vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109999 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WTAP AVOCATS (F.WEYL - E.TAULET - M.AROUI - E.PIRE) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mai 2021, M. A C, représenté par
Me Weyl, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le recteur de l'académie de Paris l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter de sa notification ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par lequel le recteur de l'académie de Paris a prolongé sa suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 8 mai 2021 ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Paris a rejeté sa demande du 19 janvier 2021 tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle ;
4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Paris a rejeté ses recours gracieux des 19 janvier et 22 février 2021 contre l'arrêté du 4 janvier 2021 ;
5°) d'annuler la prétendue décision implicite par laquelle le ministre en charge de l'éducation nationale a rejeté son recours hiérarchique du 23 mars 2021 ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de suspension du 4 janvier 2021 :
- elle est insuffisamment motivée,
- elle méconnaît le principe du contradictoire,
- elle méconnait la présomption d'innocence,
- elle méconnait les dispositions du 1er alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 en l'absence de vraisemblance suffisante des faits gravement fautifs qui lui sont reprochés.
En ce qui concerne la décision de prolongation de suspension du 28 avril 2021 :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision initiale de suspension du 4 janvier 2021,
- elle est insuffisamment motivée,
- elle méconnaît le principe du contradictoire,
- elle méconnait les dispositions du 3ème alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'en l'absence de poursuite pénale à cette date, il devait être réintégré de plein droit dans ses fonctions. A supposer même que le dépôt de plainte dont il faisait l'objet puisse s'apparenter à une telle poursuite, le refus de le réintégrer est néanmoins illégal dès lors que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y faisaient pas obstacle,
En ce qui concerne le refus implicite d'octroi de la protection fonctionnelle :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 12 et 27 mai 2021, le syndicat national de l'éducation physique (SNEP) demande au tribunal :
1°) d'admettre son intervention ;
2°) de faire droit aux conclusions de M. C ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de suspension du 4 janvier 2021 :
- les moyens tirés de son insuffisante motivation et de l'absence de procédure contradictoire préalable sont inopérants,
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
En ce qui concerne la décision de prolongation de suspension du 28 avril 2021 :
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
En ce qui concerne le refus implicite d'octroi de la protection fonctionnelle :
- l'unique moyen soulevé par M. C n'est pas fondé.
Par un courrier en date du 5 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. C à l'encontre d'une prétendue décision implicite par laquelle le ministre en charge de l'éducation nationale aurait rejeté son recours hiérarchique contre l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le recteur de l'académie de Paris l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter de sa notification, d'une part, contre la décision implicite, née du silence gardé par le recteur sur sa demande du 19 janvier 2021, par laquelle il a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, d'autre part, dès lors que son courrier du 23 mars 2021 ne constituant pas, au regard des termes qu'il emploie, un recours hiérarchique, la décision attaquée est inexistante.
Par un mémoire, enregistré le 11 janvier 2023, M. C, représenté par Me Weyl, a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Aroui pour M. C,
- et les observations de M. D pour le SNEP.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, professeur d'éducation physique et sportive en poste au collège Roland Dorgelès à Paris (75018), a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du recteur de l'académie de Paris en date du 4 janvier 2021, pour une durée de quatre mois à compter de sa notification, laquelle est intervenue le 8 janvier suivant. Par un courrier du 19 janvier 2021, M. C a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision et a également sollicité du recteur de l'académie de Paris l'octroi de la protection fonctionnelle. Il a introduit les mêmes demandes par un nouveau courrier en date du 22 février 2021 et celles-ci ont été rejetées compte tenu du silence gardé sur elles par le recteur. M. C a également envoyé une correspondance datée du 23 mars 2021 au ministre en charge de l'éducation, qui est restée sans réponse. Par un second arrêté en date du 28 avril 2021, le recteur de l'académie de Paris a prolongé sa suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 8 mai 2021.
2. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, en premier lieu, d'annuler l'arrêté du recteur de l'académie de Paris du 4 janvier 2021, ensemble les rejets implicites de ses recours gracieux des 19 janvier et 22 février 2021 et de son prétendu recours hiérarchique du 23 mars 2021. Il demande en deuxième lieu l'annulation de l'arrêté du recteur de l'académie de Paris du 28 avril 2021. Il demande enfin l'annulation de la décision implicite par laquelle ledit recteur a rejeté sa demande de protection fonctionnelle en date des 19 janvier et 22 février 2021, ensemble la prétendue décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 23 mars 2021.
Sur l'intervention du syndicat national de l'éducation physique (SNEP) :
3. Le SNEP justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête de M. C. Son intervention est, par suite, recevable.
Sur la prétendue décision implicite de rejet de recours hiérarchique :
4. Compte tenu des termes employés par M. C, son courrier du 23 mars 2021 adressé au ministre en charge de l'éducation nationale ne constitue pas un recours hiérarchique contre des décisions précisément désignées mais une simple protestation quant à sa situation personnelle. Dans ces conditions, les conclusions du requérant en tant qu'elles sont dirigées contre une prétendue décision implicite de rejet d'un recours hiérarchique qui lui aurait été opposée par le ministre sont irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.
Sur la décision de suspension à titre conservatoire en date du 4 janvier 2021 :
5. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / (). ".
6. Dès lors qu'une mesure de suspension prise à l'encontre d'un fonctionnaire est une mesure conservatoire prononcée dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire, elle n'est ni au nombre des décisions qui doivent être motivées par application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni au nombre de celles dans le cadre desquelles le fonctionnaire intéressé doit être mis à même de présenter au préalable sa défense, dans le respect du principe de la présomption d'innocence. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable et de la méconnaissance de la présomption d'innocence sont donc inopérants à l'encontre de la décision du 4 janvier 2021 et doivent, par suite, être écartés.
7. En second lieu, il résulte des dispositions du 1er alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précitées qu'une mesure de suspension de fonctions ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire que lorsque les faits imputables à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que l'éloignement de l'intéressé se justifie au regard de l'intérêt du service. Eu égard à la nature conservatoire d'une mesure de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition tenant au caractère vraisemblable des faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment d'une attestation d'une conseillère technique de service social adressée au recteur de l'académie de Paris non sérieusement contredite par le requérant, que le service social aux élèves avait adressé le 15 décembre 2020 un signalement au procureur de la République sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale relativement à M. C. Ce signalement portait sur des gestes et propos déplacés et faisait suite à des propos tenus par une mère d'élève, sa fille et une seconde élève du requérant. Une psychologue scolaire avait également adressé un signalement au procureur de la République le 17 décembre 2020 sur les mêmes faits rapportés par une de ces deux jeunes filles. M. C n'a apporté aucun élément circonstancié, tel qu'à tout le moins une attestation de son chef d'établissement, de collègues ou d'élèves, de nature à établir que les gestes et propos déplacés mentionnés dans ces deux signalements auraient été dépourvus de vraisemblance. Dans ces conditions, au regard notamment du fait qu'il n'y avait pas une seule victime déclarée, contrairement à ce que soutient M. C, et de la qualité de professionnelles de l'enfance des autrices des signalements au procureur, le recteur de l'académie de Paris n'a pas entaché sa décision litigieuse d'une erreur d'appréciation en estimant que les faits reprochés à M. C présentaient un caractère suffisant de vraisemblance pour prononcer sa suspension à titre conservatoire. Alors que M. C ne conteste pas que lesdits faits présentaient par ailleurs un degré de gravité suffisant, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 4 janvier 2021 méconnaîtrait les dispositions du 1er alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983.
9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 le suspendant à titre conservatoire. Il en est de même de ses conclusions tendant à l'annulation du rejet implicite de ses recours gracieux à l'encontre de cette décision.
Sur la décision de prolongation de suspension à titre conservatoire en date du 28 avril 2021 :
10. Aux termes du 3ème alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation. ".
11. Il résulte des dispositions citées au point précédent que si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu, celui-ci est rétabli dans ses fonctions, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales. Un fonctionnaire doit pour l'application de ces dispositions être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte. Lorsque c'est le cas, l'autorité administrative peut, au vu de la situation en cause et des conditions prévues par ces dispositions, le rétablir dans ses fonctions, lui attribuer provisoirement une autre affectation, procéder à son détachement ou encore prolonger la mesure de suspension en l'assortissant, le cas échéant, d'une retenue sur traitement.
12. En l'espèce, par l'arrêté du 28 avril 2021, le recteur de l'académie de Paris a prolongé pour une durée de quatre mois à compter du 8 mai 2021 la suspension de M. C de ses fonctions qu'il avait prononcée par un arrêté du 4 janvier 2021 ayant pris effet au 8 janvier 2021. D'une part, il est constant qu'à la date du 28 avril 2021, aucune décision n'avait été prise par le recteur de l'académie de Paris à l'encontre de l'intéressé, en sa qualité d'autorité disciplinaire. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier qu'à la suite des signalements effectués les 15 et 17 décembre 2020 sur le fondement des dispositions de l'article 40 du code de procédure pénale auprès du procureur de la République, une enquête a été ouverte, il ressort des pièces du dossier que M. C n'avait fait l'objet d'aucun acte de poursuite sur la base de l'article 40-1 du code de procédure pénale le 28 avril 2021. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué et en l'absence de mise en mouvement de l'action publique, le requérant ne pouvait être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales au sens des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983. Dès lors, le recteur de l'académie de Paris ne pouvait légalement prolonger la suspension de fonctions de l'intéressé au-delà du délai de quatre mois fixé par ces mêmes dispositions.
13. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, M. C est fondé à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Paris a prolongé sa suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 8 mai 2021.
Sur la décision implicite refusant de faire droit à la demande de protection fonctionnelle déposée par M. C :
14. M. C a sollicité du recteur de l'académie de Paris le bénéfice de la protection fonctionnelle compte tenu des signalements le concernant adressés au procureur de la République les 15 et 17 décembre 2020 par deux courriers en date des 19 janvier et 22 février 2021. Aucune réponse ne lui a été apportée, si bien qu'une décision implicite de rejet d'octroi de protection fonctionnelle lui a été opposée par le recteur. Si aucune demande de communication des motifs de cette décision n'a été transmise à l'administration, il ressort des écritures en défense du recteur de l'académie de Paris que la décision implicite de refus d'octroi à
M. C de la protection fonctionnelle a été prise aux motifs, d'une part, de l'absence d'engagement par ce dernier de procédures pénales à la date de son intervention, d'autre part, de l'existence d'une faute personnelle commise par l'intéressé.
15. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors applicables : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".
16. Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.
17. En premier lieu, le requérant est fondé à soutenir qu'il avait droit au bénéfice de la protection fonctionnelle du seul fait de l'enquête pénale diligentée à son encontre par le procureur de la République à la suite des signalements qui lui avaient été transmis et qu'il n'y avait pas lieu, contrairement à ce que fait valoir le recteur en défense, de subordonner son octroi à l'engagement préalable par lui-même de procédures pénales.
18. En second lieu, si le bénéfice de la protection fonctionnelle était bien subordonné à ce que les faits en relation avec ces signalements n'aient pas le caractère de faute personnelle comme le fait valoir l'administration en défense, l'existence d'une telle faute doit être établie. Or, le recteur se contente en défense, pour l'essentiel, de se prévaloir des signalements mentionnés au point 8 du présent jugement en insistant sur leur vraisemblance suffisante. Par ailleurs, s'il indique avoir reçu de nouveaux témoignages relatifs à des propos et attitudes inappropriés de M. C postérieurement à ces signalements, il ne les a pas produits au cours des débats contentieux et n'a ainsi pas permis au requérant de les contester utilement. Le recteur n'a en outre apporté aucune précision sur les éléments mis en avant par le requérant dans sa requête introductive d'instance pour contester les signalements dont il avait fait l'objet en décembre 2020 et en démontrer l'absence de caractère probant, notamment la personnalité d'une des jeunes filles en cause et les contradictions dans son témoignage. Enfin, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris a pris, le 30 août 2022, un avis de classement à auteur, après avoir considéré que les preuves n'étaient pas suffisantes pour que l'infraction d'agression sexuelle sur mineur reprochée à M. C soit établie. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une faute personnelle pouvaient être imputée à M. C à la date d'intervention de la décision en litige.
19. Par suite et alors qu'aucun motif d'intérêt général susceptible de justifier le rejet de sa demande n'est établi ni même allégué par le recteur, M. C est fondé à soutenir que la décision refusant implicitement de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle méconnait les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
20. L'unique moyen de sa requête étant fondé, il y a donc lieu d'annuler cette décision.
Sur les frais de l'instance :
21. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à M. C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
22. En second lieu, le SNEP n'ayant pas été représenté dans la présente instance et ne s'étant pas prévalu de frais irrépétibles demeurés à sa charge, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions qu'il a présentées sur le même fondement. Au surplus, sa qualité d'intervenant ne lui ayant pas conféré celle de partie à l'instance, il n'est pas recevable à présenter de telles conclusions propres.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention du syndicat national de l'éducation physique (SNEP) est admise.
Article 2 : L'arrêté du 28 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Paris a prolongé la suspension de fonctions à titre conservatoire de M. C pour une durée de quatre mois à compter du 8 mai 2021 est annulé.
Article 3 : La décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Paris a rejeté les demandes de M. C en date des 19 janvier et 22 février 2021 tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle est annulée.
Article 4 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros en application de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 6 : Les conclusions du SNEP présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au syndicat national de l'éducation physique (SNEP) et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera envoyée pour information au recteur de l'académie de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Thulard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
Le rapporteur,
V. B
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026