mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105506 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ZANATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2021 et 4 avril 2023, la société Generali IARD, représentée par Me Zanati, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 82 923 euros au titre des dommages, qu'elle a indemnisés, subis à l'occasion de la manifestation des " Gilets jaunes " du 1er décembre 2018 par la Pharmacie de l'Etoile ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies ;
- elle a versé à son assurée, dans les droits de laquelle elle est subrogée, la somme de 82 923 euros au titre de la réparation des dommages causés à la Pharmacie de l'Etoile par la manifestation des " gilets jaunes " du 1er décembre 2018.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, le préfet de police conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, subsidiairement, à son rejet au fond.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, la requérante ne justifiant d'aucun intérêt lésé ;
- les dommages indemnisés par la requérante ne sont pas imputables à la manifestation des " gilets jaunes " du 1er décembre 2018 ;
- à titre subsidiaire, que le montant du préjudice subi par l'assurée de la requérante et imputable à cette manifestation n'excède pas la somme de 53 556,25 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marthinet,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de Me Malaize, représentant la société Generali IARD, et de Mme A, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er décembre, les locaux de la Pharmacie de l'Etoile, située au 9, avenue de la Grande Armée, ont fait l'objet de dégradations. Une partie du stock a également été dégradée ou dérobée. Par un courriel du 18 novembre 2020, la société Generali IARD, agissant en qualité de subrogée dans les droits de la Pharmacie de l'Etoile, a demandé au préfet de police le remboursement de la somme de 82 923 euros qu'elle soutenait avoir versée à son assurée en réparation de la dégradation et du vol d'une partie de son stock, le 1er décembre 2018, et de la perte d'exploitation ayant résulté des divers dommages subis le même jour. Du silence gardé sur cette demande par le préfet de police est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société Generali IARD demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser cette somme.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement effectif de l'indemnité à son assuré.
3. Il résulte de l'instruction que la société Generali IARD, assureur de la Pharmacie de l'Etoile, a effectivement versé à cette dernière la somme de 82 923,05 euros au titre de la réparation des dommages causés par la manifestation des " gilets jaunes " du 1er décembre 2018. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de police et tirée de l'absence d'intérêt pour agir doit être écartée.
Sur la responsabilité de l'Etat :
4. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la manifestation du mouvement protestataire des " gilets jaunes " du 1er décembre 2018 a revêtu un caractère particulièrement violent et donné lieu à des affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants ainsi qu'à la commission, par ces derniers, de nombreuses dégradations, notamment à proximité de la place de l'Etoile. A la suite de cette manifestation, la Pharmacie de l'Etoile a fait l'objet de vols et dégradations résultant d'actes commis à force ouverte ou par violence, qui constituent des délits.
6. Le préfet de police fait valoir en défense que les dégradations commises sont le fait de " groupes de casseurs qui () ont essaimé dans les () avenues rayonnant autour de la place de l'Etoile " et qui auraient " profité de l'occasion de la manifestation () dans le seul but de commettre des infractions ". Il ne résulte pas, cependant, de l'instruction que les dommages faisant l'objet du présent recours aient été causés par un groupe distinct, constitué et organisé à seule fin de commettre des infractions. Dans ces conditions, les dommages subis par la Pharmacie de l'Etoile le 1er décembre 2018 sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur l'évaluation des préjudices :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise des 31 mars, 21 avril et 23 avril 2020, qu'un inventaire du stock de la pharmacie de l'Etoile a été réalisé le 10 décembre 2018 et que la valeur du stock vendable a été établie à 74 134,14 euros. Par ailleurs, la valeur du stock le 30 novembre 2018 était de 104 277,91 euros. La valeur des marchandises volées ou devenues invendables à la suite de la manifestation du 1er décembre 2018 s'établit donc à la somme de 30 143,77 euros.
8. En second lieu, la société requérante évalue à la somme de 33 616,00 euros la perte d'exploitation ayant résulté pour la Pharmacie de l'Etoile des dommages subis le 1er décembre 2018, calculée sur une période ayant couru du 1er décembre 2018 jusqu'à la fin du mois de mai 2019, date à laquelle les travaux de réparation ont été achevés.
9. Il résulte cependant de l'instruction que la société requérante ou son assurée ont fait le choix de retarder l'achèvement des travaux afin de prolonger l'installation de protections en bois et d'éviter ainsi un nouveau sinistre qui aurait pu survenir à l'occasion de manifestations ultérieures. Il est ainsi constant que les travaux en cause auraient pu être achevés dès la fin du mois de janvier 2019. Par suite, seule la perte d'exploitation subie du 1er décembre 2018 jusqu'à cette date est imputable à la manifestation susmentionnée du 1er décembre 2018. Eu égard à la baisse tendancielle du chiffre d'affaires mise en évidence par l'expert mandaté par la société requérante, qui n'est pas contestée par cette dernière, y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 11 628,77 euros.
10. Il résulte de l'instruction que, pour la détermination de la somme versée à son assurée, la société Generali IARD n'a déduit aucune franchise de la somme correspondant à son évaluation du préjudice.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Generali IARD de la somme de 41 772,54 euros en réparation des préjudices ayant résulté de la manifestation susmentionnée du 1er décembre 2018.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Generali IARD en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Generali IARD une somme de 41 772,54 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la société Generali IARD une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Generali IARD et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Marthinet, premier conseiller,
- Mme Marcus, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
L. Marthinet
La présidente,
P. Bailly Le greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609180
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que la déclaration de candidature, bien que déposée par courriel avant l'heure limite, n'avait été effectivement reçue et enregistrée par le consulat qu'après cette échéance, constituant ainsi un dépôt hors délai. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui fixe les conditions et délais de dépôt des candidatures.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609330
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que l'ambassadeur, en situation de compétence liée par la loi du 22 juillet 2013, devait refuser le récépissé définitif car la déclaration de candidature, déposée après l'heure limite locale (18h) et incomplète, ne satisfaisait pas aux conditions impératives de l'article 19 de cette loi. Les moyens invoqués par la requérante, notamment sur la confusion horaire ou les circonstances exceptionnelles, n'ont pas été retenus comme de nature à affecter cette appréciation légale.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger en Algérie. Le tribunal a jugé que le consul général, agissant en situation de compétence liée, devait légalement refuser l'enregistrement car le dossier complet et conforme a été reçu après l'heure limite de dépôt fixée à 18h par l'article 19 de la loi du 22 juillet 2013. Les moyens invoqués par le requérant, notamment une erreur matérielle dans l'envoi, n'ont pas été retenus pour faire échec à cette obligation de rejet.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609178
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en plein contentieux visant l'annulation du refus d'enregistrement d'une liste candidate aux élections des conseillers des Français de l'étranger pour la circonscription de Monaco. Le tribunal a annulé la décision du chef de poste consulaire, considérant que ce dernier avait excédé son pouvoir de contrôle en vérifiant des conditions non prévues par la loi, telle que l'inscription sur la liste électorale consulaire. La décision s'appuie sur l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui limite strictement les motifs de refus d'enregistrement d'une candidature.
28/03/2026