vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114483 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GROUPE FIDUCIAIRE FORTUNY (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 juillet 2021, 15 avril et 1er août 2022, la société International Diffusion, représentée par Me Michel Sarmont, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche dont le bénéfice lui a été refusé au titre de l'exercice 2019 pour un montant de 156 304 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a estimé à tort qu'elle ne répondait pas aux critères d'une entreprise industrielle éligible au crédit d'impôt recherche au sens du h du II du B de l'article 244 du code général des impôts en lui reprochant de ne pas participer à la fabrication des collections qu'elle conçoit et commercialise et de la confier à des tiers ; sa décision de rejet de sa demande de remboursement du crédit d'impôt recherche est entachée d'une erreur de droit ;
- elle possède, au sein de son atelier parisien de la rue Servan dans le 11ème arrondissement de Paris, l'outillage, le matériel et le personnel nécessaires à la production et la réalisation des nouvelles collections qu'elle commercialise sous la marque Zyga ;
- si elle sous-traite la fabrication des collections à un sous-traitant lithuanien, elle demeure propriétaire exclusive des matières premières à tous les stades de la production et assure tous les risques liés à la fabrication et à la commercialisation des nouvelles collections et peut donc se prévaloir de la doctrine administrative énoncée au paragraphe 25 du BOI-BIC-RICI-10-10-40 ;
- elle a toujours bénéficié depuis 2008 du crédit d'impôt recherche sans changement de fonctionnement ni d'organisation conformément à une prise de position formelle du conciliateur fiscal du 21 juin 2018 qui est opposable en application des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier et 8 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Michautel, représentant la société International Diffusion.
Une note en délibéré, présentée pour la société International Diffusion, a été enregistrée le 17 avril 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La société International Diffusion, qui exerce une activité de commerce de gros, d'habillement et de chaussures sous la marque Zyga, a demandé, au titre de l'année 2019, le remboursement du crédit d'impôt recherche prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts correspondant aux dépenses exposées en vue de l'élaboration de nouvelles collections de vêtements et accessoires pour un montant de 156 304 euros. L'administration fiscale a, par une décision du 17 mai 2021, rejeté sa demande. Par la présente requête, la société International Diffusion demande au tribunal de prononcer le remboursement de cette créance de crédit d'impôt recherche.
Sur les conclusions à fin de remboursement du crédit d'impôt recherche :
En ce qui concerne le terrain de la loi fiscale :
2. Aux termes des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () / II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () / h) () les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir et définies comme suit : / 1° Les dépenses de personnel afférentes aux stylistes et techniciens des bureaux de style directement et exclusivement chargés de la conception de nouveaux produits et aux ingénieurs et techniciens de production chargés de la réalisation de prototypes ou d'échantillons non vendus ; / 2° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf qui sont directement affectées à la réalisation d'opérations visées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison de ces mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à 75 p. 100 des dépenses de personnel mentionnées au 1° ; / 4° Les frais de dépôt des dessins et modèles. / 5° Les frais de défense des dessins et modèles, dans la limite de 60 000 € par an. / () ".
3. En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu, par l'octroi d'un avantage fiscal, soutenir l'industrie manufacturière en favorisant les systèmes économiques intégrés qui allient la conception et la fabrication de nouvelles collections. Il en résulte que le bénéfice du crédit d'impôt est ouvert sur le fondement de ces dispositions aux entreprises qui exercent une activité industrielle dans le secteur du textile, de l'habillement et du cuir lorsque les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections sont exposées en vue d'une production dans le cadre de cette activité. Ont un caractère industriel, au sens de ces dispositions, les entreprises exerçant une activité qui concourt directement à la fabrication ou à la transformation de biens corporels mobiliers et pour laquelle le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant.
4. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures de la société elle-même et des documents comptables, factures et contrat liant la société requérante à la société lituanienne UAB Nevezis produits à l'instance que, pour l'année en litige, les collections de vêtements vendus sous la marque Zyga étaient entièrement fabriquées par une entreprise établie en Lituanie à partir des dessins, modèles et spécifications techniques qu'elle lui adressait, après les avoir élaborés dans son atelier situé rue de Servan dans le 11ème arrondissement de Paris. Il en résulte également que les dépenses d'outillage, de matériel et de personnel engagées par la société International Diffusion pour le travail réalisé dans cet atelier ne concernent que la conception de nouveaux produits et la réalisation de prototypes, lesquelles ne peuvent être regardées comme ayant un caractère industriel. La double circonstance invoquée par la société requérante que les vêtements auraient été fabriqués par l'entreprise lituanienne à partir des matières premières qu'elle avait elle-même sélectionnées et achetées et qu'elle aurait contrôlé le cycle de fabrication de ses modèles et assumé les risques de commercialisation des vêtements ne peut utilement conférer un tel caractère à son activité. Il suit de là qu'elle ne peut pas être regardée comme une entreprise industrielle du secteur " textile-habillement-cuir " au sens des dispositions précitées pouvant bénéficier à ce titre du crédit d'impôt qu'elle demande. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le terrain de la doctrine administrative :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".
7. La garantie prévue par l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester le rehaussement d'une imposition.
8. La société International Diffusion se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales du paragraphe 25 de l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-10-10-40 du 13 février 2019 aux termes duquel " les entreprises exerçant une activité industrielle, qui ont recours à la sous-traitance mais qui n'ont pas concédé leur droit de fabrication, peuvent bénéficier du crédit d'impôt dès lors qu'elles sont propriétaires de la matière première et qu'elles assurent tous les risques de la fabrication et de la commercialisation ".
9. La décision refusant d'accorder le crédit d'impôt recherche ne constituant pas un rehaussement d'imposition, ni un redressement, même si le crédit d'impôt recherche est utilisé par imputation sur l'impôt sur les sociétés, la société International Diffusion ne peut pas se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la documentation administrative précitée. Par suite et en tout état de cause, elle ne peut utilement en invoquer le bénéfice en soutenant notamment qu'elle assume l'ensemble des risques liés à la production et à la commercialisation, qu'elle est la propriétaire de la matière première des biens fabriqués et qu'elle n'a pas concédé de droits de fabrication. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () ". Les contribuables ne sont en droit de contester, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, lequel renvoie au premier alinéa de l'article L. 80 A du même livre, que les rehaussements d'impositions antérieures.
11. Ainsi qu'il est dit au point 9, le refus de l'administration de faire droit à la demande de la société International Diffusion tendant au bénéfice d'un crédit d'impôt de recherche ne résulte pas du rehaussement ou du redressement d'une imposition. Il suit de là que la société requérante ne peut en tout état de cause pas se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, d'un courriel du service du 29 août 2018 sur le crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2016 selon lequel " il ressort de l'examen [du] bilan rectificatif (exercice clos au 31/12/2016) que l'activité de la société présente sur toute la chaine de production, a bien une activité industrielle éligible " et du fait qu'elle a bénéficié depuis 2008 du crédit d'impôt recherche à fonctionnement et organisation identiques. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société International Diffusion est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société International Diffusion et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025