vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2018674 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 novembre 2020 et 23 novembre 2022, M. A X, représenté par Me Coll, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites intervenues à la suite des réunions de la commission administrative paritaire nationale des 23 décembre 2019, 26 mars 2020 et 9 juillet 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a refusé de faire droit à ses demandes de mutation ;
2°) d'annuler les arrêtés, intervenus à la suite des télégrammes des 23 décembre 2019, 26 mars 2020 et 9 juillet 2020, par lesquels le ministre de l'intérieur a prononcé les mutations des fonctionnaires pour le poste sur lequel il a fait une demande de mutation ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de modifier la liste des fonctionnaires mutés et de lui accorder sa mutation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision implicite et les arrêtés de mutations intervenus à la suite de la réunion de la commission administrative paritaire nationale du 23 décembre 2019 :
- la décision implicite est insuffisamment motivée ;
- la décision implicite et les arrêtés de mutation ont été pris au terme d'une procédure irrégulière ; préalablement à l'avis de la commission il n'y a pas eu d'examen de sa situation personnelle ; la commission était irrégulièrement composée faute de comporter des représentants du personnel au même grade que l'agent ou au grade immédiatement supérieur, ce que M. X n'a pas été mis à même de vérifier l'administration ne lui ayant pas fourni de procès-verbal de la séance ;
- le ministre s'est estimé lié par l'avis de la commission ;
- ils sont entachés d'une erreur de droit ; l'administration ne s'est pas prioritairement fondée sur le barème de mutation qu'elle s'est pourtant elle-même fixé dans sa circulaire du 3 avril 2018 ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ; il justifie d'une ancienneté et d'un barème de mutation supérieurs à ceux de M. V, M. M, M. AB, Mme AB, M. AD, M. S et M. AG ; l'administration ne justifie pas des motifs sur lesquels elle s'est fondée pour prendre les décisions attaquées ; en particulier il n'est pas établi que ces agents ont demandé leur mutation sur le fondement que l'administration invoque en défense ; en comparaison avec la candidature de ces fonctionnaires, il dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion ;
- ils méconnaissent le principe d'égalité de traitement ;
En ce qui concerne les décisions implicites et les arrêtés de mutations intervenus à la suite de la réunion de la commission administrative paritaire nationale des 26 mars 2020 et 9 juillet 2020 :
- les décisions implicites sont insuffisamment motivées ;
- les décisions implicites et les arrêtés de mutation ont été pris au terme d'une procédure irrégulière ; préalablement à l'avis de la commission il n'y a pas eu d'examen de sa situation personnelle ; l'administration n'a pas procédé à la publication du barème de mutation ;
- le ministre s'est estimé lié par l'avis de la commission ;
- ils sont entachés d'une erreur de droit ; l'administration ne s'est pas prioritairement fondée sur le barème de mutation qu'elle s'est pourtant elle-même fixé ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ; il justifie d'une ancienneté et d'un barème de mutation supérieurs à ceux de M. Z, de M. W, de M. U, de M. E, de M. F, de Mme L, de M. AA, de M. K, de M. J et de M. Y ; l'administration ne justifie pas des motifs sur lesquels elle s'est fondée pour prendre les décisions attaquées ; en particulier il n'est pas établi que ces agents ont demandé leur mutation sur le fondement que l'administration invoque en défense ; en comparaison avec la candidature de ces fonctionnaires, il dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion ;
- ils méconnaissent le principe d'égalité de traitement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. X ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. E, Mme U, M. F, Mme L, M. AA, M. K, M. J, M. Y, M. V, M. M, M. AB, Mme AB, M. AD et M. AH, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Par une lettre du 16 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt à agir de M. X contre les décisions implicites de rejet de sa demande de mutation et les arrêtés de mutations du ministre de l'intérieur pris dans le cadre des mouvements de mutation des 23 décembre 2019 et 9 juillet 2020 auxquels il n'était pas candidat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blusseau, conseiller,
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A X, gardien de la paix, a présenté une demande de mutation au titre du mouvement polyvalent outre-mer pour l'année 2019 et pour l'année 2020 avec pour unique vœu le secrétariat général pour l'administration de la police de La Réunion. Par des télégrammes du 23 décembre 2019, du 26 mars 2020 et du 9 juillet 2020, le ministre de l'intérieur a diffusé respectivement la liste des fonctionnaires bénéficiant d'une mutation à compter du 1er mars 2020 et du 1er septembre 2020 dans le cadre de ces mouvements sur lesquels le nom de l'intéressé ne figurait pas. Du silence de l'administration sur cette demande de mutation des décisions implicites de rejet sont nées. M. X demande au tribunal d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre de l'intérieur a refusé de faire droit à ses demandes de mutation et les arrêtés intervenus à la suite des trois télégrammes par lesquels le ministre de l'intérieur a muté les fonctionnaires sur des postes sur lesquels portait ses demandes.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. /II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : /1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles ; /()/ 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; (). ". Aux termes des dispositions de l'article 47 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Sans préjudice de l'application des dispositions de l'article 60, alinéa 4, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les fonctionnaires de police peuvent obtenir, après avis de la commission administrative paritaire et dans la mesure compatible avec les nécessités du service, des mutations dérogeant aux règles d'établissement des tableaux périodiques de mutation, pour raisons de santé ou autres circonstances graves ou exceptionnelles. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le 20 novembre 2019, M. X a uniquement formulé une demande de mutation dite standard en raison du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion au titre du mouvement polyvalent outre-mer pour l'année 2020 et n'a pas formulé de demande dite dérogatoire, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 47 du décret du 9 mai 1995. Il en ressort également que la décision implicite de refus de faire droit à cette demande de mutation a été révélée par le télégramme du 26 mars 2020 alors que les télégrammes des 23 décembre 2019 et 9 juillet 2020 révèlent les mutations prises dans le cadre des demandes dites dérogatoires, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 47 du décret du 9 mai 1995. Dans ces conditions, M. X, qui n'a pas candidaté à ces mouvements dits dérogatoires, n'a pas intérêt à demander l'annulation des décisions implicites de rejet de sa demande de mutation et des arrêtés de mutations du ministre de l'intérieur pris dans le cadre des mouvements de mutation des 23 décembre 2019 et 9 juillet 2020. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions et arrêtés sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
4. Pour l'application des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 citées au point 2 lorsque, dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, l'administration doit comparer l'ensemble des candidatures dont elle est saisie, au titre des mutations, en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés appréciée, pour ce qui concerne les agents qui demandent leur mutation, compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir.
5. D'une part, l'administration fait valoir que pour faire droit à la demande de mutation de M. Z, elle s'est fondée sur les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, que ce fonctionnaire a bénéficié de sa mutation au titre du rapprochement de conjoint alors que M. X a demandé une mutation à La Réunion en raison de ce qu'il y dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux. Toutefois, ainsi que le soutient M. X, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et en particulier de celles produites par le ministre en défense, que M. Z a obtenu sa mutation en qualité de conjoint et bénéficie ainsi, tout comme M. X, d'un droit de priorité au titre de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. Il s'ensuit qu'en refusant de faire droit à la demande de mutation de M. X, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant commis une erreur de fait. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de mutation au titre de l'année 2020 révélée par le télégramme du 26 mars 2020 ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté procédant à la mutation de M. Z.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. K, M. J, M. Y ont été mutés à La Réunion au motif qu'ils justifient y avoir le centre de leurs intérêts matériels et moraux. M. X justifie également du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion et il ressort des pièces du dossier qu'il occupe le poste de gardien de la paix depuis 2005 au service de la brigade anti-criminalité à la circonscription de sécurité publique de Palaiseau, que ses évaluations professionnelles sont élogieuses, qu'il a obtenu la note de 6 en 2018 et 2019 et plusieurs lettres de félicitations entre 2006 et 2019. Si le ministre fait valoir que M. K, M. Y et M. J ont obtenu les notes 5 et 6 entre 2017 et 2020 ainsi que des lettres de félicitations, cette double circonstance n'est pas suffisante pour établir que leurs parcours et expérience professionnels sont plus méritants que ceux de M. X. En outre, le ministre n'apporte aucun autre élément relatif, notamment, à l'ancienneté de ces trois agents dans le corps ou tiré de l'intérêt du service. Il s'ensuit qu'en refusant de faire droit à la demande de mutation de M. X, le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de l'intérêt du service et de la situation familiale de l'intéressé. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation des arrêtés individuels de mutation de M. Y, de M. K et de M. J.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. X est fondé à demander l'annulation de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de mutation au titre de l'année 2020 révélée par le télégramme du 26 mars 2020, ainsi que, par voie de conséquence, des arrêtés de mutation de M. Z, de M. Y, de M. K et de M. J.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer réexamine la situation de M. X. Il y a lieu, en l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. X d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La décision implicite de refus de faire droit à la demande de mutation de M. X à La Réunion révélée par le télégramme du 26 mars 2020 est annulée.
Article 2 : Les arrêtés individuels de mutation de M. Z, de M. Y, de M. K et de M. J sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la situation de M. X dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. X une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. X est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A X, au ministre de l'intérieur des outre-mer, à M. D K, à M. P J à M. O Y, à M. B E, à Mme R U, à M. H F, à Mme AE L, à M. T AA, à M. G V, à M. C M, à M. Q AB, à Mme I AB, à M. AC AD et à M. N AF.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le rapporteur,
A. BLUSSEAU
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026