jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2115804 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOLDMAN & QUINQUIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, M. D A, représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 25 juin 2021 par laquelle le Chef d'établissement de l'Etablissement pénitentiaire CP de Paris la Santé a ordonné son placement à l'isolement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 au profit de son conseil par application combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour la signer ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard des motifs de sa mise sous écrou et de son comportement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juillet 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de procédure pénale,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Théoleyre,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A a été écroué le 6 juillet 2016 au centre pénitentiaire de Lille Annœullin en qualité de prévenu pour des faits de soustraction à l'arrestation ou aux recherches d'auteur ou complice d'acte de terrorisme ainsi que des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes. Afin de pouvoir assister à son procès devant la cour d'assise spéciale de Paris, à compter du 8 septembre 2021, M. A a été transféré au centre pénitentiaire de Paris la Santé (75) le 21 juin 2021. A son arrivée, l'intéressé a été placé à l'isolement à titre provisoire. Par une décision du 25 juin 2021, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Paris la Santé l'a placé à l'isolement pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme C B, adjointe au chef du bureau de la gestion des détentions, qui disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 27 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Paris le 4 mai 2021, pour signer les mesures de placement initial des personnes détenues à l'isolement et de premier renouvellement desdites mesures. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations () ".
6. La décision attaquée qui décide le placement à l'isolement de M. A, vise les articles R. 57-7-62 à R. 57-7-78 du code de procédure pénale. Elle mentionne qu'eu égard à la circonstance qu'il est prévenu en raison de son implication dans les attentats du 13 novembre 2015 et alors que son procès doit avoir lieu à brève échéance et sera particulièrement médiatisé, son placement à l'isolement constitue le seul moyen de prévenir une atteinte à sa sécurité et à celle de l'établissement. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, dans ses dispositions applicables au litige : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office (). ". Aux termes de l'article R. 57-7-62 du même code : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef d'établissement. Toutefois, le chef d'établissement organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre. ". Aux termes de l'article R. 57-7-65 de ce même code : " En cas d'urgence, le chef d'établissement peut décider le placement provisoire à l'isolement de la personne détenue, si la mesure est l'unique moyen de préserver la sécurité des personnes ou de l'établissement. Le placement provisoire à l'isolement ne peut excéder cinq jours. A l'issue d'un délai de cinq jours, si aucune décision de placement à l'isolement prise dans les conditions prévues par la présente sous-section n'est intervenue, il est mis fin à l'isolement. La durée du placement provisoire à l'isolement s'impute sur la durée totale de l'isolement. ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-66 du même code : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée () ".
8. Si le placement à l'isolement d'un détenu contre son gré constitue, eu égard à l'importance de ses effets sur les conditions de détention, une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs d'une telle mesure.
9. Pour procéder au placement provisoire à l'isolement de l'intéressé et à la prolongation de cet isolement pour une durée de trois mois, le directeur du centre pénitentiaire de la Santé s'est fondé sur la circonstance que M. A était accusé de complicité dans la commission des attentats du 13 novembre 2015 et que le caractère particulièrement médiatique de l'affaire, combiné à l'échéance prochaine de son procès, emportaient des risques pour sa sécurité et celle de l'établissement. Si le requérant soutient que ni son profil pénal, ni son comportement en détention ne justifiaient qu'il soit placé à l'isolement, il n'est pas contesté que l'émoi provoqué par les faits dont il était accusé étaient de nature à l'exposer, y compris en détention, à des risques graves pour sa sécurité, et que cette exposition serait accrue par la publicisation de son procès à venir. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur du centre pénitentiaire de la Santé aurait méconnu les dispositions précitées ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir que la décision attaquée aurait conduit à ce qu'il soit soumis aux traitements proscrits par les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2115804/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026