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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106857

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106857

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106857
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantEYRIGNOUX

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 25 mars 2021, enregistrée le 1er avril 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société européenne des grands restaurants et enregistrée sous le n° 2106857.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 22 mars 2021, et un mémoire, enregistré le 1er septembre 2022, la société européenne des grands restaurants, représentée par Me Eyrignoux, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France lui a infligé une amende d'un montant de 276 400 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de l'amende ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où la lettre du 21 février 2020 l'invitant à présenter ses observations préalablement à la sanction a été signée par une autorité incompétente, la délégation de signature produite par l'administration n'étant pas suffisamment précise ;

- la lettre du 13 novembre 2019 par laquelle l'inspectrice du travail l'a invitée à présenter ses observations n'a pas été signée par l'autorité compétente visée à l'article

R. 8115-10 du code du travail ni par un agent qui disposait d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mesure où le non-respect des temps de travail et de repos des salariés relevé par l'inspecteur du travail résulte d'une mauvaise utilisation du système de pointage, qui n'était pas un système d'enregistrement automatique fiable au sens de l'article L. 3171-4 du code du travail ;

- l'administration s'est fondée à tort sur le caractère professionnel des accidents dont deux salariés ont été victimes ;

- l'administration n'a pas effectué un contrôle sérieux et réaliste de la situation ;

- la décision attaquée méconnaît la liberté d'entreprendre dans la mesure où le montant de l'amende met en péril sa situation financière ;

- à titre subsidiaire, compte tenu de sa situation financière liée à la crise sanitaire, des mesures qu'elle s'est engagée à mettre en œuvre et des infractions qui lui sont reprochées, le montant de la sanction représentant 19, 69 % de son chiffre d'affaires de l'année 2020 est disproportionné et devra être ramené à de plus justes proportions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le directeur régional interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la violation de la liberté du commerce et de l'industrie est inopérant pour contester la décision lui infligeant une amende en raison de manquements aux dispositions du code du travail, qui concernent des obligations relevant de l'ordre public social ;

- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 octobre 2022 à 12 heures.

Par une lettre du 6 mai 2024, le tribunal a demandé à la société européenne des grands restaurants, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de produire, pour compléter l'instruction, ses bilans comptables des années 2022 et 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2208490 le 11 avril 2022, la société européenne des grands restaurants, représentée par Me Eyrignoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception d'un montant de 276 400 euros émis le 23 février 2022 au titre du recouvrement de l'amende prononcée à son encontre le 21 janvier 2021 par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France, ainsi que la décision de rejet de sa réclamation préalable formée contre ce titre de perception ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception est entaché de vices de forme en l'absence de signature de son auteur et de mention de ses nom, prénom et qualité, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales ;

- il a été pris par une autorité incompétente en l'absence de signature et d'identification de son auteur ainsi que de production d'une délégation de pouvoir de l'ordonnateur principal ou secondaire ;

- il est illégal compte tenu de l'illégalité de la décision du 21 janvier 2021 prononçant l'amende administrative sur laquelle il se fonde, qui est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de la compétence du signataire de la lettre du 21 février 2020 l'invitant à formuler ses observations ;

- il est illégal compte tenu de l'illégalité de la décision du 21 janvier 2021 sur laquelle il se fonde, qui est entachée d'un vice de forme tenant à son insuffisante motivation ;

- il méconnaît la liberté d'entreprendre dans la mesure où le montant de l'amende met en péril sa situation financière ;

- il est illégal compte tenu de l'illégalité de la décision du 21 janvier 2021 sur laquelle il se fonde, qui est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mesure où le système de pointage des heures de travail accomplies par les salariés n'est pas fiable au sens de l'article L. 3171-4 du code du travail et l'administration a retenu, à tort, que les accidents de deux salariés étaient liés au travail ;

- il est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où l'administration n'a pas effectué un contrôle réaliste et les vérifications requises avant d'adopter la décision du 21 janvier 2021 et le titre de perception ;

- il est entaché d'illégalité compte tenu de la disproportion de l'amende mise à sa charge au vu de sa situation financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable compte tenu de son caractère prématuré dès lors que la réclamation préalable prévue à l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique a été formée simultanément au recours contentieux et que l'administration dispose d'un délai expirant le 15 octobre 2022 pour statuer sur la contestation qui est parvenue au comptable le 14 avril 2022.

Par une ordonnance du 6 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pawlotsky, représentant la société européenne des grands restaurants, qui fait notamment valoir que la disproportion de l'amende doit s'apprécier à la date du jugement et non à la date de la décision du 21 janvier 2021, compte tenu de l'office du juge du plein contentieux.

Considérant ce qui suit :

1. La société européenne des grands restaurants exploitait le restaurant à l'enseigne " Laurent " situé dans le 8ème arrondissement de Paris. Le 26 juin 2019, l'inspection du travail a diligenté un contrôle au sein de cet établissement, après avoir eu connaissance du décès d'un salarié, occupant l'emploi de commis de salle, survenu à la suite d'un malaise de type rupture d'anévrisme sur son lieu de travail le 31 mai 2019 ainsi que d'une déclaration concernant un autre salarié, victime d'un malaise cardiaque survenu également sur son lieu de travail le 7 juin 2019. Par une décision du 21 janvier 2021, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France a infligé une amende d'un montant global de 276 400 euros à la société européenne des grands restaurants, sur le fondement de l'article L. 8115-1 du code du travail, pour avoir méconnu ses obligations, d'une part, en matière de durée maximale quotidienne de travail (54 manquements constatés entre le 6 mai et le 24 juillet 2019, concernant 261 salariés), d'autre part, en matière de durée maximale hebdomadaire de travail (12 manquements constatés entre les semaines du 6 mai 2019 au 28 juillet 2019, concernant 112 salariés), enfin, en matière de durée minimale de repos quotidien (45 manquements constatés entre le 2 mai et le 26 juillet 2019, concernant 318 salariés). Par la requête n° 2106857, la société européenne des grands restaurants demande, à titre principal, l'annulation de cette sanction et, à titre subsidiaire, la minoration de son montant. Par la requête n° 2208490, la société européenne des grands restaurants demande l'annulation du titre de perception émis le 23 février 2022 pour recouvrer le montant de cette amende et de la décision rejetant sa réclamation préalable formée contre ce titre de perception.

2. Les requêtes n° 2106857 et n° 2208410, présentées pour la société européenne des grands restaurants, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le cadre juridique :

3. D'une part, en vertu de l'article L. 3121-18 du code du travail, relatif à la durée quotidienne maximale de travail : " La durée quotidienne de travail effectif par salarié ne peut excéder dix heures, sauf : 1° En cas de dérogation accordée par l'inspecteur du travail dans des conditions déterminées par décret ; 2° En cas d'urgence, dans des conditions déterminées par décret ; 3° Dans les cas prévus à l'article L. 3121-19 ". Aux termes de l'article L. 3121-19 de ce code : " Une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche peut prévoir le dépassement de la durée maximale quotidienne de travail effectif, en cas d'activité accrue ou pour des motifs liés à l'organisation de l'entreprise, à condition que ce dépassement n'ait pas pour effet de porter cette durée à plus de douze heures ".

4. En outre, l'article L. 3121-20 du code du travail fixe à quarante-huit heures la durée maximale hebdomadaire de travail au cours d'une même semaine. En vertu de l'article

L. 3121-22 du même code : " La durée hebdomadaire de travail calculée sur une période quelconque de douze semaines consécutives ne peut dépasser quarante-quatre heures, sauf dans les cas prévus aux articles L. 3121-23 à L. 3121-25 ". L'article L. 3121-23 dispose que : " Une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche peut prévoir le dépassement de la durée hebdomadaire de travail de quarante-quatre heures calculées sur une période de douze semaines consécutives, à condition que ce dépassement n'ait pas pour effet de porter cette durée, calculée sur une période de douze semaines, à plus de quarante-six heures ".

5. S'agissant, par ailleurs, de la durée minimale de repos quotidien, l'article

L. 3131-1 du code du travail dispose que : " Tout salarié bénéficie d'un repos quotidien d'une durée minimale de onze heures consécutives, sauf dans les cas prévus aux articles L. 3131-2 et L. 3131-3 ou en cas d'urgence, dans des conditions déterminées par décret ". En vertu de l'article L. 3131-2 de ce code : " Une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche peut déroger à la durée minimale de repos quotidien prévue à l'article L. 3131-1, dans des conditions déterminées par décret, notamment pour des activités caractérisées par la nécessité d'assurer une continuité du service ou par des périodes d'intervention fractionnées ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : 1° Aux dispositions relatives aux durées maximales du travail fixées aux articles L. 3121-18 à L. 3121-25 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ; 2° Aux dispositions relatives aux repos fixées aux articles L. 3131-1 à L. 3131-3 et L. 3132-2 et aux mesures réglementaires prises pour leur application () ". Aux termes de l'article 8115-3 de ce code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement () ". Selon l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ". Ces dispositions du code du travail permettent à l'autorité administrative de sanctionner, de manière distincte, d'un avertissement ou d'une amende d'un montant maximal de 4 000 euros par travailleur concerné chaque manquement constaté aux dispositions mentionnées aux 1° à 5° de l'article L. 8115-1, en prenant en compte, conformément à l'article L. 8115-4, les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges.

7. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8115-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision.

Sur la requête n° 2106857 dirigée contre la décision du 21 janvier 2021 :

En ce qui concerne la régularité de la sanction :

8. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, responsable du pôle politique du travail, qui disposait d'une délégation de signature du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France en vertu d'un arrêté n° 2021-1 du 11 janvier 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France n° IDF-021-2021-01 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 21 janvier 2021 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 8115-5 du code du travail : " () l'autorité administrative peut, par décision motivée, prononcer l'amende () ". En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions du code de travail applicables ainsi que la convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants (HCR) du 30 avril 1997 et son avenant n° 2 du 5 février 2007 relatif à l'aménagement du temps de travail. En outre, elle énonce les circonstances des contrôles effectués par l'inspecteur du travail et constate que les manquements relevés par l'inspecteur du travail aux dispositions des articles L. 3121-19, L. 3121-20 et L. 3131-1 du code du travail sont établis. Elle précise également les circonstances prises en compte pour déterminer le montant de l'amende prononcée et expose les observations présentées par la société européenne les grands restaurants s'agissant notamment les arguments selon lesquels, d'une part, les données figurant dans le système numérique de pointage ne correspondraient pas à la réalité des temps de travail en raison des pratiques des salariés, d'autre part, le nombre d'arrêts de travail pour maladie professionnelle au sein de l'établissement serait faible. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte une motivation satisfaisant à l'obligation découlant de l'article L. 8115-5 du code du travail.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8115-5 du code du travail : " Avant toute décision, l'autorité administrative informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée en portant à sa connaissance le manquement retenu à son encontre et en l'invitant à présenter, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, ses observations () ". Aux termes de l'article R. 8115-10 de code, dans sa rédaction applicable au litige : " Par dérogation à l'article R. 8115-2, lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative sur le fondement des articles L. 4751-1 à L. 4754-1 et L. 8115-1 à L. 8115-8, il invite l'intéressé à présenter ses observations dans un délai d'un mois () ".

11. Il résulte de l'instruction que la lettre du 21 février 2020 par laquelle la société européenne des grands restaurants a été informée du projet de prononcé d'une amende administrative au titre de l'article L. 8115-1 du code du travail et invitée à présenter ses observations a été signée, pour le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France, par Mme A B, responsable de secteur au sein de l'unité départementale de Paris, qui bénéficiait d'une délégation du 9 janvier 2020. Cette délégation vise expressément la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'incompétence de la signataire de la lettre du 21 février 2020 ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 8122-3 du code du travail : " Sans préjudice des dispositions de l'article R. 8121-15, les inspecteurs et les contrôleurs du travail exercent leur mission : 1° Soit dans une unité de contrôle départementale ou infra-départementale ; () Chacune de ces unités de contrôle est placée sous l'autorité d'un inspecteur du travail () ". Aux termes de l'article R. 8122-6 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans les limites de sa circonscription territoriale, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi () nomme les responsables des unités de contrôle et affecte les agents de contrôle de l'inspection du travail dans les sections d'inspection ". Aux termes de l'article R. 8122-10 du même code : " I. - Dans chaque unité de contrôle mentionnée au 1° de l'article R. 8122-3, l'agent de contrôle de l'inspection du travail exerce ses missions sur le territoire d'une section () IV. - Toutefois, l'inspecteur du travail est seul habilité à prendre, dans la section où il exerce ses missions, les décisions qui relèvent de sa compétence exclusive en vertu de dispositions législatives ou réglementaires ". Aux termes de l'article R. 8115-1 de ce même code : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail constate l'un des manquements aux obligations mentionnées à la section 2 du présent chapitre, il transmet au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi un rapport sur le fondement duquel ce dernier peut décider de prononcer une amende administrative ".

13. La société européenne des grands restaurants ne peut pas utilement soutenir que la lettre du 13 novembre 2019 par laquelle l'inspectrice du travail l'a informée des manquements relevés au terme de son contrôle et de la transmission de ces manquements au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi n'a pas été signée par l'autorité visée à l'article R. 8115-10 cité au point 9 du présent jugement dès lors que ces dispositions concernent la procédure contradictoire mise en œuvre par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France, après transmission du rapport établi par l'inspecteur du travail. Au surplus, il résulte de l'instruction que la société européenne des grands restaurants a présenté ses observations, en réponse à la lettre du 13 novembre 2019, par une lettre du 27 novembre 2019. En outre, elle a été mise en mesure de présenter ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire mise en œuvre par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France, par deux lettres des 20 avril et 1er octobre 2020. Dans ces conditions, le vice invoqué n'a, en tout état de cause, pu avoir aucune incidence sur le sens de la sanction prise par l'autorité compétente et n'a privé la société requérante d'aucune garantie. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

S'agissant des moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur d'appréciation :

14. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre du contrôle diligenté par l'inspection du travail, il a notamment été demandé à la société européenne des grands restaurants de transmettre les décomptes de la durée du travail des salariés des services de cuisine et de pâtisserie de l'établissement entre les mois de février et juillet 2019. Au vu des décomptes transmis par la société, issus du système de pointage de type " badgeuse " installé dans l'établissement, et de ses explications sur les horaires théoriques des salariés, l'inspectrice du travail a constaté, premièrement, qu'entre le 6 mai 2019 et le 28 juillet 2019, la durée maximale quotidienne de travail, fixée à 11 heures pour les cuisiniers du restaurant en application des articles

L. 3121-18 et L. 3121-19 du code du travail et de l'article 19.2 de l'avenant n° 2 du 5 février 2007 relatif à la convention collective nationale des hôtels, cafés restaurants (HCR) du 30 avril 1997, avait été dépassée pendant 54 journées pour 16 salariés ; deuxièmement, qu'entre le 2 mai 2019 et le 28 juillet 2019, la durée maximale hebdomadaire de travail, fixée pour les cuisiniers du restaurant à 48 heures en application de l'article L. 3121-20 du code du travail et de l'article 6.2 de l'avenant n° 2 à la convention HCT, avait été dépassée, pendant douze semaines, pour 16 salariés ; troisièmement, qu'entre le 2 mai 2019 et le 28 juillet 2019, la durée minimale de repos quotidien, fixée à 11 heures consécutives en application de l'article L. 3131-1 du code du travail, avait été dépassée à 45 reprises, concernant également 16 salariés.

15. Pour contester la réalité de ces dépassements, qui sont détaillés par date et par salarié dans le rapport du 23 décembre 2019, la société européenne des grands restaurants soutient que les décomptes des heures de travail issus de son système de pointage ne sont pas probants en raison d'une défaillance dans le contrôle de l'utilisation de la " pointeuse " alors que les salariés avaient pour pratique de pointer largement avant le début de leur service ou après la fin effective de leur service afin de comptabiliser des heures supplémentaires et de prendre d'importants temps de pause comptés à tort comme du temps de travail effectif par le système de pointage. Elle soutient ainsi que ce système n'était pas " fiable et infalsifiable " au sens de l'article L. 3171-4 du code du travail. Toutefois, le rapport de l'inspectrice du travail précise que des temps de pause d'une heure par service, soit deux heures par jour pour les salariés qui travaillaient " en coupure " (services du midi et du soir), ont été décomptés de la durée de travail retenue. Or la société n'apporte aucun élément circonstancié de nature à établir que les durées effectives de travail des salariés concernés par les dépassements auraient en réalité été conformes aux textes applicables, ou même inférieures à celles relevées par le dispositif de pointage. De même, si la société requérante reproche à l'administration de ne pas avoir fait porter son contrôle sur une période plus longue que la période de trois mois en cause, d'une part, elle ne produit aucun élément relatif aux durées de travail effectives de ses salariés au cours des mois précédant la période litigieuse. D'autre part, elle n'apporte, en tout état de cause, aucun élément permettant d'établir en quoi les durées de travail effectives des périodes antérieures dont elle se prévaut seraient de nature à infirmer la réalité des heures décomptées par son système de pointage pendant les trois mois contrôlés par l'inspection du travail. Par ailleurs, contrairement à ce que la société soutient, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que l'administration a expressément relevé qu'aucun lien causal n'était établi entre les manquements aux règles relatives à la durée du travail relevés et les deux graves accidents du travail survenus dans l'établissement. De même, contrairement aux assertions de la société requérante, il résulte de l'instruction que ses observations ont été prises en compte tant lors du contrôle diligenté par l'inspectrice du travail qu'au cours de la procédure contradictoire mise en œuvre par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France. Au vu de l'ensemble de ces éléments, la société européenne des grands restaurants n'est fondée à soutenir ni que la sanction litigieuse repose sur des faits matériellement inexacts ni, en tout état de cause, que l'administration n'a pas effectué un contrôle sérieux et réaliste de la situation.

16. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que les manquements constatés, tenant au non-respect de la durée maximale quotidienne de travail, de la durée maximale hebdomadaire de travail et de la durée minimale de repos quotidien relevés par l'administration, sont matériellement établis, la société européenne des grands restaurants n'est pas fondée à soutenir que l'administration a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 8115-1 du code du travail en lui infligeant une amende.

S'agissant du montant de l'amende :

17. Il résulte de l'instruction que, pour fixer le montant de l'amende à 400 euros par travailleur concerné, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a tout d'abord tenu compte du nombre et de l'ampleur des manquements. Il a ainsi notamment retenu que 690 manquements avaient été relevés pendant la période de trois mois considérée de sorte que les salariés en cuisine, y compris deux apprentis mineurs, avaient travaillé en moyenne entre 10 heures 30 et 13 heures 30 par jour sur des amplitudes journalières de 15 heures à 17 heures, du lundi au vendredi ainsi que 8 heures le samedi, tout en étant confrontés à un degré d'exigence et à une intensité de travail très élevés. Ensuite, l'administration a tenu compte de l'absence de paiement par l'employeur de l'intégralité des heures supplémentaires ainsi que de son inertie en matière de prise en compte des problématiques santé, sécurité et conditions de travail, mais également des mesures prises pour régulariser les durées de travail des salariés à la suite du contrôle. Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a par ailleurs fait état de l'impact important des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la crise sanitaire pour le secteur de la restauration. Il a enfin apprécié la situation financière de la société européenne des grands restaurants au vu de ses bilans comptables des années 2017 à 2019 et de la comparaison de ses chiffres d'affaires des mois de mars à septembre 2019 et de mars à septembre 2020.

18. La société européenne des grands restaurants soutient que la sanction en litige méconnaît la liberté d'entreprendre et présente un caractère disproportionné compte tenu de ses conséquences sur sa situation financière qui a été très gravement impactée par la crise sanitaire des années 2020 et 2021. Elle se prévaut, en outre, de la circonstance qu'elle a cessé d'exploiter le restaurant à compter du mois de février 2022.

19. D'une part, la liberté d'entreprendre s'entend de celle d'exercer une activité économique dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur et conformément aux prescriptions qui sont légalement imposées. Par suite, la liberté d'entreprendre ne faisait, en tout état de cause, pas obstacle à ce que le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France prenne la sanction litigieuse sur le fondement de dispositions précitées de l'article L. 8115-1 du code du travail compte tenu des manquements constatés à l'encontre de la société européenne des grands restaurants. D'autre part, la société requérante ne peut pas utilement invoquer la dégradation de sa situation financière au cours de l'année 2021 puis au cours de l'année 2022 en raison de la fin de l'exploitation du restaurant dès lors que le caractère proportionné du montant de la sanction litigieuse s'apprécie à la date à laquelle elle a été infligée, au vu de la situation, notamment financière, de la personne sanctionnée à cette même date, en l'occurrence en l'espèce à la date du 21 janvier 2021. C'est seulement dans l'hypothèse où il est amené à réformer la sanction qu'il appartient également au juge administratif, eu égard à son office de plein contentieux, de tenir compte de la situation de la personne sanctionnée à la date où il statue pour apprécier si le montant de l'amende, qu'il substitue à celle prononcé, n'est pas excessif au regard de cette situation. Enfin, compte tenu, premièrement, du nombre et de l'ampleur des manquements commis, qui ont notamment conduit seize salariés, soit la quasi-totalité de l'effectif de la brigade de cuisine incluant les apprentis mineurs, à dépasser très largement les durées maximales journalières et hebdomadaires de travail au cours de la période en cause, deuxièmement, du manque de rigueur de la société dans la gestion des questions sociales qui a été relevé lors du contrôle, troisièmement, du montant maximal de l'amende de 4 000 euros par salarié et par manquement qui pouvait être retenu par l'administration et quatrièmement, de la situation financière, à la date de la sanction contestée, de la société requérante, laquelle appartenait au demeurant à un groupe dont il est constant qu'il ne rencontrait pas de difficulté économique particulière, le moyen tiré de ce que la sanction litigieuse serait disproportionnée doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la société européenne des grands restaurants n'est pas fondée à demander l'annulation ou la réformation de la décision du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France lui a infligé une amende d'un montant de 276 400 euros. Ses conclusions aux fins d'annulation et de réformation doivent, par suite, être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

Sur la requête n° 2208490 dirigée contre le titre de perception émis le 23 février 2022 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du caractère prématuré de la requête :

21. D'une part, aux termes de l'article L. 8115-7 du code du travail : " Les amendes sont recouvrées selon les modalités prévues pour les créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine. L'opposition à l'exécution ou l'opposition aux poursuites n'a pas pour effet de suspendre l'action en recouvrement de la créance ". Aux termes de l'article R. 8115-4 de ce code : " L'amende est prise en charge et recouvrée par le comptable public assignataire de la recette. L'action en recouvrement se prescrit conformément aux dispositions de l'article

L. 274 du livre des procédures fiscales. Les articles 112 à 124, à l'exception du quatrième alinéa de l'article 117, du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique sont applicables au recouvrement de cette amende. Les sommes recouvrées sont affectées au budget général de l'Etat ".

22. D'autre part, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes des trois premiers alinéas de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception ". Aux termes de l'article 118 de ce décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ".

23. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

24. En l'espèce, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France fait valoir que le recours formé contre le titre de perception du 23 février 2022 par la société européenne des grands restaurants, en application des dispositions précitées de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012, a été reçue par le comptable public le 14 avril 2022, soit postérieurement à l'enregistrement de la requête le 11 avril 2022 de sorte que celle-ci serait prématurée. Toutefois, le cachet de la Poste apposé sur le bordereau d'envoi du pli recommandé contenant la réclamation préalable de la société européenne des grands restaurants atteste que la société a adressé sa lettre de contestation au comptable public le 10 avril 2022, soit antérieurement à l'enregistrement de sa requête le 11 avril suivant. De plus, à la date du présent jugement, le caractère prématuré de la requête a été couvert par le rejet du recours préalable, à l'expiration du délai de six mois à compter de la réception de la contestation par le comptable, soit à compter de la date non contestée du 14 avril 2022. Dans ces conditions, la circonstance que la société européenne des grands restaurants ait présenté sa requête de manière prématurée n'est pas de nature à la faire regarder comme étant irrecevable. La fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France doit ainsi être écartée.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation du titre de perception :

25. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

26. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

27. Il résulte de l'instruction que le titre de perception contesté comporte les nom, prénom et qualité de son auteur, en l'occurrence M. F C, responsable des recettes. Toutefois, l'administration n'a pas produit l'état revêtu de la formule exécutoire sur lequel figure la signature de cet ordonnateur, en dépit de la contestation de la société requérante portant notamment sur l'absence de signature du titre de perception et sur l'absence de production de la délégation de signature de son auteur. Dans ces conditions, la société européenne des grands restaurants est fondée à soutenir que le titre de perception attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

28. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2208490, que la société européenne des grands restaurants est fondée à demander l'annulation du titre de perception émis le 23 février 2022.

Sur les frais liés au litige :

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à la société européenne des grands restaurants, au titre de l'instance n° 2208490, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2106857 de la société européenne des grands restaurants est rejetée.

Article 2 : Le titre de perception émis le 23 février 2022 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à la société européenne des grands restaurants, au titre de l'instance n° 2208490, une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2208490 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société européenne des grands restaurants et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANNLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2106857, 2208490

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