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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111943

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111943

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantFERRACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2021, M. H A I, B J A I et B G C, représentés par Me Ferracci, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 22 mai 2021 par laquelle la maire de Paris ne s'est pas opposée à l'exécution des travaux déclarés par M. F E pour la surélévation d'une maison située 86 rue des Vignoles à Paris (20ème arrondissement) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de M. E une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'architecte des Bâtiments de France (ABF) n'a pas été régulièrement saisi pour avis préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté, en méconnaissance des articles R. 425-1 et R. 423-54 du code de l'urbanisme et L. 631-32 du code du patrimoine ;

- le dossier de déclaration préalable est entaché de plusieurs insuffisances, en méconnaissance des articles R. 431-10 et R. 431-16 du code de l'urbanisme ; l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ne peut pas être correctement appréciée ; le document graphique produit ne permet pas d'apprécier la véritable hauteur du sommet de la toiture ; le dossier ne comporte pas de photographie de la construction existante, pas davantage que la notice descriptive ne la décrit ;

- la décision attaquée méconnaît l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; le projet porte une atteinte grave aux conditions d'éclairement de l'immeuble voisin ; il porte aussi atteinte à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant ;

- elle méconnaît l'article UG 11 du règlement du PLU ; le projet porte atteinte, par son volume et par son aspect, au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, au paysage urbain et à la conservation des perspectives monumentales ;

- elle méconnaît l'article UG 13 du règlement du PLU ; tandis que la construction existante était dotée d'une pergola végétalisée, aucune végétalisation de la construction projetée n'est prévue ;

- elle méconnaît l'article UG 15.2 du règlement du PLU ; le projet ne prévoit pas de local de stockage des déchets ;

- elle méconnaît l'article UG 15.3.1 du même règlement ; le projet ne prévoit pas de dispositifs d'économie d'énergie ni de mesures d'isolation thermique des murs pignons et il n'est pas démontré qu'il aurait recours à des matériaux naturels, renouvelables, recyclables ou biosourcés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 3 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Les parties ont été invitées le 10 novembre 2022, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur le principe d'une régularisation du projet dans l'hypothèse où le tribunal retiendrait les moyens tirés de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable, de la méconnaissance de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article UG 11.1 du même règlement.

Un mémoire, présenté pour M. et B A I et B C, a été enregistré le 17 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de B Baratin, rapporteure publique,

- les observations de Me Ferracci, représentant M. et B A I et B C, A B K, représentant la Ville de Paris, et de M. E.

Une note en délibéré, produite par M. E, a été enregistrée le 28 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision implicite du 22 mai 2021, la maire de Paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux de M. F E, référencée n° DP 075 120 21 V0085, pour la surélévation d'une maison individuelle d'habitation située 86 rue des Vignoles, dans le 20ème arrondissement de Paris. Par la présente requête, M. et B A I et B C demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g et q de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10 ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. Dès lors qu'il est constant que le projet contesté est situé aux abords de monuments historiques, l'église Saint-Jean-Bosco et le cimetière du père-Lachaise, visés par l'architecte des Bâtiments de France dans son avis du 7 avril 2021, il résulte des dispositions citées ci-dessus que le dossier de déclaration préalable devait comprendre non seulement les pièces mentionnées par les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme mais encore celles mentionnées aux c) et d) de l'article R. 431-10 du même code.

4. La circonstance que le dossier de déclaration préalable de travaux ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le dossier de déclaration préalable, s'il comporte des photographies aériennes permettant de situer le terrain d'assiette du projet dans son environnement, ne comprend aucun document graphique permettant d'apprécier le bâtiment existant dans son environnement proche, en particulier la façade située côté impasse Rançon, ainsi que les modifications apportées à celles-ci. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable des travaux projetés doit être accueilli. Ce vice est susceptible d'être régularisé sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

6. Aux termes de l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, protection des immeubles et éléments de paysage : " UG.11.1. Dispositions générales : () L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

7. Si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.

8. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment en litige est situé à l'intersection de deux voies, la rue des Vignoles et l'impasse Rançon. Si, comme le fait valoir la Ville de Paris en défense, la rue des Vignoles abrite des constructions hétérogènes, parmi lesquelles " des immeubles modernes sans intérêt architectural particulier ", l'impasse Rançon est composée de maisons plus homogènes, tant par le ton clair du revêtement de leurs façades, leurs toitures plates que par leur gabarit et leur hauteur. Or, la construction projetée prévoit une toiture asymétrique, une façade de ton gris anthracite ainsi que de larges baies, très distinctes de la forme des baies des habitations qui la jouxtent. A cet égard, saisi pour avis consultatif, l'architecte des Bâtiments de France (ABF), le 7 avril 2021, a souligné que " le nouvel élément créé, du fait des matériaux mis en œuvre et sa typologie contemporaine, ne présente pas les qualités permettant son intégration à son environnement faubourien de petits immeubles pris dans un parcellaire resserré et allongé, marqué par la présence de nombreuses ruelles, vestiges d'anciens chantiers ". Il a également relevé que le bardage en bois prévu était " étranger au bâti traditionnel parisien " et que les ouvertures présentaient une typologie et des proportions en rupture avec celles des habitations voisines. En outre, tandis que la Ville de Paris fait valoir que le bardage en bois est un rappel de la pergola de la construction existante et que le ton gris anthracite reprend le coloris déjà existant au niveau du soubassement de la façade, il résulte des dispositions de l'article UG 11 du règlement du PLU citées ci-dessus que les constructions projetées doivent être appréciés au regard de la qualité du site sur lequel elles s'implantent et non au regard de leur continuité avec la construction antérieure. Dans ces conditions, la Ville de Paris a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ces dispositions et le moyen tiré de la violation de l'article UG 11.1 du règlement PLU doit être accueilli. Ce vice est susceptible d'être régularisé sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, en tenant compte des recommandations de l'ABF, qui invitent le pétitionnaire à " retravailler l'aspect de l'ensemble afin de répondre à l'immeuble voisin au n°84 de la rue des Vignoles notamment par l'emploi d'un matériau de nature minérale, et non d'un bardage bois ", mener " un travail sur les ouvertures qui devraient se rapprocher par leurs proportions et par leur typologie des autres fenêtres traditionnelle de la rue " et à " avoir éventuellement recours à des menuiseries métalliques de type atelier caractéristiques des constructions à vocation artisanales très présentes dans l'est parisien ".

9. Aux termes de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. / () ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.

10. Si les requérants font valoir que la construction projetée aura nécessairement pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement depuis le toit-terrasse de l'immeuble voisin, cette seule circonstance ne permet pas d'établir que la surélévation de l'immeuble du 86 rue des Vignoles aura pour effet de générer une obstruction significative de lumière dans l'habitation voisine elle-même. En revanche, les requérants faisant aussi valoir que la construction projetée aura pour effet de porter atteinte à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, le moyen tiré de la violation de l'article UG 7.1 du règlement du PLU doit être accueilli. Ce vice est susceptible d'être régularisé sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état de l'instruction, d'entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue l'article 80 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées () contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

13. Ces dispositions permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation d'urbanisme attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant-dire droit, les modalités de cette régularisation.

14. Comme il a été dit aux points 5, 8 et 10, les vices tenant à l'incomplétude du dossier de déclaration préalable, à la méconnaissance de l'article UG 7.1 du règlement du PLU et à la méconnaissance de l'article UG 11.1 du même règlement sont susceptibles d'être régularisés. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la Ville de Paris et à M. E un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre cette régularisation.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de la décision implicite de la maire de Paris du 22 mai 2021 jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à la Ville de Paris et à M. E de notifier au tribunal un arrêté de non-opposition à déclaration préalable régularisant celle-ci.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H A I, B J A I, B G C, M. F E et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

V. D

Le président,

J-C. DUCHON-DORIS La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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