vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112924 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BOUZIDI, BOUHANNA (SCP) |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n° 2112924 et des mémoires enregistrés le 17 juin 2021 et les 17 janvier et 14 mars 2022, M. et Mme A B, représentés par la SCP A. Bouzidi et Ph. Bouhanna, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- en sa qualité de directeur marketing et commercial de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), M. B a des fonctions qui se rattachent à la prospection commerciale au sens du I de l'article 81 A du code général des impôts ; en application d'une convention conclue entre son employeur, la société Zehnder Group France et la société Zehnder Group International AG à laquelle les prestations correspondant à son travail sont refacturées, il est chargé du développement commercial pour l'ensemble du groupe ce qui bénéficie au demeurant à la société française en lui permettant de signer des contrats localement ; la carence de son employeur, qui n'a pas mentionné le salaire exonéré sur la déclaration annuelle des données sociales (DADS) qu'il a déposée ne lui est pas opposable ;
- la rémunération qu'il perçoit directement de la société Zehnder Group International AG n'étant pas imposable en France selon les critères prévus par le 2 de l'article 17 de la convention fiscale conclue entre la France et la Suisse le 9 septembre 1966, M. B bénéficie du crédit d'impôt prévu par l'article 25 de cette convention dans le cas où ce revenu est pris en compte pour le calcul de l'impôt français ; pour procéder à cette qualification, il y a lieu de recourir à l'approche économique de la notion d'employeur préconisée par le commentaire du paragraphe 8.13 de l'article 15 de la convention modèle de l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ce qui conduit à constater que les conditions d'application de l'article 17 de la convention fiscale franco-suisse ne sont pas réunies ; la refacturation à la société Zehnder Group International AG par la société Zehnder Group France des rémunérations versées à M. B relevant du droit suisse et ayant été assujetties à l'impôt suisse comme constituant des salaires de source suisse, il n'appartient pas à l'administration fiscale française de qualifier la relation entre l'intéressé et la société Zehnder Group International AG ; en faisant évoluer les raisons pour lesquelles elle maintient ce chef de redressement, l'administration fiscale manque à son devoir de loyauté ;
- M. B n'a pas perçu de revenus non commerciaux en 2016, ses seuls revenus d'origine professionnelle étant les rémunérations qu'il a déclarées ainsi que l'atteste la production de l'ensemble de ses relevés bancaires ; il appartient à l'administration d'apporter la preuve de l'existence de tels revenus ; à supposer qu'ils existent, ils ne seraient pas imposables en France mais en Suisse ;
- la preuve de l'intention délibérée d'éluder l'impôt n'est pas rapportée ; l'application de la majoration de 40 % entraîne une imposition confiscatoire représentant près de 60 % des revenus imposables perçus outre l'impôt acquitté en Suisse.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 décembre 202, le 28 février 2022 et le 19 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
II°) Par une requête n° 2112928 et des mémoires enregistrés le 17 juin 2021 et les 17 janvier et 14 mars 2022, M. et Mme A B, représentés par la SCP A. Bouzidi et Ph. Bouhanna, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- en sa qualité de directeur marketing et commercial de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), M. B a des fonctions qui se rattachent à la prospection commerciale au sens du I de l'article 81 A du code général des impôts ; en application d'une convention conclue entre son employeur, la société Zehnder Group France et la société Zehnder Group International AG à laquelle les prestations correspondant à son travail sont refacturées, il est chargé du développement commercial pour l'ensemble du groupe ce qui bénéficie au demeurant à la société française en lui permettant de signer des contrats localement ; la carence de son employeur, qui n'a pas mentionné le salaire exonéré sur la déclaration annuelle des données sociales (DADS) qu'il a déposée ne lui est pas opposable ;
- la rémunération qu'il perçoit directement de la société Zehnder Group International AG n'étant pas imposable en France selon les critères prévus par le 2 de l'article 17 de la convention fiscale conclue entre la France et la Suisse le 9 septembre 1966, M. B bénéficie du crédit d'impôt prévu par l'article 25 de cette convention dans le cas où ce revenu est pris en compte pour le calcul de l'impôt français ; pour procéder à cette qualification, il y a lieu de recourir à l'approche économique de la notion d'employeur préconisée par le commentaire du paragraphe 8.13 de l'article 15 de la convention modèle de l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ce qui conduit à constater que les conditions d'application de l'article 17 de la convention fiscale franco-suisse ne sont pas réunies ; la refacturation à la société Zehnder Group International AG par la société Zehnder Group France des rémunérations versées à M. B relevant du droit suisse et ayant été assujetties à l'impôt suisse comme constituant des salaires de source suisse, il n'appartient pas à l'administration fiscale française de qualifier la relation entre l'intéressé et la société Zehnder Group International AG ; en faisant évoluer les raisons pour lesquelles elle maintient ce chef de redressement, l'administration fiscale manque à son devoir de loyauté ;
- M. B n'a pas perçu de revenus non commerciaux en 2016, ses seuls revenus d'origine professionnelle étant les rémunérations qu'il a déclarées ainsi que l'atteste la production de l'ensemble de ses relevés bancaires ; il appartient à l'administration d'apporter la preuve de l'existence de tels revenus ; à supposer qu'ils existent, ils ne seraient pas imposables en France mais en Suisse ;
- la preuve de l'intention délibérée d'éluder l'impôt n'est pas rapportée ; l'application de la majoration de 40 % entraîne une imposition confiscatoire représentant près de 60 % des revenus imposables perçus outre l'impôt acquitté en Suisse.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février et 19 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention conclue le 9 septembre 1966 entre la France et la Suisse en vue d'éliminer les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ;
- la loi n° 2005-1720 du 30 décembre 2005 de finances rectificative pour 2005 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert, présidente-rapporteure ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est employé en qualité de salarié par la société Zehnder Group France qui exerce l'activité de commercialisation d'équipements de chauffage, de ventilation et de régulation thermique et il en est également le président. A la suite de la vérification de comptabilité dont cette société a fait l'objet, des redressements ont été notifiés à M. et Mme B au titre de l'impôt sur le revenu des années 2016 et 2017 dans le cadre de la procédure contradictoire de redressement, portant sur les salaires et les bénéfices non commerciaux. M. et Mme B demandent la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre de ces deux années à l'issue de cette procédure.
2. Les requêtes n° 2112924 et n° 2112928, présentées par M. et Mme B, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bénéfice de l'exonération prévue par le I de l'article 81 A du code général des impôts :
3. Aux termes de l'article 81 A du code général des impôts : " I. - Les personnes domiciliées en France au sens de l'article 4 B qui exercent une activité salariée et sont envoyées par un employeur dans un Etat autre que la France et que celui du lieu d'établissement de cet employeur peuvent bénéficier d'une exonération d'impôt sur le revenu à raison des salaires perçus en rémunération de l'activité exercée dans l'Etat où elles sont envoyées. / L'employeur doit être établi en France ou dans un autre Etat membre de l'Union européenne, ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales. / L'exonération d'impôt sur le revenu mentionnée au premier alinéa est accordée si les personnes justifient remplir l'une des conditions suivantes : / 1° Avoir été effectivement soumises, sur les rémunérations en cause, à un impôt sur le revenu dans l'Etat où s'exerce leur activité et sous réserve que cet impôt soit au moins égal aux deux tiers de celui qu'elles auraient à supporter en France sur la même base d'imposition ; / 2° Avoir exercé l'activité salariée dans les conditions mentionnées aux premier et deuxième alinéas : / - soit pendant une durée supérieure à cent quatre-vingt-trois jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte aux domaines suivants : / a) Chantiers de construction ou de montage, installation d'ensembles industriels, leur mise en route, leur exploitation et l'ingénierie y afférente ; / b) Recherche ou extraction de ressources naturelles ; /c) Navigation à bord de navires immatriculés au registre international français, / - soit pendant une durée supérieure à cent vingt jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte à des activités de prospection commerciale () ".
4. Les dispositions précitées créent deux régimes d'exonération des salaires perçus en rémunération de l'activité exercée dans l'Etat où sont envoyés les salariés, l'un concernant les salariés qui, quelle que soit leur activité propre, sont employés par des entreprises relevant de trois domaines, les chantiers de construction ou de montage, la recherche ou l'extraction de ressources naturelles et la navigation à bord de navires immatriculés au registre international français et l'autre concernant les salariés qui, quel que soit le domaine dont relève leur employeur, exercent une activité de prospection commerciale. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires relatifs à la loi n° 2005-1720 du 30 décembre 2005 de finances rectificative pour 2005 dont elles sont issues s'agissant des activités de prospection commerciale, que le législateur a entendu favoriser, d'une part, les activités à l'étranger des entreprises de certains domaines économiques et, d'autre part, encourager non pas les activités à l'étranger des entreprises du secteur tertiaire de l'assistance ou prospection commerciale, mais toutes les entreprises établies en France, dans l'Union européenne ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, à développer leurs activités de prospection commerciale à l'étranger en employant des salariés qu'elles envoient à l'étranger dans ce but. Ainsi, l'exonération prévue par le I de l'article 81 A du code général des impôts ne trouve à s'appliquer, en ce qui concerne les activités salariées de prospection commerciale à l'étranger, qu'aux missions réalisées pour le compte de l'employeur, dans l'objectif d'une implantation ou du développement de ses marchés à l'étranger.
5. Il est constant que l'activité de prospection commerciale de M. B, qu'il exerce en qualité de directeur marketing et commercial de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) dans le cadre du contrat de travail qu'il a conclu avec la société Zehnder Group France, n'est pas réalisée pour le compte de son employeur mais, de manière plus large, pour la société de droit suisse Zehnder Group International AG à laquelle les prestations correspondant à son travail sont refacturées dans le cadre d'une convention conclue entre les deux sociétés le 1er janvier 2014 et est susceptible de bénéficier à l'ensemble des sociétés du groupe. Dans ces conditions, et alors même que cette prospection bénéficierait également à son employeur, ce qui n'est au demeurant pas établi, M. B ne peut être regardé comme réalisant ses missions de prospection pour le compte de son employeur. Il suit de là que les salaires qu'il a perçus en rémunération de cette activité, qui ont entraîné un redressement de 121 543 euros en 2016 et de 162 656 euros en 2017, n'entrent pas dans le champ d'application de l'exonération prévue par le I de l'article 81 A du code général des impôts.
En ce qui concerne le crédit d'impôt appliqué à la fraction de salaire déclarée de source suisse :
S'agissant du principe de loyauté :
6. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans les bases d'imposition de M. et Mme B les sommes de 104 023 euros en 2016 et de 124 624 euros en 2017 déclarées au titre de salaires de source étrangère ouvrant droit en tant que tels à un crédit d'impôt imputable sur l'impôt français correspondant au revenu suisse au motif, mentionné dans la proposition de rectification, que M. B n'est pas lié à la société suisse Zehnder Group International AG par un contrat de travail et que son employeur français ne justifie pas avoir acquitté une retenue à la source en Suisse, les attestations produites se rapportant aux impositions payées en Suisse par la société suisse. Si l'administration fiscale a ensuite précisé, dans les décisions d'acceptation partielle des réclamations du 16 avril 2021 puis dans ses mémoires en défense, que la refacturation par la société Zehnder Group France à la société Zehnder Group International AG, dans le cadre de la convention de détachement conclue le 1er janvier 2014, des salaires qu'elle lui verse pour les prestations est sans incidence sur sa situation professionnelle et fiscale, elle ne peut être regardée comme ayant ainsi modifié le motif du redressement. Dès lors, le moyen tiré de qu'elle aurait ainsi manqué à son devoir de loyauté doit, en tout état de cause, être écarté comme manquant en fait.
S'agissant de la remise en cause du crédit d'impôt :
7. Aux termes de l'article 4 du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus ". Aux termes de l'article 17 de la convention conclue le 9 septembre 1966 entre la France et la Suisse : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 18 à 21, les salaires, traitements et autres rémunérations similaires qu'un résident d'un Etat contractant reçoit au titre d'un emploi salarié ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'emploi ne soit exercé dans l'autre Etat contractant. Si l'emploi y est exercé, les rémunérations reçues à ce titre sont imposables dans cet autre Etat. / 2. Nonobstant les dispositions du paragraphe 1, les rémunérations qu'un résident d'un Etat contractant reçoit au titre d'un emploi salarié exercé dans l'autre Etat contractant ne sont imposables que dans le premier Etat si : / a) Le bénéficiaire séjourne dans l'autre Etat pendant une période ou des périodes n'excédant pas au total 183 jours au cours de l'année fiscale considérée ; / b) Les rémunérations sont payées par un employeur ou au nom d'un employeur qui n'est pas résident de l'autre Etat ; et / c) La charge des rémunérations n'est pas supportée par un établissement stable ou une base fixe que l'employeur a dans l'autre Etat / () ". Aux termes de l'article 25 de la même convention : " () / Lorsque l'Etat de résidence est la France, la double imposition est évitée de la manière suivante : les revenus provenant de la Suisse peuvent également être imposés en France, lorsqu'ils sont perçus par une personne domiciliée en France. L'impôt suisse n'est pas déductible lors du calcul des revenus imposables en France. Le contribuable recevra cependant un crédit d'impôt imputable sur l'impôt français correspondant au revenu suisse ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " () / 2. Pour l'application de la convention par un Etat contractant, tout terme ou expression qui n'y est pas défini a le sens que lui attribue le droit de cet Etat concernant les impôts auxquels s'applique la convention, à moins que le contexte n'exige une interprétation différente. Le sens attribué à un terme ou expression par le droit fiscal de cet Etat prévaut sur le sens attribué à ce terme ou expression par les autres branches du droit de cet Etat ".
8. Ainsi qu'il est dit au point 6 le redressement résultant de la remise en cause du crédit d'impôt déclaré est fondé sur la qualité d'employeur de M. B de la société Zehnder Group France avec laquelle il a conclu un contrat de travail et qui lui a versé les salaires que les requérants estiment être de source suisse. Les termes d'employeur et d'emploi salarié figurant à l'article 17 de la convention étant clairs et n'étant pas employés dans un contexte exigeant d'en faire une interprétation différente de celle communément admise, l'application de cet article ne nécessite pas de procéder préalablement à leur définition. Il suit de là que les requérants ne se prévalent pas utilement de la lecture économique de la notion d'employeur qui résulterait des commentaires de l'article 15 de la convention modèle de l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE), auquel correspond l'article 17 de la convention, au soutien de leur moyen tiré de la qualité d'employeur de la société Zehnder Group International AG à laquelle les salaires sont refacturés et pour laquelle l'activité de prospection commerciale de M. B est exercée.
En ce qui concerne l'existence de revenus non commerciaux :
9. Aux termes du 1 de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les () sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ". Il appartient à l'administration, lorsqu'elle entend fonder une imposition sur les dispositions de cet article, en dehors de toute procédure de taxation d'office, d'établir que les sommes réintégrées dans les bases imposables du contribuable constituent des revenus. Dans ce cadre, il incombe au juge de l'impôt d'apprécier si l'administration établit la nature de revenus des sommes en cause, compte tenu des éléments de preuve qu'elle présente et, le cas échéant, des éléments que lui soumet le contribuable qui soutient que les sommes en litige ne présentent pas la nature de revenus ou relèvent d'une autre catégorie d'imposition et de ceux que l'administration lui oppose alors en vue d'établir, par tout autre moyen complémentaire, le bien-fondé de l'imposition.
10. Le service vérificateur a réintégré dans les bases d'imposition de M. et Mme B les sommes de 142 386 euros (113 909 euros x 1,25) en 2016 et de 173 736 euros (138 989 x 1,25) en 2017 correspondant à des versements qu'il estime avoir été effectués par la société Zehnder Group International AG à laquelle M. B n'est pas lié par un contrat de travail tout en y exerçant des fonctions de direction en qualité de président.
11. Pour caractériser l'existence de revenus imposables par défaut dans la catégorie des revenus non commerciaux, le service a constaté, lors de la vérification de la retenue à la source effectuée en Suisse, portant selon les requérants, sur les sommes refacturées à la société française au titre des rémunérations, d'une part, en consultant le site internet du registre de commerce suisse, que le requérant exerce une activité de direction au sein de la société suisse et, d'autre part, en prenant connaissance d'une attestation établie par l'administration fiscale suisse des montants déclarés au titre de cette retenue à la source, s'élevant à 122 327 CHF en 2016 soit 113 909 euros et à 162 645 CHF en 2017 soit 138 989 euros, ce qui ne correspond pas au montant des rémunérations refacturées. M. B a en effet déclaré 104 023 euros en 2016 et 124 624 euros en 2017. En outre, ayant demandé les relevés de compte bancaire des quatre comptes suisses dans le cadre de l'exercice de son droit de communication en vue de déterminer si la société Zehnder Group International AG avait procédé à des versements au profit de M. B, elle n'a obtenu que quelques relevés concernant l'un des quatre comptes.
12. Pour apporter la preuve contraire, les requérants produisent une attestation de la société Zehnder Group International AG qui mentionne seulement que M. B ne perçoit aucune rémunération pour son activité, celle-ci étant versée par la société Zehnder Group France, se prévalent de la production en cours d'instance de l'ensemble des relevés de ses quatre comptes bancaires suisses relatifs aux années 2016 et 2017 et justifient l'absence de concordance entre les sommes par le retraitement des salaires que M. B a perçus en France sur la base du nombre de jours travaillés en Suisse pour obtenir les montants à déclarer en Suisse. Toutefois, il résulte de l'instruction que les relevés des quatre comptes bancaires suisses relatifs aux années 2016 et 2017 n'ont pas été produits en totalité. En outre, l'attestation dont se prévalent les requérants peut ne porter que sur l'activité de prospection commerciale de M. B et les explications relatives à l'absence de concordance entre les salaires versés en France et les sommes ayant fait l'objet d'une retenue à la source en Suisse, qui auraient ainsi fait l'objet d'une minoration lors de leur déclaration en Suisse, ne sont pas assorties de justificatifs suffisamment probants et ne sont pas elles-mêmes probantes.
13. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les sommes de 142 386 euros et de 173 736 euros ne sont pas imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
En ce qui concerne l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré :
S'agissant de l'existence d'un manquement délibéré :
14. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.
15. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des deux années en litige, tant en ce qui concerne les salaires que les bénéfices non commerciaux, l'administration se prévaut de la qualité de dirigeant de M. B dans les deux sociétés en raison de laquelle il ne pouvait pas ignorer que la société Zehnder Group France n'exerçait pas d'activité de prospection commerciale, de l'assistance d'un conseiller fiscal pour remplir ses déclarations d'impôt en France stipulée par à un avenant à son contrat de travail, de l'absence de transmission de la totalité des relevés relatifs à ses comptes suisses et de la perception de revenus non déclarés. Dans les circonstances de l'espèce, elle doit être regardée comme établissant, par les éléments qu'elle invoque, la volonté délibérée des requérants d'éluder l'impôt. Par suite, ils ne sont pas fondés à demander la décharge des majorations de 40 % appliquées.
S'agissant du caractère confiscatoire de l'impôt :
16. Il résulte de l'instruction qu'en tenant compte de la rectification des bases d'imposition et des dégrèvements partiels prononcés dans le cadre de l'examen des réclamations, l'imposition totale à l'impôt sur le revenu s'élève, en droits et pénalités, à 199 029 euros en 2016 pour un revenu net imposable rectifié de 458 586 euros et à 249 147 euros en 2017 pour un revenu net imposable rectifié de 554 355 euros soit un taux moyen d'imposition de 43,4 % en 2016 et de 44,9 % en 2017. Par suite, le moyen tiré du caractère confiscatoire de l'imposition résultant d'un taux d'imposition de près de 60 % du fait de l'application de majorations doit être écarté comme manquant en fait.
17. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme B doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2029, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
Mme Massiou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2029.
La présidente-rapporteure,
S. AUBERT
L'assesseur le plus ancien
S. JULINET
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.-2112928
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025