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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2107997

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2107997

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2107997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BOULAY (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2021, la société Asla Cookin'Stuff, représentée par Me Boulay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle la maire de Paris a refusé la reconduction de l'autorisation d'installation d'une terrasse fermée devant son établissement sis 15, avenue de Wagram dans le 17ème arrondissement de Paris et la décision implicite du 16 avril 2021 par laquelle elle a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision initiale ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de réexaminer son dossier dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et a été prise en l'absence d'examen individuel sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article DG 10 du règlement des étalages et des terrasses installées sur la voie publique ;

- elle méconnaît le principe d'égalité ;

- elle méconnaît les principes de liberté de commerce et d'industrie et le droit de la concurrence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du maire de Paris du 6 mai 2011 portant règlement des étalages et des terrasses installées sur la voie publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boulay pour la société Asla Cookin'Stuff.

Considérant ce qui suit :

1. La société Asla Cookin' Stuff exploite un fonds de commerce de restauration rapide sous l'enseigne " O'Tacos " au 15, avenue de Wagram dans le 17ème arrondissement de Paris. Par un courrier reçu le 5 octobre 2020, elle a déposé une demande d'autorisation d'occupation du domaine publique en vue d'y installer une terrasse fermée d'une longueur de 8,31 mètres et d'une largeur de 2,39 mètres. Par une décision du 20 octobre 2020 confirmée implicitement le 16 avril 2021, la ville de Paris a refusé l'installation de cette terrasse. La société Asla Cookin' Stuff demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 mai 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 15 mai suivant, M. C D, adjoint au chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, chargé de la coordination administrative, financière, juridique et des ressources humaines a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes ou décisions concernant l'occupation temporaire du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 20 octobre 2020 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 20 octobre 2020, qui vise l'article DG. 10 de l'arrêté du maire de Paris du 6 mai 2011 portant nouveau règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique et mentionne, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles la maire de Paris s'est fondée, notamment le fait que le projet de terrasse ne ménage pas une zone contigüe d'au moins 1,60 mètre pour la circulation piétonne entre la grille d'aération du métro et la terrasse, ni entre l'extrémité de celle-ci et la grille d'arbre côté gauche, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. En outre, l'erreur de plume par laquelle la décision du 20 octobre 2020 a mentionné un " refus de reconduction d'une terrasse fermée " alors que la société Asla Cookin' Stuff ne disposait pas au préalable d'une précédente autorisation et que sa demande portait sur une autorisation d'occupation du domaine public est sans incidence sur le sens et la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article DG. 10 de l'arrêté du maire de Paris du 6 mai 2011 portant nouveau règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique : " () La largeur utile du trottoir est calculée à partir du socle de la devanture ou, à défaut de socle, à partir du nu du mur de la façade, jusqu'au premier obstacle situé au droit de l'établissement tel que les entourages d'arbres (grillagés ou non), grilles d'aération du métro, stationnement autorisé ou réservé de véhicules sur le trottoir, pistes cyclables, trémies d'accès aux passages souterrains ou aux stations de transport (métro, RER), abribus, mobiliers urbains () La largeur des installations permanentes est, en règle générale, limitée au tiers de la largeur utile du trottoir, ou du premier trottoir en cas de contre-allée. Lorsque la configuration des lieux et l'importance locale de la circulation piétonne le permettent, cette largeur peut être portée au-delà du tiers du trottoir, sans pouvoir excéder 50 % de la largeur utile de celui-ci. Les installations peuvent être autorisées, soit d'un seul tenant, soit scindées, sans pouvoir excéder 50 % de la largeur utile du trottoir. Une zone contiguë d'au moins 1,60 mètre de largeur doit être réservée à la circulation des piétons ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la largeur utile du trottoir calculée à partir du nu de la façade est de 3,40 mètres jusqu'à la grille d'aération du métro et que la largeur de la terrasse fermée pour laquelle l'autorisation est demandée est de 2,39 mètres, l'espace libre au droit de l'établissement présenterait ainsi, en cas d'installation de la terrasse projetée, une largeur de 1,01 mètre seulement. Pour refuser l'autorisation d'occupation du domaine public demandée, la maire de Paris s'est fondée à bon droit sur la présence de ces obstacles, attestée par les pièces produites, afin de maintenir un passage libre d'1,60 mètre devant l'établissement et faciliter la circulation des piétons et des personnes à mobilité réduite, dans un secteur de surcroît hautement touristique. Il suit de là que la société Asla Cookin' Stuff, qui se borne à soutenir que " l'occupation projetée n'entravera aucun passage " et que la " largeur utile du trottoir qui subsiste avec l'implantation de la terrasse ne porte pas atteinte au passage des personnes handicapées ", n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article DG.10 précité ont été méconnues, ni que la Ville de Paris a commis une erreur de fait.

6. En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire traite de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.

7. En l'espèce, d'une part, la circonstance que des établissements voisins de l'établissement de la société requérante disposent de terrasses comparables à celle qu'elle souhaite installer ne caractérise pas, en elle-même, une rupture d'égalité de traitement. D'autre part, la circonstance que ces établissements aient disposé d'autorisations d'installation de terrasses ou d'étalages est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, alors même qu'en outre et en tout état de cause, cette circonstance n'est pas établie par la société Asla Cookin' Stuff. Il suit de là que le moyen tiré de la rupture d'égalité de traitement doit être écarté.

8. En cinquième lieu, la décision de délivrer ou de refuser une autorisation d'occupation du domaine public n'est pas susceptible, en elle-même, de porter atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie. Il résulte de ce qui est dit au point 5 que le refus d'autorisation attaqué est légalement fondé sur l'article DG 10 de l'arrêté municipal du 6 mai 2011 portant règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique. Il suit de là que la société Asla Cookin' Stuff n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît le principe de la liberté du commerce et de l'industrie.

9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'est pas établi que plusieurs établissements voisins du fonds de commerce de la société Asla Cookin' Stuff ont bénéficié d'autorisations d'installation de terrasses et exploitent régulièrement celles-ci. Il suit de là et en tout état de cause que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée crée à son détriment une position dominante en méconnaissance du droit de la concurrence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société Asla Cookin' Stuff doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Asla Cookin' Stuff est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Asla Cookin' Stuff et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président

J.-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2107997

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