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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016453

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016453

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33 UE du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sierra-léonais né le 14 septembre 1997, a présenté une demande d'asile enregistrée au guichet unique le 10 janvier 2017. Sa demande a été placée sous procédure Dublin et il a accepté, le même jour, la prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Office français de l'immigration et de l'intégration) et a ainsi bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, a été pris le 5 juillet 2017. L'intéressé a été déclaré en fuite, le 6 juillet 2017, en raison du non-respect de l'obligation de se présenter aux autorités. L'OFII a suspendu, le 7 juillet 2018 les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. A l'expiration du délai de transfert, la France est devenue responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A. Le 27 septembre 2018, le préfet de police a remis une attestation de demande d'asile en procédure normale au requérant. Par un courrier du 22 janvier 2019, M. B A a demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B A demande l'annulation de la décision par laquelle l'OFII a implicitement rejeté sa demande.

2. Par une décision du 15 juillet 2019, notifiée à l'intéressé le 17 juillet suivant, le directeur territorial de l'OFII a expressément rejeté la demande de M. A tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Cette décision s'étant substituée à la précédente, M. A doit être regardée comme en demandant l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil précise les textes dont il est fait application et indique que l'intéressé n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle précise en outre que sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur de vulnérabilité au sens de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond à l'exigence de motivation posée par les articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision serait entachée d'un défaut d'examen.

4. En deuxième lieu, la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

5. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 742-1 du même code : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". L'article L. 744-1 de ce code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Selon l'article L. 744-9 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () ".

6. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

7. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. En l'espèce, M. A soutient que c'est à tort que l'OFII a considéré qu'il devait être regardé comme en fuite pour refuser le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il est constant que M. A ne s'est pas rendu à ses convocations par la préfecture des 9 juin et 5 juillet 2017, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier. Si dans ses observations envoyées à l'office français de l'immigration et de l'intégration le 21 juin 2018, M. A explique son absence à la convocation du 9 juin 2017, dont il a informé la préfecture par un courrier du 6 juin 2017, par un rendez-vous médical à l'hôpital, il n'explique pas les raisons pour lesquelles, alors qu'informé depuis le 13 février 2017 de sa date de convocation, il n'a pu décaler ce rendez-vous et ne justifie pas de l'urgence de celui-ci. S'il fait valoir qu'il a été contraint, le 5 juillet 2017, de se rendre à nouveau aux urgences de l'hôpital en raison de son état de santé et s'en est excusé par courrier du 2 août 2017 auprès des autorités de l'asile, le certificat médical qu'il joint à l'appui de ces allégations fait seulement état de ce qu'il s'est présenté ce jour pour des douleurs thoraciques, mais ne précise pas le caractère urgent ou impératif de cette consultation à cette date. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est demeuré sans attestation de demande d'asile pendant plus de 15 mois sans se manifester auprès des autorités et qu'il n'a pas davantage repris contact avec la direction territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'il ne percevait plus l'allocation de demandeur d'asile depuis août 2017, condition nécessaire au versement de l'allocation pour demandeur d'asile aux termes des dispositions D. 744-17 du même code. S'il se prévaut de sa vulnérabilité, évoquant un syndrome post-traumatique, le certificat médical du 20 février 2020 qu'il produit, postérieur de plus d'une année à la décision attaquée et peu probant, ne fait que relater ses propos. Il n'apporte ainsi aucun élément sérieux de nature à établir la nature et la gravité d'une telle vulnérabilité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables.".

10. Il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre applicable en l'espèce que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision attaquée, le requérant n'établissant, au demeurant, pas avoir apporté d'éléments nouveaux relatifs à sa vulnérabilité lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dont l'administration n'aurait pas eu connaissance avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Au surplus, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'OFII a procédé à un examen de sa vulnérabilité au regard de sa situation personnelle et familiale à la suite de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Partant, le moyen tiré de l'absence d'évaluation de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité doit être écarté. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de l'OFII serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Semak.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, président,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

A. Louart

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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