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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2018605

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2018605

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2018605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET LYON-CAEN, THIRIEZ (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 novembre 2020 et 25 août 2022, Mme B C, représentée par Me Briard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2020 par laquelle le président du conseil économique, social et environnemental (CESE) a rejeté sa demande tendant au versement de sa pension d'ancien membre de ce conseil ;

2°) d'enjoindre au président du CESE de la faire bénéficier de ses droits à pension à compter du 1er mars 2017, dans un délai de trois mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge du CESE le versement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- en se fondant sur un texte qui n'était pas applicable à la date des décisions annulées, le président du CESE a commis une erreur de droit ;

- il a méconnu le droit à un procès équitable protégé par les articles 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a méconnu l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégalement fondée sur l'application rétroactive de dispositions réglementaires non prévue par la loi ;

- elle se prévaut, par voie d'exception, de l'illégalité de l'arrêté du 8 juin 2015 publié le 19 juin 2020 au regard du principe de sécurité juridique et de l'article L. 221-5 du code des relations entre le public et l'administration ; contrairement à ce qu'il indique cet arrêté n'a pu entrer en vigueur, sauf disposition spéciale contraire, le 16 novembre 2015, mais seulement le lendemain de sa publication ; son entrée en vigueur à cette dernière date porte une atteinte excessive aux intérêts privés qui n'est pas justifiée par l'intérêt public que constitue le retour à l'équilibre financier invoqué en défense ; l'autorité relative de la chose jugée attachée à la décision du Conseil d'Etat du 20 mars 2019 ne peut pas lui être opposée ; en réduisant avec effet immédiat les droits des mères de famille nombreuse, l'entrée en vigueur immédiate de l'arrêté a porté une atteinte excessive à ses droits ;

- elle remplit les conditions prévues par l'article 10 de l'arrêté du 21 janvier 1958 pour bénéficier d'une pension.

Par des mémoires enregistrés les 26 juillet et 16 septembre 2022, le conseil économique, social et environnemental, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 ;

- l'ordonnance n° 58-1360 du 29 décembre 1958 ;

- la loi n° 50-10 du 6 janvier 1950 ;

- la loi n° 57-761 du 10 juillet 1957 ;

- l'arrêté du 21 janvier 1958 relatif au règlement de la caisse de retraite des anciens membres du Conseil économique et social, de leurs conjoints et de leurs orphelins mineurs ;

- l'arrêté du 8 juin 2015 relatif au même règlement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A, magistrate-désignée ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Weiss pour Mme C et de Me Brecq-Coutant pour le Conseil économique, social et environnemental.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a demandé l'ouverture de ses droits à pension en qualité d'ancien membre du conseil économique, social et environnemental (CESE) de 1999 à 2004 en se fondant sur les dispositions de l'article 10 du règlement de la caisse de retraite des anciens membres du CESE résultant de l'arrêté du 21 janvier 1958, non modifié, avec effet au 1er mars 2017. Par une décision du 10 octobre 2017 confirmée sur recours gracieux le 11 janvier 2018, le président du CESE a rejeté sa demande. Par un jugement devenu définitif rendu le 17 juin 2020 le tribunal a annulé ces deux décisions et enjoint au président du CESE de réexaminer la demande de l'intéressée. Dans le cadre de ce réexamen, le président du CESE a pris le 10 septembre 2020 une nouvelle décision de rejet de la demande dont Mme C demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. La décision attaquée, qui est fondée en droit sur l'ensemble des textes régissant la caisse de retraite des anciens membres du CESE, notamment l'arrêté du 8 juin 2015, et en fait sur le constat que Mme C ne remplit pas les conditions prévues par l'article 6 de cet arrêté pour bénéficier de la pension d'ancien membre, est suffisamment motivée alors même que sa rédaction reprend en partie celle de la décision du 10 octobre 2017 annulée par le tribunal notamment en ce qui concerne l'âge d'ouverture des droits.

En ce qui concerne la légalité interne :

3. La caisse de retraite du CESE constitue un régime de base pour ses membres, géré par une caisse de retraite autonome, ainsi qu'il ressort de l'article 1er de l'arrêté du 21 janvier 1958 puis de l'article 1er de l'arrêté du 8 juin 2015 qui disposent, dans les mêmes termes que : " La Caisse de Retraite instituée par la loi n° 57-761 du 10 juillet 1957 est destinée à assurer des pensions aux anciens membres du Conseil économique, à leurs veuves et à leurs orphelins mineurs (). ". Le fonctionnement de la caisse de retraite est régi par un règlement fixé par arrêté, modifié par des arrêtés du 28 juin 2011 et du 8 juin 2015. Ce dernier arrêté, pris sur le fondement de l'article 6 du règlement existant par le président et les questeurs du CESE modifie l'arrêté du 21 janvier 1958 relatif au règlement de la caisse de retraite des anciens membres du Conseil, de leurs conjoints et de leurs orphelins mineurs notamment en supprimant la bonification d'un an par enfant, en plafonnant les majorations pour enfants et en repoussant de soixante à soixante-deux ans l'âge minimum du droit d'entrée en jouissance de la pension.

S'agissant de l'exception d'illégalité :

4. D'une part, si, ainsi que le rappellent les articles L. 221-5 et L. 221-6 du code des relations du public avec l'administration, il incombe à l'autorité investie du pouvoir réglementaire d'édicter, pour des motifs de sécurité juridique, les mesures transitoires qu'implique, s'il y a lieu, une réglementation nouvelle, cette règle ne s'impose que lorsque l'application immédiate de cette réglementation est impossible ou qu'elle entraînerait une atteinte excessive aux intérêts publics ou privés en cause.

5. Il ressort des pièces du dossier que les dispositions dont Mme C demande l'abrogation ont été adoptées en vue de rétablir l'équilibre financier, gravement compromis, du régime de retraite des membres du CESE. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à cet objectif, la requérante, qui se borne à invoquer l'effet de la nouvelle réglementation sur sa situation personnelle, n'est pas fondée à soutenir que l'entrée en vigueur immédiate de l'arrêté du 8 juin 2015 après sa publication le 19 juin 2020 porte une atteinte excessive aux intérêts publics ou privés en cause.

6 . D'autre part, l'article 46 de l'arrêté du 8 juin 2015 prévoit que " sauf disposition contraire spéciale, le présent règlement entre en vigueur à la date du 16 novembre 2015 ". Cette disposition, qui est devenue caduque du fait du retard avec lequel cet arrêté a été publié, le 19 juin 2020, ne confère pas à celui-ci une portée rétroactive et n'a pas eu par elle-même pour effet d'ouvrir droit à une nouvelle disposition transitoire ayant pour effet de différer l'entrée en vigueur du décret à compter de sa date effective de publication.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de l'arrêté du 8 juin 2015.

S'agissant des autres moyens :

8. En premier lieu, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires contraires ou de principe général du droit dégagé en ce sens en matière de pensions de retraite, les droits à pension sont appréciés sur la base des dispositions applicables à la date de la décision prise en réponse à la demande, notamment dans le cas où cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet qui a ensuite été annulée. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que, du fait de l'annulation, par un jugement du tribunal du 17 juin 2020 devenu définitif, de la décision du président du CESE du 10 octobre 2017 confirmée sur recours gracieux le 11 janvier 2018, sa demande d'ouverture de droits à pension du 10 octobre 2017 relève des seules dispositions en vigueur à cette date et non pas également de celles de l'arrêté du 8 juin 2015 régulièrement publié par diffusion sur le site internet du CESE le 19 juin 2020. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

9. Pour le même motif, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est illégalement fondée sur l'application rétroactive non prévue par la loi de dispositions réglementaires.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ". La double circonstance que Mme C a présenté sa demande le 10 octobre 2017 et que la décision de refus qui lui a été opposée a été annulée par un jugement du tribunal du 17 juin 2020 devenu définitif, antérieurement à l'entrée en vigueur de l'arrêté du 8 juin 2015 publié le 19 juin 2020, ne lui permet pas de se prévaloir de l'existence d'une situation juridique définitivement constituée faisant obstacle à l'application de cet arrêté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 8 à 10 et l'annulation prononcée par le jugement du tribunal du 17 juin 2020 étant, en tout état de cause, assortie de la seule injonction de réexaminer la demande rejetée par une décision jugée illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'application à sa demande de l'arrêté du 8 juin 2015 publié le 19 juin 2020 sans prendre en compte l'annulation de la première réponse apportée à sa demande du 10 octobre 2017 méconnaît le droit à l'exécution d'une décision de justice qui découle du droit au procès équitable garanti par les articles 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, la requérante ne se prévaut pas utilement des dispositions de l'article 10 de l'arrêté du 21 janvier 1958 dans sa rédaction initiale, qui n'étaient plus applicables à la date de la décision attaquée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CESE, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme C demande sur leur fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CESE tendant à l'application de cet article.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CESE tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au conseil économique, social et environnemental (CESE).

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La magistrate désignée,

S. A

La greffière

D. DECOCK

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce que le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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