuliers et les rémunérations des emplois des administrations parisiennes, de rechercher s'il existe des emplois équivalents relevant de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière et, dans cette hypothèse, de se référer aux statuts particuliers les régissant, sauf si ces emplois étaient soumis, à la date d'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 1984, à des statuts particuliers différents et bénéficiaient de rémunérations différentes. L'équivalence des emplois s'apprécie en vérifiant si, dans leur ensemble, les fonctions qu'ils comportent sont comparables par le niveau de responsabilité et la nature des tâches exercées. Lorsqu'une telle équivalence est établie, l'organe délibérant compétent doit, en cas de création ou de modification du statut particulier d'un corps de fonctionnaires d'une administration parisienne, prendre en compte les règles prévues par le statut particulier du corps ou du cadre d'emplois qui sert de cadre de référence. En particulier, il ne peut pas laisser subsister, entre les règles qu'il adopte et celles en vigueur pour l'emploi équivalent auquel il se réfère, des différences dont l'importance serait telle que le statut particulier ou la rémunération de l'emploi des administrations parisiennes ne pourraient manifestement plus être regardés comme ayant été fixés par référence à l'emploi équivalent. La circonstance que des emplois des administrations parisiennes puissent être regardés comme équivalant à des emplois, dont les missions présentent entre elles une certaine cohérence, relevant de différents statuts ne fait pas obstacle, par elle-même, à la création d'un seul corps, dès lors que les règles applicables à ces différents statuts sont suffisamment proches pour qu'en se référant à l'un d'entre eux seulement, l'organe délibérant compétent puisse être regardé comme fixant les règles applicables aux emplois du corps des administrations parisiennes ainsi créé par référence aux autres emplois équivalents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière.
10. Il ressort des pièces du dossier que, par la délibération attaquée, le conseil de Paris a entendu créer un nouveau corps, doté d'un nouveau statut. Ce nouveau corps procède de la fusion des corps des ingénieurs des travaux de la ville de Paris, des ingénieurs hydrologues et hygiénistes de la commune de Paris, des ingénieurs économistes de la construction de la commune de Paris et des techniciens de laboratoire - cadres de santé de la commune de Paris, dont les statuts avaient auparavant été définis par référence, respectivement, au décret du 30 mai 2005 portant statut particulier du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat, au décret du 17 octobre 2000 portant statut particulier des personnels scientifiques de laboratoire du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, au décret du 8 octobre 1998 portant statut particulier du corps des ingénieurs-économistes de la construction et du corps des ingénieurs des services culturels et du patrimoine, et au décret du 31 décembre 2001 portant statut particulier du corps des cadres de santé de la fonction publique hospitalière, mis en voie d'extinction par l'article 1er du décret n° 2012-1465 du 26 décembre 2012. Le nouveau corps ainsi créé, qui comprend différentes spécialités, dont des spécialités " architecture et urbanisme " et " systèmes d'information et numérique ", a également vocation à régir des emplois d'architectes et d'informaticiens. Il ressort des débats qui ont précédé l'adoption de la délibération attaquée que pour fixer les règles applicables à ces emplois, le conseil de Paris s'est référé au statut particulier du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat.
11. Aux termes de l'article 2 du décret du 30 mai 2005 portant statut particulier du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat : " Le corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat comprend trois grades : / 1° Le grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe qui comporte cinq échelons et un échelon spécial ; / 2° Le grade d'ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat qui comporte neuf échelons ; / 3° Le grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat qui comporte dix échelons. / Le grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe donne vocation à exercer des fonctions correspondant à un niveau particulièrement élevé de responsabilité ". Selon l'article 3 de ce même décret : " Les membres du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat sont chargés de fonctions de direction, d'encadrement, d'expertise, d'étude, d'administration d'inspection, de recherche ou d'enseignement dans les domaines scientifique, technique, environnemental, économique ou social. / Les ingénieurs des travaux publics de l'Etat peuvent être chargés de la direction d'unités ou de cellules. / Les ingénieurs divisionnaires des travaux publics de l'Etat peuvent être chargés de la direction de services ou de bureaux. () ". Aux termes de l'article 26 du décret : " Les avancements de grade dans le corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat et l'avancement à l'échelon spécial du grade d'ingénieurs des travaux publics hors classe ont lieu au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement (). Les avancements de grade et d'échelon sont prononcés par arrêté du ministre chargé de l'environnement ". Les conditions pour être promus au grade d'ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat ou au grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe sont fixées aux articles 27 et 27-1 du décret.
12. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que les emplois d'ingénieurs des travaux de la ville de Paris, d'ingénieur hydrologues et hygiénistes de la commune de Paris, d'ingénieurs économistes de la construction de la commune de Paris et de techniciens de laboratoire - cadres de santé de la commune de Paris avaient été, eu égard au niveau de responsabilité et à la nature des tâches exercées, regardés comme équivalents aux emplois, respectivement, d'ingénieurs des travaux publics de l'Etat, de personnels scientifiques de laboratoire du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, d'ingénieurs économistes de la construction et de cadres de santé de la fonction publique hospitalière. Il n'est pas davantage contesté que les emplois relevant de la spécialité " systèmes d'information et numérique " du nouveau corps créé par la délibération litigieuse sont équivalents aux emplois d'ingénieurs des systèmes d'information et de communication régis par le décret du 27 mai 2015 portant statut particulier du corps des ingénieurs des systèmes d'information et de communication.
13. Or il résulte des dispositions du décret du 30 mai 2005 portant statut particulier du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat, du décret du 17 octobre 2000 portant statut particulier des personnels scientifiques de laboratoire du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, du décret du 8 octobre 1998 portant statut particulier du corps des ingénieurs-économistes de la construction et du corps des ingénieurs des services culturels et du patrimoine, du décret du 26 décembre 2012 portant statut particulier du corps des cadres de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière, dans lequel les cadres de santé avaient vocation à être intégrés à la suite de la mise en voie d'extinction de leur corps, et du décret du 27 mai 2015 portant statut particulier des ingénieurs des systèmes d'information et de communication, ainsi que des textes fixant l'échelonnement indiciaire applicable à ces corps, que les règles qui les régissent sont très proches, notamment en matière d'avancement et de rémunération. Dans ces conditions, en créant un unique corps, dont il a fixé le statut par référence au statut particulier du corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat, pour les différents ingénieurs des administrations parisiennes, quelle que soit leur spécialité, y compris celle relative aux systèmes d'information et au numérique, le conseil de Paris n'a pas fait une inexacte application des dispositions, citées au point 7, de l'article 118 de la loi du 26 janvier 1984 et pouvait procéder à l'abrogation de la délibération 1999 DRH 21-1 des 13 et 14 décembre 1999, ni entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. En revanche, d'une part, eu égard à la nature différente des tâches confiées, respectivement, aux architectes des administrations parisiennes et aux ingénieurs des travaux publics de l'Etat, ces emplois ne peuvent être regardés comme équivalents. D'autre part, si une équivalence pouvait être établie avec les emplois d'architectes et urbanistes de l'Etat, les règles régissant ces derniers, qui résultent du décret du 2 juin 2004 portant statut du corps des architectes et urbanistes de l'Etat, sont trop différentes de celles applicables aux ingénieurs des travaux publics de l'Etat pour que le conseil de Paris puisse être regardé, en se référant aux secondes, comme s'étant également référé aux premières. Par suite, le conseil de Paris a méconnu les dispositions précitées de l'article 118 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 28 du décret du 24 mai 1994 en fixant les règles applicables aux emplois d'architectes des administrations parisiennes par référence à celles applicables aux emplois d'ingénieurs des travaux publics de l'Etat.
15. En dernier lieu, dès lors qu'aux termes du troisième alinéa de l'article 4 de la loi du 26 janvier 1984 : " Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade ", la circonstance que les membres des autres spécialités du corps des ingénieurs et architectes d'administrations parisiennes, ne peuvent, en l'absence de diplôme requis, assurer les fonctions d'architectes est sans incidence sur la légalité de la délibération contestée. Par suite, le Conseil de Paris n'a pas méconnu les dispositions des articles 10 et 37 de la loi du 3 janvier 1977 ni entaché la délibération litigieuse d'une incompétence négative.
16. Il résulte de ce qui précède que la délibération 2020 DRH 39 du Conseil de Paris doit être annulée en tant seulement qu'elle fixe les règles applicables aux emplois d'architectes des administrations parisiennes par référence à celles applicables aux emplois d'ingénieurs des travaux publics de l'Etat.
En ce qui concerne la délibération 2020 DRH 40 :
17. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
18. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
19. La délibération 2020 DRH 40 des 23 et 24 juillet 2020 du conseil de Paris relative à la modification de diverses délibérations n'aurait pu être légalement prise en l'absence de la délibération partiellement annulée. Dans ces conditions, l'annulation partielle de la délibération 2020 DHR 39 emporte par voie de conséquence l'annulation de la délibération 2020 DRH 40 en tant seulement qu'elle concerne les règles applicables aux emplois des architectes des administrations parisiennes.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les délibérations 2020 DRH 39 et 2020 DRH 40 doivent être annulées en tant seulement qu'elles portent sur les emplois d'architectes des administrations parisiennes. Compte tenu des effets excessifs d'un retour immédiat aux règles applicables aux emplois d'architectes des administrations parisiennes et des risques qu'il comporterait pour la gestion des carrières des agents concernés, il y a lieu de différer l'effet de l'annulation jusqu'au 5 juillet 2023 en précisant que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de la présente décision, les effets des dispositions litigieuses doivent être regardés comme définitifs.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. L'annulation des délibérations du Conseil de Paris 2020 DRH 39 et 2020 DRH 40 des 23 et 24 juillet 2020 n'implique aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
22. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la ville de Paris demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
23. D'autre part, aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement () peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. ". Si dans sa requête, le syndicat CGT cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux a demandé à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la ville de Paris en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces conclusions n'ont pas été reprises dans le mémoire récapitulatif enregistré le 3 août 2021, produit en application des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative précité. Le syndicat requérant doit donc être réputé avoir abandonné ces conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les délibérations du Conseil de Paris 2020 DRH 39 et 2020 DRH 40 des 23 et 24 juillet 2020 sont annulées en tant qu'elles portent sur les emplois d'architectes des administrations parisiennes à compter du 5 juillet 2023.
Article 2 : Sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de la présente décision contre les actes pris sur le fondement des délibérations 2020 DRH 39 et 2020 DRH 40 des 23 et 24 juillet 2020, les effets produits par ces dernières antérieurement à leur annulation sont regardés comme définitifs.
Article 3 : Les conclusions de la ville de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens des services publics territoriaux et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La rapporteure,
A. A
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL-HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026