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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112786

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112786

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112786
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantIVANOVIC FAUVEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2021, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser de manière rétroactive à compter du 2 juin 2021 les allocations auxquelles il a droit, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros, à verser à Me Fauveau Ivanovic en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée, qui ne précise pas quels sont les documents qu'il se serait abstenu de fournir à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été informé, préalablement à l'édiction de la décision et dans une langue qu'il comprend, des cas dans lesquels il pouvait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;

- l'Office français de l'immigration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil sans avoir procédé à l'examen de sa situation personnelle et, en particulier, à une évaluation de sa vulnérabilité ;

- en mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'aurait pas fourni les documents demandés, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 5 novembre 2000, est entré sur le territoire français en janvier 2021 selon ses déclarations. Le 20 avril 2021, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale et le 21 avril 2021, M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en informant ce dernier de ce qu'il était provisoirement hébergé par des compatriotes afghans. Par courrier du 11 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil en raison de l'absence de production de documents requis. Par décision du 2 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil de M. B au motif que ce dernier n'avait pas fourni les documents demandés par les autorités chargées de l'asile. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision pour excès de pouvoir.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Par décision du 22 octobre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B à l'aide juridictionnelle totale. Par suite la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. B est privée d'objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu pour le tribunal d'y statuer.

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les documents demandés. Référence est expressément faite, dans cette décision, à un courrier du 11 mai 2021, que le requérant ne conteste pas avoir reçu et par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui avait fait part de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil en indiquant expressément le motif. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de précision au sein de la décision attaquée quant à la nature exacte des documents demandés, cette décision doit être regardée comme énonçant de manière suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, mettant l'intéressé à même d'en comprendre les motifs et de les discuter utilement. Par suite, le moyen tiré par M. B de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7, alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables au présent litige : " Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit () le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". En l'espèce, il ressort de l'offre de prise en charge, signée par le requérant le 21 avril 2021, que ce dernier a certifié, en cochant la case correspondante du formulaire, avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités suivant lesquelles les conditions matérielles d'accueil auraient pu lui être refusées ou suivant lesquelles il aurait pu y être mis fin. Cette information a été délivrée conformément aux dispositions des articles R. 744-9 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré par M. B de ce qu'il n'aurait pas été informé, préalablement à l'édiction de la décision et dans une langue qu'il comprend, des cas dans lesquels il aurait pu être mis fin aux conditions matérielles d'accueil doit être écarté comme manquant en fait. La circonstance que le service aurait erronément visé les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En troisième lieu, il ressort tant de l'offre de prise en charge signée par M. B le 21 avril 2021 et au sein de laquelle l'intéressé a certifié avoir été évalué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans une langue qu'il comprend, que de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite aux débats par le défendeur et qui est revêtue de la signature de M. B, que ce dernier a bien bénéficié, contrairement à ce qu'il soutient, d'un entretien de vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré par M. B tiré du défaut d'examen de sa vulnérabilité et de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait. Par ailleurs, il ne ressort ni de ce document, ni d'aucune autre pièce du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen individualisé de la situation de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont la substance est reprise à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entré en vigueur le 1er mai 2021, prévoient que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est subordonné au respect des exigences des autorités chargées de l'asile. La délivrance des informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes est, notamment, au nombre de ces exigences. En l'espèce, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'édiction de la décision attaquée, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B, au motif que ce dernier n'avait pas déféré à l'invitation, qui lui avait été adressée par courrier du 21 avril 2021, que le requérant ne conteste pas avoir reçue, de produire " Une déclaration sur l'honneur de votre hébergeant, attestant le cas échéant de votre lien de parenté, accompagnée d'une copie de son titre d'identité (carte d'identité ou passeport français, ou titre de séjour en cours de validité), () une copie de son titre de propriété ou de son contrat de location, () un justificatif de domicile de moins de 3 mois (facture énergétique, taxe d'habitation, quittance de loyer, avis d'imposition ou certificat de non-imposition) et () toute(s) pièces justificative(s) de votre lien de parenté ". Ce faisant, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit. D'autre part, si le requérant soutient avoir été dans l'impossibilité de se procurer les documents demandés, il ne l'établit pas en s'abstenant de justifier des diligences accomplies à cette fin, notamment, auprès du tiers qui l'hébergeait. Il résulte de ce qui précède qu'en mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15, alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". En l'espèce, s'il affirme avoir subi des violences physiques et psychologiques dans son pays d'origine et sur son trajet migratoire et se trouver, de ce fait, dans une situation de vulnérabilité particulière, M. B n'apporte aucun élément précis au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'en estimant, au vu de l'entretien de vulnérabilité mené avec M. B le 21 avril 2021, que l'intéressé ne se trouvait pas dans une situation de vulnérabilité particulière, l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Le présent jugement n'implique, dès lors, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Enfin, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pas la qualité de partie perdante à la présente instance, doivent être rejetées les conclusions présentées en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

Le président,

B. BACHOFFERLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2112876/1-

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