vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2115639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | GUEZ GUEZ |
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juillet 2021 et 22 mars 2022, M. A Prince, représenté par Me Guez Guez, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le ministre de l'intérieur et le ministre de l'économie, des finances et de la relance ont gelé ses avoirs pour une durée de six mois ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; - il est entaché d'un vice de forme, tiré de son insuffisante motivation, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; - il méconnaît l'article L. 562-2 du code monétaire et financier ; - il est entaché d'une erreur de fait ; - il prescrit une mesure manifestement disproportionnée. Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code monétaire et financier ; - le code des relations entre le public et l'administration ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Grandillon, premier conseiller, - les conclusions de Mme De Schotten, rapporteure publique, - et les observations de Me Guez Guez, avocat de M. Prince. Considérant ce qui suit : 1. Le ministre de l'intérieur et le ministre de l'économie, des finances et de la relance ont, par un arrêté du 25 mai 2021 pris sur le fondement des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier, imposé à M. A Prince une mesure de gel d'avoirs pour une durée de six mois. M. Prince demande l'annulation de cet arrêté. Sur la légalité externe : 2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En vertu de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public () ". 3. Les mesures prises sur le fondement de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier, qui n'ont pas de finalité répressive, constituent des mesures de police administrative et poursuivent l'objectif de prévention des atteintes à l'ordre public. Dès lors que la mise en œuvre d'une procédure contradictoire permettrait à la personne concernée de transférer ses avoirs dans des lieux insaisissables pour les autorités administratives, elle priverait de tout effet utile la mesure de gel des avoirs, et serait ainsi de nature à compromettre l'ordre public qu'elle a pour objet de préserver. Il s'en suit qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui autorisent à déroger au principe du respect d'une procédure contradictoire préalable pour autant qu'une telle procédure serait de nature à compromettre l'ordre public, une procédure contradictoire n'a pas à être suivie préalablement à une mesure de gel des avoirs. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté. 4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". 5. L'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. La circonstance que les faits reprochés au requérant ne pouvaient légalement justifier le gel de ses avoirs en application de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier est sans incidence sur l'appréciation de la légalité formelle de l'acte attaqué. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. Sur la légalité interne : 6. Aux termes de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier : " Le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois, renouvelable, le gel des fonds et ressources économiques : / 1° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent ; () ". En vertu de l'article L. 561-1 du même code : " " Pour l'application du présent chapitre, on entend par : / 1o "Acte de terrorisme": les actes définis au 4o de l'article 1er du règlement (UE) no 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 concernant l'adoption de mesures restrictives spécifiques à l'encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ; () ". Ces dispositions renvoient elles-mêmes à la définition qui figure à l'article 1er, paragraphe 3, de la position commune 2001/931/PESC, aux termes duquel : " Aux fins de la présente position commune, on entend par "acte de terrorisme", l'un des actes intentionnels suivants, qui, par sa nature ou son contexte, peut gravement nuire à un pays ou à une organisation internationale, correspondant à la définition d'infraction dans le droit national, lorsqu'il est commis dans le but de : / i) gravement intimider une population, ou / ii) contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque, ou / iii) gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou d'une organisation internationale : / a) les atteintes à la vie d'une personne, pouvant entraîner la mort ; / b) les atteintes graves à l'intégrité physique d'une personne ; / c) l'enlèvement ou la prise d'otage ; / d) le fait de causer des destructions massives à une installation gouvernementale ou publique, à un système de transport, à une infrastructure, y compris un système informatique, à une plate-forme fixe située sur le plateau continental, à un lieu public ou une propriété privée susceptible de mettre en danger des vies humaines ou de produire des pertes économiques considérables ; / e) la capture d'aéronefs, de navires ou d'autres moyens de transport collectifs ou de marchandises ; / f) la fabrication, la possession, l'acquisition, le transport, la fourniture ou l'utilisation d'armes à feu, d'explosifs, d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques ainsi que, pour les armes biologiques ou chimiques, la recherche et le développement ; / g) la libération de substances dangereuses, ou la provocation d'incendies, d'inondations ou d'explosions, ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; /h) la perturbation ou l'interruption de l'approvisionnement en eau, en électricité ou toute autre ressource naturelle fondamentale ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; / i) la menace de réaliser un des comportements énumérés aux point a) à h) ; / j) la direction d'un groupe terroriste ; / k) la participation aux activités d'un groupe terroriste, y compris en lui fournissant des informations ou des moyens matériels, ou toute forme de financement de ses activités, en ayant connaissance que cette participation contribuera aux activités criminelles du groupe. ". 7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note des services de renseignements versée aux débats par le ministre de l'intérieur, que M. Prince évolue au sein de la communauté cyber-djihadiste, entretenant de nombreuses relations avec des militants islamistes radicaux et pro-djihadistes. A ce titre, il a notamment publié plusieurs commentaires pro-djihadistes sur les réseaux sociaux, dont un daté du 19 janvier 2020 dans lequel il apporte son soutien aux combattants de " l'organisation de libération du Levant " appelée " Hayat Tahrir al Sham ". Par ailleurs, au cours de l'été 2020, M. Prince a régulièrement consulté un site internet sur lequel étaient publiés des témoignages de combattants djihadistes incitant à rejoindre Daech et faisant l'apologie d'actes de terrorisme et qu'il a continué à entretenir des relations avec des militants pro-djihadistes. En outre, il a fait l'objet d'une visite domiciliaire le 27 octobre 2020 ayant mené à la découverte d'une carabine à air comprimé, de munitions, d'un pointeur laser, d'un drone ainsi que d'un livre d'histoire criblé de billes de plomb, sur lequel il a déclaré tirer dans son logement. Il ressort de la note blanche que lors de cette visite, le requérant a menacé les services de police d'une arme factice de type pistolet automatique, ce qui a conduit à sa condamnation à huit mois de prison dont deux fermes sans mandat de dépôt par le tribunal correctionnel de Bobigny. Enfin, l'auteur de cette note précise également que l'exploitation de l'ordinateur portable de l'intéressé a relevé qu'il consultait régulièrement des magazines de propagande de Daech et disposait d'images et de vidéos de propagandes pro-djihadiste. Ces différents faits ont justifié que le ministre de l'intérieur prenne à son encontre des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance d'une durée de trois mois par un arrêté du 19 novembre 2020, renouvelée pour trois mois supplémentaires par un arrêté du 10 février 2021, mesures dont la légalité a été confirmée par deux jugements du tribunal administratif de Montreuil du 17 décembre 2020 et du 5 mars 2021. 8. Si M. Prince conteste formellement sa participation au sein d'une mouvance faisant la promotion, par des moyens électroniques, du djihad, il ne conteste cependant pas les éléments précis et circonstanciés retenus par l'administration pour justifier la mesure de gel de ses avoirs, éléments qui sont également relatés dans la note des services de renseignements produite par le ministre de l'intérieur en défense. En outre, compte tenu de ce qui a indiqué au point précédent, c'est à bon droit que le ministre de l'intérieur a estimé que M. Prince devait être regardé comme incitant à la commission d'actes de terrorismes. La circonstance qu'il n'ait jamais fait l'objet de poursuites pénales pour apologie du terrorisme est sans incidence sur ce point, le prononcé d'une mesure de police administrative telle qu'un gel d'avoirs n'étant pas conditionné par l'existence de telles poursuites, tout comme il n'est pas exclusivement conditionné par un risque de financement d'acte de terrorisme, contrairement à ce qu'affirme le requérant. De même, la circonstance que les faits en cause, dont les plus récents remontent à six mois à la date de l'arrêté attaqué et lui sont donc suffisamment contemporains, aient fondé les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance dont il a fait l'objet entre le 19 novembre 2020 et le 10 mai 2021 ne s'opposaient pas à ce qu'ils puissent également fonder un autre type de mesures tel que le gel d'avoirs prescrit par l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, et quand bien même la carabine, les munitions, le pointeur laser et le drone retrouvés lors de la visite domiciliaire du requérant seraient en vente libres, c'est à bon droit que le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur ont pris l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation et, en tout état de cause, celui relatif au caractère disproportionné de la mesure prescrite par l'acte attaqué ne peuvent qu'être écartés. 10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. Prince tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. D E C I D E :Article 1er : La requête de M. Prince est rejetée. Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Prince, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances publiques et de la relance.Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023 à laquelle siégeaient :M. Simonnot, président,M. Grandillon, premier conseiller.M Paret, conseillerLu en audience publique le 10 février 2023.Le rapporteur, J. GRANDILLONLe président,J.-F. SIMONNOTLa greffière,S. RAHMOUNILa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.22N° 2115639 /4-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026