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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114204

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114204

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114204
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantQUENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 juillet 2021,

11 mars et 27 avril 2022, 19 janvier 2023, 22 mars et 1er juillet 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Aurexia, représentée par Me Quentin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer le remboursement du crédit d'impôt en faveur de la recherche (CIR) dont elle s'estime bénéficiaire au titre de l'année 2019 ;

2°) de prononcer le remboursement du projet n° 4 " Opération d'expérimentation Blockchain et RSE " au titre du crédit impôt innovation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de la demande de remboursement est insuffisamment motivée ;

- le montant des dépenses éligibles au dispositif du CIR s'élève à 1 126 218 euros ;

- la décision de rejet de la demande de remboursement présentée par la société est insuffisamment motivée ;

- un expert indépendant devrait être désigné afin d'examiner l'éligibilité des projets de recherche et développement développés au cours de l'année 2019 au dispositif du CIR ;

- les projets dont le remboursement des dépenses est demandé dans le cadre du dispositif du CIR pour 2019 constituent des travaux de recherche et développement ;

- les dépenses relatives à l'opération n°4 " Opération d'expérimentation Blockchain et RSE " sont éligibles au crédit impôt innovation et il est sollicité la requalification de l'opération à ce titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 janvier 2022 et 31 mai 2024, la directrice régionale des finances publique d'Ile-de-France et de Paris conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer à hauteur du remboursement intervenu en cours d'instance, d'un montant de 1 080 093 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête, pour lequel elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2024.

Des pièces complémentaires transmises par la directrice régionale des finances publique d'Ile-de-France et de Paris ont été enregistrées le 25 juillet 2024 et n'ont pas été communiquées.

Vu :

- la décision de remboursement en date du 30 mai 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Aurexia, qui exerce une activité de conseil en stratégie et management et de gestion de projets dans les métiers de la banque, de l'assurance et de la finance, a sollicité le 18 mai 2020, sur le fondement de l'article 244 quater B du code général des impôts, le remboursement du crédit d'impôt en faveur de la recherche (CIR) dont elle s'estimait bénéficiaire au titre de l'année 2019 pour un montant total de 1 126 218 euros, à raison de quatre projets, correspondant à six opérations de recherche et développement intitulées " : Réglementations Bâle 3, BCBS 239, G-SIB, IFRS et AnaCredit " (opération 1), " Réglementations MIF2, PRIIP'S et DDA " (opération 2), " IA et automatisation dans les services financiers " (opération 3), " Opération d'expérimentation blockchain et RSE " (opération 4), " Réglementations DSP2, LDAC-6, LCB-FT " (opération 5), " Réglementations ESG et finance durable " (opération 6). Le service a rejeté, par décision du 6 mai 2021, la demande de remboursement présentée par la société, au motif que les projets de recherche et développement présentés n'étaient pas éligibles au dispositif du CIR. Par la présente requête, la société Aurexia demande le remboursement du CIR dont elle s'estime bénéficiaire au titre de l'année 2019.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 30 mai 2024 prise à l'issue de l'expertise diligentée par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, la directrice régionale des finances publiques

d'Ile-de-France et de Paris a procédé au remboursement des dépenses de recherche et développement au titre du dispositif du CIR à hauteur de 1 080 093 euros, sur le total de

1 126 218 euros demandé, correspondant aux opérations de recherche et développement

n°1, 2, 3, 5 et 6. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de cette somme, seules les dépenses de recherche et développement relatives à l'opération

n°4 " Opération d'expérimentation blockchain et RSE " demeurant en litige pour un montant

de 46 125 euros.

Sur la régularité de la procédure d'instruction de la réclamation :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. ". Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. ".

4. Les irrégularités qui peuvent entacher les décisions prises par l'administration sur les réclamations dont elle est saisie sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé des impositions. La circonstance que l'administration a omis de motiver la décision par laquelle elle rejette une réclamation tendant à la décharge, à la réduction d'une imposition ou comme en l'espèce à la restitution d'un crédit d'impôt a pour seul effet de priver l'administration et, après elle le juge, de la possibilité d'opposer au contribuable la tardiveté de ses conclusions devant le tribunal administratif. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de rejet du 6 mai 2021 est inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont :/ a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. Toutefois, les dotations aux amortissements des immeubles acquis ou achevés avant le 1er janvier 1991 ainsi que celles des immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1991 ne sont pas prises en compte ; () b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; () ()c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 43 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ;() k) Jusqu'au 31 décembre 2022, les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : / 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; / 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison des opérations mentionnées au 1° ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au 1° et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées au 2° ; / 4° Les dotations aux amortissements, les frais de prise et de maintenance de brevets et de certificats d'obtention végétale ainsi que les frais de dépôt de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; / 5° Les frais de défense de brevets, de certificats d'obtention végétale, de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; / 6° Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations mentionnées au 1° confiées à des entreprises ou des bureaux d'études et d'ingénierie agréés selon des modalités prévues par décret. / Les dépenses mentionnées aux 1° à 6° entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 400 000 € par an. / Pour l'application du présent k, est considéré comme nouveau produit un bien corporel ou incorporel qui satisfait aux deux conditions cumulatives suivantes : / - il n'est pas encore mis à disposition sur le marché ; / - il se distingue des produits existants ou précédents par des performances supérieures sur le plan technique, de l'écoconception, de l'ergonomie ou de ses fonctionnalités. ". L'article 49 septies F du code général des impôts prévoit que sont considérées comme des opérations de recherche scientifique et technique, pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B, les " opérations de développement expérimental " qui sont " effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services, ou en vue de leur amélioration substantielle ". En outre, en vertu du même article, " par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'opération n° 4 pour laquelle le remboursement des dépenses de recherche et développement est demandé au titre de l'année 2019 porte sur l'expérimentation d'une solution de mesure de l'engagement en termes de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) des collaborateurs d'entreprises, reposant sur la chaîne de blocs (" blockchain ") et ayant pour objectif de créer un jeton (" token ") social pour récompenser les collaborateurs engagés. Si les travaux menés dans ce cadre ont permis à la société Aurexia d'acquérir des connaissances et compétences dans les domaines combinés de la chaîne de blocs et de la RSE, notamment par la mise en place en 2019 d'un contrat intelligent à travers le développement d'une application permettant de gérer les jetons attribués aux collaborateurs, qui, selon les experts saisis par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, s'apparentent à de l'ingénierie logicielle, de tels travaux, fondés sur une chaîne de blocs et une norme relative aux jetons préexistantes ne présentent pas un caractère de nouveauté les rendant éligibles au dispositif du CIR. Dès lors, c'est à bon droit que la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a rejeté la demande de la société Aurexia tendant au remboursement du CIR dont elle s'estime bénéficiaire à ce titre au titre de l'année 2019.

7. En second lieu, la société Aurexia n'est pas fondée à soutenir que les dépenses en litige sont éligibles au crédit d'impôt en faveur des dépenses d'innovation, auxquelles la loi de finances pour 2013 a étendu à compter du 1er janvier 2013 le CIR, dès lors que la condition de nouveauté, à laquelle est également subordonné le crédit d'impôt en faveur de l'innovation n'est, ainsi qu'il a été dit au point précédent, pas démontrée s'agissant de l'opération n°4. En tout état de cause, la requérante ne démontre pas avoir formulé une telle demande s'agissant de cette opération, demande qui doit être identifiée en tant que telle dans le formulaire dédié. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Aurexia ne peut pas prétendre au remboursement du surplus du crédit d'impôt en faveur des dépenses de recherche ou d'innovation sollicité au titre de l'année 2019 sur le fondement de l'article 244 quater B du code général des impôts.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la société Aurexia en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer, à concurrence de 1 080 093 euros en droits, sur les conclusions de la société Aurexia tendant au remboursement du crédit d'impôt en faveur de la recherche dont elle s'estime bénéficiaire au titre de l'année 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Aurexia est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Aurexia et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

I. OSTYN

Le président,

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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