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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114379

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114379

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet 2021 et 17 janvier 2023, M. B G, représenté par Me Coll, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande de mutation à La Réunion dans le cadre du mouvement polyvalent outre-mer des agents du corps d'encadrement et d'application de la police nationale organisé au titre de l'année 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du ministre de l'intérieur prononçant les mutations des fonctionnaires au titre de l'année 2021 pour le poste auquel il a candidaté ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de modifier la liste des fonctionnaires mutés et de lui accorder sa mutation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision implicite de rejet de sa demande n'est pas motivée ;

- les décisions attaquées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière ; préalablement à l'avis de la commission administrative paritaire il n'y a pas eu d'examen de sa situation personnelle et l'administration n'a pas procédé à la publication du barème de mutation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ; l'administration ne s'est pas prioritairement fondée sur le barème de mutation qu'elle a elle-même fixé dans sa circulaire DGPN n° 18-0139 du 3 avril 2018 ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ; il justifie d'une ancienneté et d'un barème de mutation supérieurs à ceux de M. A H, M. F D, M. C I et M. E J ; l'administration ne justifie pas des motifs sur lesquels elle s'est fondée pour prendre les décisions attaquées ; en particulier il n'est pas établi que M. I et M. H ont demandé leur mutation au titre du rapprochement de conjoints ; en comparaison avec les candidatures de M. A H, M. F D, M. C I et M. E J, il dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion ;

- ils méconnaissent le principe d'égalité de traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à M. A H, M. F D, M. C I et M. E J, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Une note en délibéré portant sur la communication de pièces, présentée par le ministre de l'intérieur, a été enregistrée le 3 mars 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B G, gardien de la paix, a présenté une demande de mutation au titre du mouvement polyvalent outre-mer pour l'année 2021 pour La Réunion. Par un télégramme du 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur a diffusé la liste des fonctionnaires bénéficiant d'une mutation au titre de ce mouvement sur lequel le nom de M. G ne figurait pas, faisant naître une décision implicite de rejet de sa demande de mutation. Le recours gracieux qu'il a formé le 21 mai 2021 contre cette décision a été implicitement rejeté. M. G demande au tribunal d'annuler la décision rejetant implicitement sa demande de mutation et l'arrêté par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé les mutations des fonctionnaires pour le poste sur lequel il a candidaté au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors en vigueur : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles ; /()/ 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; /()/ V. - Dans les administrations ou services dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, les mutations peuvent être prononcées dans le cadre de tableaux périodiques de mutations. Dans les administrations ou services où sont dressés des tableaux périodiques, l'autorité compétente peut procéder à un classement préalable des demandes de mutation à l'aide d'un barème rendu public. Le recours à un tel barème constitue une mesure préparatoire et ne se substitue pas à l'examen de la situation individuelle des agents. Ce classement est établi dans le respect des priorités définies au II du présent article. ".

3. D'une part, lorsque, dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, l'administration doit comparer l'ensemble des candidatures dont elle est saisie, au titre des mutations, en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés appréciée, pour ce qui concerne les agents qui demandent leur mutation, compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir.

4. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique que les cinq critères de priorité qu'elles énoncent ne sont pas hiérarchisés. En outre, elles ne subordonnent pas la légalité des mutations prononcées lors des mouvements de personnels à l'observation d'un barème de mutation, lequel est purement indicatif.

En ce qui concerne les mutations de M. H et de M. I :

5. L'administration fait valoir que pour faire droit aux demandes de mutation de M. I et de M. H elle s'est fondée sur les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, que ces fonctionnaires ont bénéficié de leur mutation au titre du rapprochement de conjoint alors que M. G a demandé une mutation à La Réunion en raison de ce qu'il y dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux. Il ressort des pièces du dossier que M. G justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion, de son ancienneté dans le corps depuis le 1er septembre 2003 et de ce qu'il a obtenu les notes de 6 au titre des années 2017, 2018 et 2020. En défense, l'administration ne fait état d'aucun élément relatif à la comparaison de la candidature de M. G avec celle des deux autres fonctionnaires et d'aucun autre élément relatif à l'intérêt du service. Dans ces conditions, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le parcours et l'expérience professionnels de ces deux fonctionnaires ont été plus méritants que les siens et, contrairement à ce que soutient le ministre en défense, leur priorité en qualité de conjoint n'a pas par elle-même vocation à primer celle dont le requérant se prévaut au titre du centre de ses intérêts matériels et moraux. Il s'ensuit qu'en refusant de faire droit à la demande de mutation de M. G, le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de l'intérêt du service et de la situation familiale de l'intéressé. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de mutation au titre de l'année 2021, ainsi que, par voie de conséquence, celle des arrêtés procédant à la mutation de M. I et de M. H.

En ce qui concerne les mutations de M. D et de M. J :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés attaqués ont été pris après un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. G. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que l'administration n'a pas procédé à la publication du barème de mutation prévu par la circulaire DGPN n° 18-01239 du 3 avril 2018 et qu'elle a commis une erreur de droit en ne faisant pas application d'un tel barème et ainsi rompu l'égalité de traitement entre les candidats, il résulte de ce qui est dit au point 4 que ces moyens sont inopérants et doivent par suite, être écartés.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D et M. J ont été mutés à La Réunion en raison de ce qu'ils justifient y avoir le centre de leurs intérêts matériels et moraux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En dernier lieu, M. G soutient qu'il dispose du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion, d'une ancienneté dans le corps depuis le 1er septembre 2003, d'une ancienneté dans sa dernière affectation à la date de la décision attaquée depuis le 1er décembre 2016 et de ce qu'il a obtenu les notes de 6 au titre des années 2018, 2019 et 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que M. D a une ancienneté dans le corps depuis le 1er février 2005 et qu'il a obtenu les notes de 6 de 2017 à 2020 et plusieurs lettres de félicitations et, d'autre part, que M. J a une ancienneté dans le corps depuis le 10 septembre 2007 et qu'il a obtenu les notes de 6 de 2017 à 2020 et plusieurs lettres de félicitations, en particulier des lettres de félicitations individuelles. Dans ces conditions, compte tenu des nombreuses lettres de félicitations obtenues par M. D et M. J, ces agents démontrent être plus méritants que M. G ce qui justifie leur mutation sur l'emploi auquel M. G était candidat. Il s'ensuit qu'en faisant primer leurs candidatures, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés de mutation de M. D et de M. J.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer réexamine la situation de M. G. Il y a lieu, en l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. G d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement refusé de faire droit à la demande de mutation de M. G au titre de l'année 2021 est annulée.

Article 2 : Les arrêtés individuels de mutation de M. I et de M. H sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la situation de M. G dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. G une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, M. A H, M. F D, M. C I, M. E J et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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