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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021269

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021269

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET WTAP AVOCATS (F.WEYL - E.TAULET - M.AROUI - E.PIRE)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2020, M. B D, représenté par Me Taulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'AP-HP de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et de prendre toutes mesures utiles pour le protéger ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 6 quinquiès, 11 et 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dès lors qu'il est victime de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique, responsable du service du transport de patients de l'hôpital Cochin.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Me Taulet, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D a été recruté par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) le 6 mai 2013, et a été affecté à compter de 2018 en qualité de brancardier au service du transport de patients de l'hôpital Cochin. Par un courrier en date du 8 septembre 2020, M. D a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle. Du silence gardé par l'administration pendant deux mois est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " Aux termes de l'article 11 de la loi susmentionnée : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "

3. D'une part, ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

En ce qui concerne la situation de harcèlement moral invoquée par M. D :

5. M. D soutient que le directeur général de l'AP-HP, en lui refusant l'octroi de la protection fonctionnelle, a méconnu les dispositions précitées dès lors qu'il prétend avoir été victime de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique, Mme C et que, par suite, il aurait dû se voir accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

6. M. D soutient que son affectation dans le service de transport des patients sous la direction de Mme C est la cause de la dégradation de son état de santé. Il affirme avoir fait l'objet d'un traitement discriminatoire de la part de sa supérieure hiérarchique du fait de son appartenance au syndicat CGT. Il soutient également que sa responsable aurait fait en sorte que son jour de repos hebdomadaire coïncide avec le jour où il assure sa permanence syndicale et modifiait régulièrement ses horaires de travail, sans qu'il n'en soit averti préalablement. De même, il affirme que Mme C a régulièrement refusé de lui accorder des jours de congé. Enfin, il soutient que la dégradation de ses conditions de travail a conduit le médecin du travail à le placer à plusieurs reprises en arrêts maladie.

7. Cependant, si M. D soutient que les difficultés relationnelles qu'il avait avec Mme C seraient la cause de la dégradation de son état de santé, il n'apporte aucun élément probant permettant d'établir la réalité de ces allégations. En outre, si le requérant prétend que certaines de ses demandes d'absences, justifiées par l'exercice de son droit de grève, lui ont été refusées, il n'étaye ses allégations d'aucune précision, alors qu'au demeurant il ressort de la décision de l'AP-HP que le refus opposé à ces absences a été justifié par la nécessité d'assurer la continuité du service. Ainsi, l'assignation qui lui a été délivrée le 30 juin 2020 répondait à la nécessité d'assurer la continuité du service, dans le contexte d'un mouvement de grève. De même, les refus qui ont été opposés à ses demandes de changement d'horaires de service avec l'un de ses collègues ou à ses demandes de congé lui permettant d'assurer sa permanence syndicale ne sauraient faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que Mme C ait modifié ses horaires de service et ait refusé certaines de ses demandes de congé ne fait pas présumer de tels faits dès lors qu'elle n'excède pas l'exercice normal par Mme C de son pouvoir hiérarchique. En outre, si M. D prétend avoir fait l'objet d'un traitement discriminatoire de la part de Mme C du fait de son appartenance au syndicat CGT, il n'apporte pas davantage de précisions ou pièces au soutien de ses allégations. Par ailleurs, pour prétendre que son état de santé s'est dégradé en raison des agissements qu'il impute à Mme C, le requérant se borne à produire un certificat d'aptitude qui n'apporte aucune précision circonstanciée sur les conséquences sur son état de santé dont il se prévaut. En ce qui concerne la problématique des demandes de jours de congés, l'AP-HP établit, par les éléments qu'elle produit en défense, et sans être utilement contredite à cet égard, que contrairement à ce que M. D affirme, le récapitulatif des jours de congés annuels et de RTT acquis et utilisés par les agents du service au titre des années 2018 à 2020 font apparaître que l'intéressé a pu utiliser l'ensemble de ses jours de congés annuels et de RTT pour les années 2018 et 2019. Au titre de l'année 2020, M. D a pu utiliser vingt-et-un jours de congés annuels sur les vingt-cinq obtenus pour cette année, et douze jours de RTT sur les douze jours et demi dont il pouvait bénéficier. Enfin, si les pièces du dossier font effectivement apparaître l'existence de relations professionnelles dégradées au sein du service de transport des patients, qui ont conduit la responsable du service à porter plainte à trois reprises les 15, 19 juillet et 3 août 2019 pour des faits de harcèlement moral à son encontre et de dénonciation calomnieuse, et qui ont été relevées dans le cadre de l'audit du service effectué au cours de l'année 2020, cette situation de relations dégradées avait de nombreuses causes et la responsabilité ne saurait en être exclusivement imputée à la cheffe du service. Au demeurant, il peut être relevé que les allégations très générales sur le comportement prétendument agressif et violent de Mme C à l'égard de certains agents ne sont pas établies par les seuls " courriels d'alerte " produits, tous rédigés par le syndicat CGT, et qu'aucun commencement de preuve de l'exactitude matérielle des allégations qu'ils contiennent ne vient étayer.

8. Par conséquent, M. D n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer l'existence du harcèlement moral dont il se prétend victime.

En ce qui concerne le refus d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle :

9. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. D n'établit pas avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite par laquelle le directeur général de l'AP-HP a refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle a été prise en méconnaissance des dispositions susmentionnées.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 :

10. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. "

11. M. D soutient qu'en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, l'AP-HP aurait méconnu les dispositions de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983. Cependant, il résulte de ce qui a été dit plus haut que les éléments invoqués par M. D ne sont pas de nature à faire présumer l'existence de faits constitutifs de harcèlement moral. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B D et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller

M. Huin-Morales, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

A. A

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2021269/2-

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