jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LYON-CAEN, THIRIEZ (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2021, la société Iberia Express, représentée par Me Chesneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision n° 20-237 du 3 novembre 2020 par laquelle l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 20 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA est incompétente pour se prononcer sur le manquement constaté ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en raison du non-respect du délai d'un mois prévu par l'alinéa 6 de l'article L. 6361-14 du code des transports ;
- les poursuites ont été engagées plus de deux ans après les faits en méconnaissance des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 6361-14 du code de transports ;
- le manquement n'est pas constitué et l'ACNUSA a dénaturé les pièces du dossier ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2021, l'ACNUSA, représentée par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'une amende de 20 000 euros soit prononcée à l'encontre de la société Iberia Express et enfin, à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Iberia Express ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports,
- le code de l'aviation civile,
- le code de justice administrative,
- l'arrêté du 6 novembre 2003 portant interdiction entre 0 heure et 5 heures des décollages d'aéronefs non programmés pendant ladite période horaire sur l'aérodrome de Paris - Charles-de-Gaulle.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viard, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sarrazin, représentant l'ACNUSA.
Considérant ce qui suit :
1. Par la décision n° 20-237 en date du 3 novembre 2020, l'ACNUSA a infligé à la société Iberia Express une amende administrative d'un montant de 20 000 euros pour non-respect de l'article 1er de l'arrêté du 6 novembre 2003 portant interdiction entre 0 heure et 5 heures des décollages d'aéronefs non programmés pendant ladite période horaire sur l'aérodrome de Paris - Charles-de-Gaulle.
Sur la légalité externe de la décision attaquée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6361-12 du code des transports : " L'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires prononce une amende administrative à l'encontre : / 1° De la personne exerçant une activité de transport aérien public au sens de l'article L. 6412-1 ; / 2° De la personne au profit de laquelle est exercée une activité de transport aérien au sens de l'article L. 6400-1 ; / 3° De la personne exerçant une activité aérienne, rémunérée ou non, autre que celles mentionnées aux 1° et 2° du présent article ; / 4° Du fréteur dans le cas défini par l'article L. 6400-2, ne respectant pas les mesures prises par l'autorité administrative sur un aérodrome fixant : / a) Des restrictions permanentes ou temporaires d'usage de certains types d'aéronefs en fonction de leurs émissions atmosphériques polluantes, de la classification acoustique, de leur capacité en sièges ou de leur masse maximale certifiée au décollage ; / b) Des restrictions permanentes ou temporaires apportées à l'exercice de certaines activités en raison des nuisances environnementales qu'elles occasionnent ; / c) Des procédures particulières de décollage ou d'atterrissage en vue de limiter les nuisances environnementales engendrées par ces phases de vol ; / d) Des règles relatives aux essais moteurs ; / e) Des valeurs maximales de bruit ou d'émissions atmosphériques polluantes à ne pas dépasser ". Aux termes de l'article L. 6361-13 du même code : " Les amendes administratives mentionnées à l'article L. 6361-12 ne peuvent excéder, par manquement constaté, un montant de 1 500 € pour une personne physique et de 20 000 € pour une personne morale. S'agissant des personnes morales, ce montant maximal est porté à 40 000 € lorsque le manquement concerne : / 1° Les restrictions permanentes ou temporaires d'usage de certains types d'aéronefs en fonction de leurs émissions atmosphériques polluantes ou de la classification acoustique ; / 2° Les mesures de restriction des vols de nuit. () ".
3. Les dispositions précitées, et plus précisément le b) de l'article L. 6361-12 du code des transports, donnent compétence à l'ACNUSA pour prononcer une sanction en cas de méconnaissance, comme en l'espèce, des restrictions permanentes en raison des nuisances environnementales occasionnées par l'activité d'aéronefs. La décision contestée, ainsi qu'il a été dit au point 1, sanctionne la méconnaissance des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 6 novembre 2003 modifié portant interdiction entre 0 heure et 5 heures des décollages d'aéronefs non programmés pendant ladite période horaire sur l'aérodrome de Paris - Charles-de-Gaulle, dont l'objet est de " réduire les nuisances sonores ". Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de manquement du 24 octobre 2016, que l'aéronef de la société Iberia Express a effectué un départ de nuit sans créneau à 00 heures 23 précisément durant la plage horaire objet des restrictions dudit arrêté. Le manquement dénoncé constitue bien une violation des règles posées par cet arrêté. Par suite, la circonstance que l'article R. 160 du code de l'aviation civile donne compétence au ministre chargé de l'aviation civile pour sanctionner les atterrissages et décollages sans créneau ne saurait avoir pour effet de priver l'ACNUSA de la compétence qu'elle tient ainsi de la loi. Le moyen tiré de l'incompétence de cette autorité doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L. 6361-1 et suivants du code des transports ainsi que l'arrêté du 6 novembre 2003 portant interdiction entre 0 heure et 4h59 des décollages d'aéronefs non programmés pendant ladite période horaire sur l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle, et rappelle les éléments de fait essentiels à la compréhension du manquement, notamment qu'il résulte du procès-verbal de manquement que le 24 octobre 2016, a eu lieu à 00h23, heure locale le départ de nuit sans créneau d'un aéronef de la compagnie aérienne. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 6361-14 du code des transports, dans sa rédaction en vigueur : " () / L'autorité convoque la personne concernée et la met en mesure de se présenter devant elle, ou de se faire représenter, un mois au moins avant la délibération. Elle délibère valablement dans le cas où la personne concernée néglige de comparaître ou de se faire représenter. / () ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. La société Iberia Express fait valoir qu'elle n'a reçu sa convocation à l'audience plénière du 3 novembre 2020 que le 7 octobre 2020 et que de ce fait, elle n'a pu disposer du délai légal d'un mois pour préparer ladite audience et organiser son déplacement à Paris. Or, il résulte de l'instruction que la société requérante a pu présenter ses observations une première fois le 17 juillet 2018 lors de la réception des poursuites, une deuxième fois le 4 novembre 2019 en réponse à l'instruction menée par l'agent assermenté et une troisième fois le 22 juillet 2020 à la suite de la réception du complément d'instruction enregistré le 24 février 2020. En outre, si la société Iberia Express soutient qu'elle a bénéficié d'un délai insuffisant pour préparer sa défense, elle n'a formulé aucune demande de délai supplémentaire à l'ACNUSA à cet effet. Dans ces conditions, la méconnaissance du délai d'un mois prévu à l'article L. 6361-14 du code des transports n'a pas privé la société Iberia Express d'une garantie ni n'a pu exercer d'influence sur le sens de la décision prise par l'ACNUSA. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire prévue par les dispositions applicables n'aurait pas été respectée doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 6361-14 du code des transports, dans sa rédaction en vigueur : " Aucune poursuite ne peut être engagée plus de deux ans après la commission des faits constitutifs d'un manquement ".
9. Il résulte de l'instruction que l'infraction reprochée à la société Iberia Express, commise le 24 octobre 2016, a donné lieu à un procès-verbal de constat de manquement en date du 14 juin 2018. Dès lors, et contrairement à ce que soutient la société requérante, les poursuites ont été engagées moins de deux ans après la commission des faits conformément aux dispositions précitées. La circonstance que la décision de la poursuivre devant le collège des sanctions ait été prise au-delà de ce délai, soit le 30 septembre 2020, est sans incidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.6361-14 alinéa 2 doit être écarté.
Sur la légalité interne de la décision attaquée :
10. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 6 novembre 2003 : " En vue de réduire les nuisances sonores autour de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle, le départ d'un aéronef du point de stationnement en vue d'un décollage de cette plate-forme est interdit entre 0 heure et 4 h 59, heures locales, si ce décollage n'a pas fait l'objet de l'attribution d'un créneau horaire de départ dans ladite plage horaire le jour en question ".
11. En premier lieu, la circonstance que la décision attaquée, qui fait référence à l'article 1er de l'arrêté du 6 novembre 2003, fasse également état de ce que le respect des procédures élaborées en vue de limiter les nuisances sonores est porté à la connaissance des usagers par la voie de l'information aéronautique (AIP) et que cette publication prévoie dans sa version en vigueur l'interdiction de décollage non programmé entre 0h et 4h59 heures locales, est sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'elle est fondée sans équivoque sur l'article 1er de l'arrêté du 6 novembre 2003. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait dépourvue de base légale doit être écarté.
12. En second lieu, la société Iberia Express soutient que ni la décision attaquée ni le procès-verbal de manquement ne précisent si l'heure relevée correspond à l'aire de stationnement ou au point de stationnement. Il résulte toutefois de l'instruction que tant le procès-verbal de manquement du 14 juin 2018 que la décision du 3 novembre 2020 indiquent que l'aéronef a effectué " un départ de nuit sans créneau " à 0 heure 23 en violation de la plage horaire interdite par l'arrêté précité. En outre, quand bien même ces documents ne mentionnent pas explicitement le " point de stationnement ", le complément d'information du 30 janvier 2020 à propos duquel la société requérante a formulé des observations en réponse le 22 juillet 2020 sans contester la matérialité des faits précise que ledit appareil " a quitté le point de stationnement en vue d'un décollage de Paris - Charles-de-Gaulle à 00:23:00 heures locales ". Dans ces conditions, et eu égard à ce qui précède, la société Iberia Express n'est pas fondée à soutenir qu'il y aurait une incertitude sur le lieu de départ pris en compte par les agents de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), de sorte que le manquement ne serait pas constitué. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les frais liés à l'instance :
13. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Iberia Express le versement à l'ACNUSA d'une somme de 1 500 euros.
14. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société Iberia Express ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Iberia Express est rejetée.
Article 2 : La société Iberia Express versera à l'ACNUSA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Iberia Express et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente-rapporteure,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
M.-P. Viard
L'assesseur le plus ancien,
V. PerrotLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026