jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BERSAY ET ASSOCIES (SCP) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête sommaire enregistrée le 12 mai 2021 sous le numéro 2110332, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 28 juin 2021, 16 mai et 15 juin 2022, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 32 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que, d'une part, le délai entre la prétendue commission de l'infraction et la notification du procès-verbal d'infraction par l'autorité a été trop long et a constitué un obstacle au rassemblement des preuves nécessaires et que, d'autre part, l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;
- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril et 31 mai 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
II. Par une requête sommaire enregistrée le 12 mai 2021 sous le numéro 2110333, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 28 juin 2021, 16 mai et 15 juin 2022, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 25 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que, d'une part, le délai entre la prétendue commission de l'infraction et la notification du procès-verbal d'infraction par l'autorité a été trop long et a constitué un obstacle au rassemblement des preuves nécessaires et que, d'autre part, l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;
- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril et 31 mai 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
III. Par une requête sommaire enregistrée le 12 mai 2021 sous le numéro 2110335, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 28 juin 2021, 16 mai et 15 juin 2022, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 35 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que, d'une part, le délai entre la prétendue commission de l'infraction et la notification du procès-verbal d'infraction par l'autorité a été trop long et a constitué un obstacle au rassemblement des preuves nécessaires et que, d'autre part, l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;
- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril et 31 mai 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
IV. Par une requête sommaire enregistrée le 12 mai 2021 sous le numéro 2110336, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 28 juin 2021, 16 mai et 15 juin 2022, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 22 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que, d'une part, le délai entre la prétendue commission de l'infraction et la notification du procès-verbal d'infraction par l'autorité a été trop long et a constitué un obstacle au rassemblement des preuves nécessaires et que, d'autre part, l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 20 septembre 2011 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;
- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril et 31 mai 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
V. Par une requête sommaire enregistrée le 12 mai 2021 sous le numéro 2110337, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 28 juin 2021, 16 mai et 15 juin 2022, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 32 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que, d'une part, le délai entre la prétendue commission de l'infraction et la notification du procès-verbal d'infraction par l'autorité a été trop long et a constitué un obstacle au rassemblement des preuves nécessaires et que, d'autre part, l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 20 septembre 2011 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;
- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;
- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril et 31 mai 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol ;
- l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique (Loire-Atlantique) ;
- l'arrêté du 20 septembre 2011 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle (Val d'Oise) ;
- le code des transports ;
- le code de l'aviation civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tzitziou, représentant la société Air Mediterranean, et de Me Sarrazin, représentant l'ACNUSA.
Une note en délibéré présentée par la société Mediterranean a été enregistrée le 3 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par cinq décisions n° 21/062, n° 21/061, n° 21/060, n° 21/058 et n° 21/059, en date du 2 mars 2021, l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a infligé à la société Air Mediterranean des amendes administratives d'un montant respectif de 32 000 euros, 25 000 euros, 35 000 euros, 22 000 euros et 32 000 euros, au titre de manquements à l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique, pour les trois premières, et à l'arrêté du 20 septembre 2011 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle (Val d'Oise), pour les deux autres. Par les présentes requêtes, la société Air Mediterranean demande l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les cinq requêtes n° 2110332, n° 2110333, n° 2110335, n° 2110336 et n° 2110337 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
3. En premier lieu, l'ACNUSA n'est pas tenue, lorsqu'elle fait usage des pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 6361-1 et suivants du code des transports, de répondre, dans sa décision, aux arguments développés au cours de la procédure contradictoire par la personne qui fait l'objet de la sanction. En l'espèce, les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles visent notamment les articles L. 6361-1 et suivants du code des transports ainsi que l'arrêté du 24 avril 2006 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Nantes-Atlantique, pour les trois premières décisions, et à l'arrêté du 20 septembre 2011 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle (Val d'Oise), pour les deux autres et rappellent les éléments de fait essentiels à la compréhension des manquements, tels qu'ils résultent de procès-verbaux selon lesquels respectivement, les 13 juin, 7 septembre et 8 septembre 2019 pour les 3 premiers et 27 août 2019 pour les deux derniers, des aéronefs de la compagnie aérienne requérante n'ont pas respecté les restrictions d'exploitations prévues pour les aérodromes de Nantes-Atlantique et de Paris-Charles-de-Gaulle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 227-1 du code de l'aviation civile : " A compter de la notification, prévue à l'article L. 6361-14 du code des transports, du procès-verbal, à l'occasion de laquelle sont notifiés les griefs retenus et indiqués les textes fondant les poursuites et le montant de l'amende encourue, la personne concernée dispose d'un délai d'un mois pour présenter par écrit ses observations à l'autorité. / () ".
5. Contrairement à ce que soutient la société Air Mediterranean, les dispositions précitées ne prévoient pas que l'ACNUSA informe la compagnie aérienne du montant de la sanction qu'elle envisage de lui infliger mais seulement du montant de l'amende encourue, soit le montant maximum de l'amende qui peut lui être infligée au terme de la procédure engagée. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société Air Mediterranean a été rendue destinataire d'un document annexé aux procès-verbaux de manquement qui contenait les textes applicables et mentionnait ainsi, notamment, le montant des amendes encourues. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 6361-14 du code des transports : " Les fonctionnaires et agents mentionnés à l'article L. 6142-1 constatent les manquements aux mesures définies à l'article L. 6361-12. Ces manquements font l'objet de procès-verbaux qui, ainsi que le montant de l'amende encourue, sont notifiés à la personne concernée et communiqués à l'autorité. Les procès-verbaux font foi jusqu'à preuve contraire. / Aucune poursuite ne peut être engagée plus de deux ans après la commission des faits constitutifs d'un manquement. / () ".
7. Il résulte de l'instruction que les infractions reprochées à la société Air Mediterranean, commises respectivement les 13 juin, 7 septembre et 8 septembre 2019 pour les trois premières et 27 août 2019 pour les deux dernières, ont donné lieu à l'établissement de procès-verbaux de manquement, respectivement, les 21 août, 6 novembre et 22 octobre 2019 pour les trois premières et 3 octobre 2019 pour les deux dernières. Dès lors, les poursuites ont été engagées moins de deux ans après la commission des faits conformément aux dispositions précitées, soit dans un délai raisonnable. Par suite, la société Air Mediterranean n'est pas fondée à soutenir que le délai entre la commission des manquements et l'établissement des procès-verbaux de manquement est excessif, l'a désavantagé par rapport à l'autorité et privé d'un procès équitable.
8. D'autre part, si la société Air Mediterranean soutient que la circonstance qu'elle n'ait pas été informée que sont prises en compte les éventuelles mesures correctrices mises en place par la compagnie aérienne pour déterminer le montant exact de la sanction l'a également privée d'un procès équitable, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général n'impose une telle information. En outre, il résulte de l'instruction que sont disponibles sur le site internet de l'ACNUSA les informations selon lesquelles, d'une part, l'attitude de la compagnie aérienne est prise en compte parmi les circonstances qui déterminent le montant des sanctions infligées et, d'autre part, la mise en place de mesures correctrices est encouragée. Par suite, la société Air Mediterranean n'est pas fondée à soutenir que l'absence d'informations précises données par l'ACNUSA sur la prise en compte des mesures correctrices mises en place par la compagnie aérienne l'a privée d'un procès équitable. Le moyen doit donc être écarté dans son ensemble.
En ce qui concerne le bien-fondé des sanctions :
9. En premier lieu, d'une part, le règlement n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol prévoit qu'en cas de retard supérieur à cinq heures le transporteur aérien doit offrir aux passagers une assistance. Celle-ci peut notamment se matérialiser par un remboursement du billet ou un réacheminement vers la destination finale dans les meilleurs délais ou à une date ultérieure. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société Air Mediterranean, une compagnie aérienne n'est pas légalement tenue de réacheminer les voyageurs jusqu'à leur destination finale au mépris des règles applicables en matière de restriction d'exploitation. Ce moyen doit par suite être écarté.
10. D'autre part, la société Air Mediterranean fait valoir que, dans chaque cas, le manquement résulte d'un cas de force majeure dès lors les retards ont été causés par des évènements imprévisibles, irrésistibles et extérieurs à sa volonté, qu'il s'agisse de mauvaises conditions météorologiques ou de pannes techniques nécessitant, soit, un changement d'appareil, soit, des réparations longues. Elle soutient ainsi que les aéronefs n'avaient d'autre choix que de quitter le point de stationnement ou d'atterrir en méconnaissance des restrictions d'exploitations prévues. Toutefois, de telles circonstances ne présentent pas de caractère irrésistible dès lors qu'elles n'ont pas, par elles-mêmes, imposé le décollage des appareils avec le retard constaté. Ces décollages ont résulté de décisions prises par la compagnie aérienne, en toute connaissance du dépassement, et donc du manquement, qui en résulterait. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.
11. En deuxième lieu, le principe d'individualité des peines fait obstacle à ce que la société requérante puisse utilement se prévaloir du montant des sanctions infligées à d'autres compagnies aériennes.
12. En troisième lieu, d'une part, la circonstance que la compagnie aérienne a déjà fait l'objet de plusieurs décisions en 2019 et 2020 pour des manquements similaires justifie qu'elle soit considérée en situation de récidive. L'ACNUSA pouvait se fonder sur cette circonstance pour déterminer le montant de chacune des amendes. D'autre part, dans l'ensemble des affaires ayant donné lieu aux sanctions contestées, il résulte de l'instruction qu'aucune mesure correctrice n'a été proposée par la société requérante avant que l'ACNUSA ne prenne ses décisions.
13. En quatrième lieu, s'agissant de chaque affaire, il résulte de l'instruction que chacun des retards en cause, qui a conduit les appareils à décoller ou atterrir durant la période de restriction d'exploitation est dû, comme il a été dit au point 10, à une décision prise par la compagnie aérienne. S'agissant des manquements résultant du non-respect des restrictions d'exploitation prévues pour l'aérodrome de Nantes-Atlantique, les appareils en cause présentent tous des marges acoustiques certifiées comprises entre 8,1 et 9,7 EPNdB alors que lesdites restrictions concernent les appareils présentant une marge acoustique inférieure à 13 EPNdB. S'agissant des manquements résultant du non-respect des restrictions d'exploitation prévues pour l'aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle, les appareils en cause présentent une marge acoustique certifiée de 7,3 EPNdB alors que lesdites restrictions concernent les appareils présentant une marge acoustique inférieure à 10 EPNdB. Les manquements, qui consistent en un survol, à l'atterrissage ou au décollage, de zones densément peuplées et qui sont ainsi fortement nuisant pour les riverains, ont donc tous été réalisés par des appareils particulièrement bruyants visés par les restrictions. Si la société Air Mediterranean fait valoir que le dépassement est faible, il ne résulte pas de l'instruction que l'ACNUSA n'aurait pas pris en compte cette circonstance pour fixer le montant des amendes en cause. Les sanctions prononcées sont ainsi justifiées par la nature et la gravité des manquements reprochés. Par ailleurs, la circonstance que les facteurs pris en compte par l'ACNUSA pour déterminer le montant des amendes infligées ne soient exposés qu'en français sur son site Internet, et de façon succincte est sans incidence.
14. En dernier lieu, la société Air Mediterranean ne peut utilement faire valoir que, étant une nouvelle compagnie aérienne, elle se voit attribuer davantage de créneaux proches des horaires faisant l'objet de restriction d'exploitation et que, ce faisant, elle est davantage exposée au risque de commettre des manquements. Si elle soutient également que les sanctions prononcées sont disproportionnées compte tenu de la taille de la société, de sa date de création et de la santé économique du secteur aérien suite à l'épidémie de Covid-19, il résulte de l'instruction que la société requérante a été informée des manquements par l'envoi des procès-verbaux évoqués au point 7 pendant le second semestre 2019 et qu'elle pouvait alors, pendant la période qui a précédé l'arrivée de l'épidémie de Covid-19, enregistrer une provision pour chacune des sanctions auxquelles elle était exposée, en prévoyant le montant maximal encouru. Si la société Air Mediterranean soutient encore qu'elle avait anticipé au cours de l'année 2021 un chiffre d'affaire comparable à celui qu'elle avait connu en 2020, elle ne produit aucun document pour en attester. Dès lors, les difficultés financières occasionnées par les sanctions en litige ne sont, d'une part, pas établies et, d'autre part, résultent en partie de l'imprudence de la société requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère disproportionné des sanctions au regard de sa situation financière doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions contestées ainsi que les conclusions présentées aux fins de réformation des sanctions en litige doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Air Mediterranean le versement à l'ACNUSA d'une somme globale de 2 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société Air Mediterranean sont rejetées.
Article 2 : La société Air Mediterranean versera à l'ACNUSA une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Air Mediterranean et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. A
La présidente,
M-P. VIARDLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2,2110333,2110335,2110336,2110337
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026