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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102652

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102652

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGOUJON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021, M. D A, représenté par Me Goujon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du 4 juin 2020, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable et n'a pas été mis à même de présenter des observations, en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 12 octobre 1990, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 14 juin 2018. Il a été placé en procédure dite " Dublin " pour être transféré, avec leur accord, aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il a été regardé le 8 novembre 2018 comme étant en fuite au sens de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil a été suspendu, au motif du non-respect de son obligation de présentation aux autorités, par une décision du 10 janvier 2019 que l'intéressé n'a pas contestée. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 30 novembre 2020 par laquelle la direction territoriale de l'OFII de Paris a refusé de lui rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 741-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. En l'espèce, M. B demande l'annulation de la décision du 30 novembre 2020 portant rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil présentée le 24 juillet 2020, alors que sa demande initiale d'asile a été déposée le 14 juin 2018 et qu'il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le lendemain. Dans ces conditions, la décision attaquée est régie par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi du 10 septembre 2018, en vertu du principe énoncé au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, la décision du 30 novembre 2020 mentionne les textes dont elle fait application et précise les éléments relatifs à la situation de M. A dont il a été tenu compte pour refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A ainsi que de sa vulnérabilité, laquelle a fait l'objet, en dernier lieu, d'une évaluation le 25 novembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En troisième lieu, il ne résulte ni des dispositions précitées de l'article L. 744-8, ni des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction alors applicable, que, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations écrites. Statuant sur une demande de l'intéressé, l'OFII n'a pas non plus d'obligation de soumettre la décision qu'il prend au respect d'une procédure contradictoire préalable, telle que prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire.

9. En quatrième lieu, il résulte des termes de la décision contestée, que l'OFII a refusé à M. A de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'après avoir procédé à un nouvel examen de sa situation, il n'a pas justifié avoir respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office, notamment les raisons pour lesquelles, entre le 9 décembre 2018 et le 3 juin 2020, il n'a pas fait procéder au renouvellement de son attestation de demande d'asile, alors que celle-ci conditionne le droit au maintien sur le territoire et le versement de l'allocation en litige. Par ailleurs, l'OFII a relevé que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité.

10. D'une part, la circonstance que M. A n'a pas procédé aux démarches nécessaires, sur une période d'un an et six mois, au renouvellement de son attestation de demande d'asile, n'est pas, par elle-même, de nature à établir qu'il aurait manqué aux obligations dont il s'est engagé au respect lors de l'acceptation de sa prise en charge. Toutefois, le requérant ne conteste pas sérieusement l'exactitude du motif sur lequel l'autorité administrative pouvait légalement se fonder, en application de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour prendre la décision en litige, tiré du non-respect des obligations auxquelles l'intéressé a consenti le 15 juin 2018. D'autre part, si M. A soutient qu'il vit dans la plus grande précarité, qu'il se retrouve contraint de vivre dans la rue ce qui ne fait qu'accentuer ses problèmes de santé, il n'apporte aucun élément de nature à établir ses allégations, et ce alors qu'il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du 25 novembre 2020, qu'il a déclaré ne pas avoir de problèmes de santé.

11. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'OFII, saisi de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en litige, et alors que la seule circonstance de l'enregistrement de la demande d'asile de M. A en " procédure normale " le 4 juin 2020 n'imposait pas de lui rétablir de manière automatique le bénéfice de ces conditions, a pu légalement tenir compte de l'absence de respect par l'intéressé des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII et de l'absence de facteur particulier de vulnérabilité pour prononcer la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste et d'appréciation, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 30 novembre 2020, ses conclusions à fin d'annulation devant ainsi être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées par ce dernier aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Goujon.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

A. C

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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