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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101265

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101265

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantHENNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 23 janvier 2021 et les 7 février et 27 juin 2022, M. B A, représenté par Me Henni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2020 par laquelle le centre national de la recherche scientifique l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite par limite d'âge à compter du 19 décembre 2020, ensemble les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux et hiérarchiques formés le 24 septembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le centre national de la recherche scientifique l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite par limite d'âge à compter du 18 décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au centre national de la recherche scientifique de le réintégrer dans ses fonctions et de reconstituer sa carrière dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre national de la recherche scientifique une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas établi que le signataire des décisions des 19 juin et 3 décembre 2020 disposait de délégations de signature régulièrement publiées et suffisamment précises ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- il n'a pas obtenu communication des motifs des décisions rejetant implicitement ses recours gracieux et hiérarchiques, lesquelles ne sont donc pas motivées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa qualité de directeur de recherches qui lui permettait, au terme de l'article L. 952-10 du code de l'éducation, de se voir appliquer une limite d'âge fixée à 67 ans ;

- les dispositions de l'article L. 952-10 du code de l'éducation méconnaissent le principe de non-discrimination en raison de l'âge et le principe d'égalité de traitement devant la loi, la différence de traitement appliquée aux agents nés avant le 1er janvier 1955 constituant une discrimination infondée par rapport aux professeurs au collège de France, lesquels bénéficient d'une limite d'âge fixée à 70 ans.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 2 juillet 2021 et les 28 février et 7 juillet 2022, le centre national de la recherche scientifique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 19 juin 2020 sont irrecevables dès lors que cette décision a été retirée par la décision du 8 décembre 2020 ;

- ces conclusions sont également irrecevables, dès lors que cette décision a été notifiée à M. A le 9 juillet 2020 et qu'il n'a introduit son recours administratif contre cette décision que le 24 septembre 2020 ;

- les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision du 3 décembre 2020 sont irrecevables dès lors qu'elles sont devenues sans objet, le rejet implicite de son recours administratif dirigé contre cette décision s'y étant substitué ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail ;

- le code de la recherche ;

- le code de l'éducation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public ;

- la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites ;

- le décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 fixant les dispositions statutaires communes aux corps de fonctionnaires des établissements publics scientifiques et technologiques ;

- le décret n° 84-1185 du 27 décembre 1984 relatif aux statuts particuliers des corps de fonctionnaires du centre national de la recherche scientifique ;

- le décret n° 2011-2103 du 30 décembre 2011 portant relèvement des bornes d'âge de la retraite des fonctionnaires, des militaires et des ouvriers de l'Etat ;

- le décret n° 2014-838 du 24 juillet 2014 relatif au Collège de France ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Henni, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 17 mai 1954, était directeur de recherche 2ème classe au sein du centre national de la recherche scientifique (CNRS). Par une décision du 19 juin 2020, le président-directeur général du CNRS l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite par limite d'âge à compter du 19 décembre 2020 et l'a maintenu en activité jusqu'au 31 août 2021. Le 24 septembre 2020, M. A a formé un recours gracieux et un recours hiérarchique contre cette décision. Par une décision du 3 décembre 2020, le président-directeur général du CNRS l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite par limite d'âge à compter du 18 décembre 2020 et l'a maintenu en activité jusqu'au 31 août 2021. Par une décision du 8 décembre 2020, le président-directeur général du CNRS a retiré la décision du 19 juin 2020. Par un courrier reçu le 16 décembre 2020, M. A a demandé au CNRS à être maintenu en activité en surnombre jusqu'au 17 mai 2023 et, en tout état de cause, jusqu'au 31 août 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions des 19 juin et 3 décembre 2020 et les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux et hiérarchiques.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par le CNRS :

2. En premier lieu, le CNRS fait valoir que la décision du 19 juin 2020 a été retirée le 8 décembre 2020. Toutefois, ce n'est que si le retrait opéré avant que le juge n'ait statué acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, qu'il emporte disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté. Or, il est constant que la décision du 8 décembre 2020 n'a jamais été notifiée à M. A. Par ailleurs, et en tout état de cause, la requête de M. A, enregistrée le 23 janvier 2021, tend non seulement à l'annulation de la décision du 19 juin 2020, mais également à l'annulation de la décision du 3 décembre 2020, laquelle emportait implicitement mais nécessairement retrait de la décision du 19 juin 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le CNRS ne peut qu'être rejetée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 19 juin 2020 a été notifiée à M. A non pas le 9 juillet 2020, comme le soutient le CNRS, mais le 27 juillet 2020. Par suite, et dès lors que ses recours gracieux et hiérarchique, réceptionnés le 24 septembre 2020 par le CNRS et le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, ont été exercés dans le délai initial du recours contentieux ouvert contre la décision du 19 juin 2020, ils ont interrompu le délai de recours contre cette décision. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la CNRS et tirée de la tardiveté de la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

5. En troisième lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

6. Il suit de là que, contrairement à ce que fait valoir le CNRS, les décisions par lesquelles il a rejeté implicitement les recours gracieux formés par M. A les 24 septembre et 16 décembre 2020 n'ont pu se substituer aux décisions des 19 juin et 3 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été relevé au point 5 que lorsqu'un requérant présente simultanément des conclusions à fin d'annulation à l'encontre d'une décision administrative et du refus de faire droit au recours gracieux présenté à l'encontre de celle-ci, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée ne peuvent être utilement invoqués à l'appui de sa requête. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les décisions rejetant implicitement les recours gracieux et hiérarchique formés par M. A le 24 septembre 2020, tenant au défaut de motivation de ces décisions en l'absence de communication des motifs et en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 68 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Les fonctionnaires ne peuvent être maintenus en activité au-delà de la limite d'âge de leur emploi sous réserve des exceptions prévues par les textes en vigueur. ".

9. Aux termes de l'article 1er de la loi du 13 septembre 1984 susvisée : " Sous réserve des reculs de limite d'âge pouvant résulter des textes applicables à l'ensemble des agents de l'Etat, la limite d'âge des fonctionnaires civils de l'Etat est fixée à soixante-sept ans lorsqu'elle était, avant l'intervention de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, fixée à soixante-cinq ans. ".

10. Aux termes de l'article L. 952-10 du code de l'éducation alors en vigueur : " Sous réserve des reculs de limite d'âge pouvant résulter des textes applicables à l'ensemble des agents de l'Etat, la limite d'âge des professeurs de l'enseignement supérieur, des directeurs de recherche des établissements publics à caractère scientifique et technologique relevant de la loi n°82-610 du 15 juillet 1982 () est fixée à soixante-sept ans. Toutefois, la limite d'âge des professeurs au Collège de France est fixée à soixante-treize ans. / Lorsqu'ils atteignent la limite d'âge, les professeurs de l'enseignement supérieur et les personnels titulaire de l'enseignement supérieur assimilés aux professeurs d'université () sont, sur leur demande, maintenus en activité, en surnombre, jusqu'au 31 août suivant la date à laquelle ils atteignent l'âge de soixante-huit ans. / Les professeurs de l'enseignement supérieur, les directeurs de recherches des établissements publics à caractère scientifique et technologique et les autres personnels enseignants qui relèvent du ministre chargé de l'enseignement supérieur restent en fonction jusqu'au 31 août quand ils atteignent la limite d'âge en cours d'année universitaire, si les besoins du services d'enseignement le justifient ".

11. Aux termes de l'article 28 de la loi du 9 novembre 2010 susvisée : " I Pour les fonctionnaires relevant de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée dont la limite d'âge était de soixante-cinq ans en application des dispositions législatives et réglementaires antérieures à l'entrée en vigueur de la présente loi et nés à compter du 1er janvier 1955, la limite d'âge est fixée à soixante-sept ans. / II Cette limite d'âge est fixée par décret dans la limite de l'âge mentionné au I pour les fonctionnaires atteignant avant le 1er janvier 2015 l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite applicable antérieurement à la présente loi et, pour ceux atteignant cet âge entre le 1er juillet 2011 et le 31 décembre 2014, de manière croissante à raison : / 1° De quatre mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er juillet et le 31 décembre 2011 ; / 2° De cinq mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2014. ". Aux termes du point XIX de l'article 38 du chapitre VI relatif aux dispositions relatives à certains statuts particuliers de cette loi : " L'âge auquel la pension peut être liquidée par les agents mentionnés aux I à XVII du présent article évolue dans les conditions fixées par le décret prévu au II de l'article 22. La limite d'âge de ces agents évolue dans les conditions fixées par le décret prévu au II de l'article 28 et au II de l'article 31. Les durées de services effectifs mentionnées dans les mêmes I à XVII évoluent dans les conditions fixées par le décret prévu au II de l'article 35.

12. En vertu de l'article 1er du décret du 30 décembre 2011 portant relèvement des bornes d'âge de la retraite des fonctionnaires, des militaires et des ouvriers de l'Etat, l'âge d'ouverture du droit à pension de retraite des fonctionnaires et des ouvriers de l'Etat nés en 1954 est fixé, à titre transitoire à 61 ans et sept mois. Aux termes de l'article 8 du même décret : " I. Comme il est dit au II des articles 28 et 31 de la loi du 9 novembre 2010 susvisée, les limites d'âges applicables aux agents nés avant les dates mentionnées aux I de ces mêmes articles sont fixées, à titre transitoire, pour ceux atteignant avant le 1er janvier 2015 l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite qui leur était applicable avant l'entrée en vigueur de ladite loi, de manière croissante à raison de : / 1° De quatre mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er juillet et le 31 décembre 2011 ; / 2° De cinq mois par génération pour les fonctionnaires atteignant cet âge entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2014. ".

13. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite mentionné () au 1° du I de l'article L. 24 et au 1° de l'article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite est fixé à soixante-deux ans pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1955. / Cet âge est fixé par décret dans la limite de l'âge mentionné au premier alinéa pour les assurés nés avant le 1er janvier 1955 et, pour ceux nés entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1954, de manière croissante : / 1° A raison de quatre mois par génération pour les assurés nés entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1951 ; / 2° A raison de cinq mois par génération pour les assurés nés entre le 1er janvier 1952 et le 31 décembre 1954 ". Aux termes de l'article D. 161-2-1-9 de ce code : " L'âge prévu au second alinéa de l'article L. 161-17-2 est fixé à : / () / 5° soixante et un ans et sept mois pour les assurés nés en 1954 ". Enfin, aux termes de l'article L. 351-8 du même code : " Bénéficient du taux plein () : / 1° Les assurés qui atteignent l'âge prévu à l'article L. 161-17-2 augmenté de cinq années / () ".

14. Il résulte de ces dispositions que si la limite d'âge, auparavant fixée à 65 ans, a été fixée à 67 ans pour les fonctionnaires nés à compter du 1er janvier 1955, cette limite d'âge a été fixée à 66 ans et 7 mois pour les fonctionnaires nés en 1954. En l'espèce, à la date du 18 décembre 2020, M. A, né le 17 mai 1954, avait été atteint par cette limite d'âge, et pouvait bénéficier d'une retraite à taux plein en application de l'article L. 351-8 du code de la sécurité sociale. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le CNRS l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 18 décembre 2020.

15. Il résulte de ce qui précède que dès lors que le CNRS était en situation de compétence liée, les moyens tirés de ce que les décisions du 19 juin et du 3 décembre 2020 seraient entachées d'un vice d'incompétence et ne serait pas suffisamment motivées, sont inopérants et ne peuvent donc qu'être écartés.

16. En troisième lieu, la directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail a pour objet, en vertu de ses articles 1 et 2, de proscrire les discriminations professionnelles directes et indirectes, y compris les discriminations fondées sur l'âge. Toutefois, aux termes du paragraphe 5 de son article 2 : " () la présente directive ne porte pas atteinte aux mesures prévues par la législation nationale qui, dans une société démocratique, sont nécessaires à la sécurité publique, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la même directive : " () les Etats membres peuvent prévoir que des différences de traitement fondées sur l'âge ne constituent pas une discrimination lorsqu'elles sont objectivement et raisonnablement justifiées, dans le cadre du droit national, par un objectif légitime, notamment par des objectifs légitimes de politique de l'emploi, du marché du travail et de la formation professionnelle, et que les moyens de réaliser cet objectif sont appropriés et nécessaires () ".

17. D'une part, tout justiciable peut, pour contester une décision administrative, faire valoir, par voie d'action ou par voie d'exception, qu'après l'expiration des délais impartis, les autorités nationales ne peuvent ni laisser subsister des dispositions réglementaires, ni continuer de faire application des règles, écrites ou non écrites, de droit national qui ne seraient pas compatibles avec les objectifs définis par les directives. D'autre part, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, le juge doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il lui soumette des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

18. En l'espèce, M. A soutient que les dispositions transitoires de la loi du 9 novembre 2010 fixant la limite d'âge des fonctionnaires sédentaires né en 1954, et notamment des directeurs de recherche du CNRS, à 66 ans et 7 mois alors que celle de ceux qui sont nés après le 1er janvier 1955 est fixée à 67 ans et que les professeurs au Collège de France bénéficiaient, lors de l'entrée en vigueur de ces dispositions, d'une limite d'âge fixée à 70 ans, méconnaissent le principe d'égalité et seraient incompatibles avec les objectifs définis par la directive du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail.

19. Toutefois, la nécessité pour les directeurs de recherches du CNRS de poursuivre leurs missions de conception et de coordination des travaux de recherches qu'ils mènent invoquée par M. A ne suffit pas à faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes, alors, au demeurant, que les dispositions précitées prévoient que ces agents restent en fonction jusqu'au 31 août lorsqu'ils atteignent la limite d'âge en cours d'année universitaire, si les besoins du services d'enseignement le justifient, et leur permettent, sur le demande, d'être maintenus en activité, en surnombre, jusqu'au 31 août suivant la date à laquelle ils atteignent l'âge de 68 ans.

20. En outre, les directeurs de recherches du CNRS, qui relèvent du décret du 27 décembre 1984 relatif aux statuts particuliers des corps de fonctionnaires du centre national de la recherche scientifique et du décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 fixant les dispositions statutaires communes aux corps de fonctionnaires des établissements publics scientifiques et technologiques, sont dans un situation différente de celle des professeurs du Collège de France, qui relèvent du décret du 24 juillet 2014 relatif au Collège de France, qui sont nommés par décret du Président de la République, après avis de l'académie de l'Institut de France compétente, sur proposition de l'assemblée du Collège de France et sur le rapport du ministre chargé de l'enseignement supérieur, et qui sont titulaires de leurs chaires, lesquelles ne peuvent être créées que par le ministre chargé de l'enseignement supérieur, après publication au Journal officiel de la République Française d'un avis de vacances.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au CNRS.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Gandolfi, premier conseiller,

- Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

G. CLe président,

J-P. LadreytLa greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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