mercredi 29 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DEVARENNE ASSOCIES GRAND EST (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 août 2021, 27 septembre 2021,
13 janvier 2022 et 24 mai 2022, M. F E et Mme C A épouse E, représentés par la SELAS Devarenne Associés Grand Est, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'Intendante générale de la maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges, a refusé l'inscription de leur fille, G E, en classe de 4ème pour l'année scolaire 2021/2022 ;
2°) d'enjoindre au grand chancelier de l'ordre de la Légion d'honneur de réintégrer leur fille dans les effectifs de la maison d'éducation de la Légion d'honneur ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'ordre de la Légion d'honneur une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants, dans le dernier état de leurs écritures, soulèvent les moyens suivants :
- la décision de refus de réinscription de leur fille ne leur a pas été notifiée par écrit, de même que le premier avertissement dont elle a fait l'objet, en méconnaissance de l'article 4.2.4 du règlement intérieur du collège des Loges ;
- elle méconnait le principe du contradictoire conformément au principe général du droit et aux articles R. 421-10-1 et D. 511-31 du code de l'éducation dès lors que les griefs reprochés à leur fille ne leur ont pas été communiqués par écrit préalablement à l'entretien du 11 juin 2021, qu'ils n'ont pas été mis en mesure de présenter leurs observations et qu'ils n'ont pas été invités à consulter son dossier ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du conseil de discipline s'agissant d'une sanction d'exclusion définitive ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'ils n'ont pas été informés au préalable du comportement de leur fille ;
- elle est prise sur le fondement de l'article 4.2.4 du règlement intérieur du collège des Loges qui est contraire à l'article R. 511-13 du code de l'éducation, au principe non bis in idem et à la circulaire n° 2014-059 du 27 mai 2014 relative à l'application de la règle, mesures de préventions et sanction ;
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- elle prononce une sanction disproportionnée ;
- elle prononce une sanction arbitraire ;
- elle procède d'un détournement de pouvoir résultant de la volonté de l'établissement d'écarter certains élèves ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant au sens du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 12 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article D. 331-41 du code de l'éducation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 novembre 2021 et le
31 janvier 2022, le grand chancelier de l'ordre de la Légion d'honneur conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de la légion d'honneur, de la médaille militaire et de l'ordre national du mérite ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,
- et les observations de Me Devarenne-Odaert, représentant M. et Mme E et de
M. Boudy, secrétaire général de la Grande chancellerie.
Considérant ce qui suit :
1. Clémentine E, alors âgée de 12 ans, était scolarisée en classe de 5ème sous le régime de l'internat au sein du collège des Loges, maison d'éducation de la Légion d'honneur située à Saint-Germain-en-Laye. Elle a fait l'objet d'un avertissement de travail à l'issue du conseil de classe qui s'est tenu le 7 juin 2021, puis d'un avertissement de conduite prononcé le
8 juin 2021. Le courrier de notification de ce second avertissement, adressé aux parents indique : " Je vous rappelle que notre règlement intérieur précise que deux avertissements de travail ou de conduite, dûment notifiés par écrit aux parents par Madame l'Intendante générale, entraînent une non réinscription dans les MELH l'année suivante. Etant donné qu'il s'agit du deuxième avertissement pour Clémentine, je vous engage donc à rechercher pour la rentrée scolaire
2021-2022 un établissement susceptible d'accueillir votre fille () ". Cette décision a été rappelée par le grand chancelier de l'ordre de la Légion d'honneur dans un courrier du
23 août 2021 en réponse à la demande de M. et Mme E tendant à obtenir la communication du dossier de réinscription de leur enfant. Par la présente requête,
M. et Mme E demandent l'annulation de la décision par laquelle l'intendante générale de la maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges a décidé de la non réinscription pour l'année scolaire 2021-2022 de leur fille, G E.
2. D'une part, il résulte des articles R. 2 et suivants du code de la Légion d'honneur, de la médaille militaire et de l'ordre national du mérite que la Légion d'honneur constitue un ordre national doté de la personnalité morale et administré par un conseil de l'ordre dirigé par le grand chancelier sous l'autorité du Président de la République, grand maître de l'ordre. Le titre VII de ce code institue les maisons d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis et des Loges, qui, placées sous l'autorité du grand chancelier, assurent l'éducation des filles, petites-filles et arrière-petites-filles de décorés de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de l'ordre national du Mérite en leur inspirant " l'amour de la patrie et de la liberté ainsi que le sens de leurs devoirs civiques et familiaux " et en les préparant, " par leur instruction et la formation de leur caractère, à s'assurer une existence digne et indépendante ". Selon les articles R. 123 et suivants de ce même code, les maisons constituent des internats où sont professés les enseignements du second degré et du supérieur, et dont le règlement intérieur est fixé par arrêté du grand chancelier, tout comme le sont les conditions d'admission, la liste des élèves admises, le programme des études et les règles de scolarité. L'article R. 126 prévoit que les deux maisons sont placées sous l'autorité d'une surintendante, en résidence à Saint-Denis, " qui assure l'unité de l'éducation et de l'enseignement donnés aux élèves () " et que la maison d'éducation des Loges est dirigée, sous l'autorité de la surintendante, par une intendante générale. L'article
R. 127 précise que l'intendante générale et les personnels de tous ordres sont, soit nommés par le grand chancelier, soit détachés du ministère de l'éducation nationale, sur la demande du grand chancelier.
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les règles régissant l'organisation et le fonctionnement des maisons d'éducation de la Légion d'honneur, établissements publics d'enseignement, sont définies par le titre VII du code de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de l'ordre national du Mérite, ainsi que par le règlement intérieur arrêté par le grand chancelier en application de l'article R. 124 de ce code.
4. D'autre part, les règles régissant le fonctionnement pédagogique et éducatif de la maison d'éducation de Saint-Germain-en-Laye sont définies au point 4.2 du règlement intérieur de cet établissement. Le point 4.2.4 intitulé " sanctions " prévoit que les élèves dont les résultats sont jugés insuffisants peuvent recevoir un " avertissement de travail " sur avis du conseil de classe, et que celles dont le comportement répréhensible donne lieu à un signalement faisant l'objet d'un écrit adressé aux familles peuvent se voir infliger un " avertissement de conduite ". Il est ajouté que " deux avertissements de travail ou de conduite, dûment notifiés par écrit aux parents par l'Intendante générale (chef d'établissement), entraînent une non-réinscription dans les maisons d'éducation de la Légion d'honneur l'année suivante ". Cette sanction, qui constitue une sanction complémentaire obligatoire découlant de la notification de deux avertissements de travail ou de conduite successifs est reprise au point 9 du règlement intérieur régissant le " régime des punitions et sanctions ", lequel définit une échelle des sanctions principales par ordre croissant de gravité allant de la production par l'élève de devoirs ou travaux supplémentaires à l'exclusion définitive de l'établissement prononcée par le grand chancelier sur proposition motivée du conseil de discipline, l'avertissement de conduite ou de travail étant prononcé par le chef d'établissement.
5. Enfin, le respect du principe général des droits de la défense suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, à tout le moins lorsqu'elle en fait la demande pour lui permettre de présenter, éventuellement, des observations.
6. Dans sa décision du 8 juin 2021, l'intendante générale a indiqué à
M. et Mme E qu'un " avertissement de conduite a été prononcé " à l'encontre de leur fille en raison de manquements aux règles de sécurité et leur rappelle que le règlement intérieur précise " que deux avertissements de travail ou de conduite, dûment notifiés par écrit aux parents par Madame l'Intendante générale, entraînent une non réinscription dans les MELH l'année suivante. Etant donné qu'il s'agit du deuxième avertissement pour Clémentine, je vous engage donc à rechercher pour la rentrée scolaire 2021-2022 un établissement susceptible d'accueillir votre fille () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme E, responsables légaux de la jeune G E, mineure, aient reçu, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction attaquée, communication des griefs formulés à l'encontre de leur fille et aient pu avoir accès, sur leur demande, aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, et aient été ainsi mis à même de produire éventuellement des observations. Par conséquent, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et à en demander l'annulation pour ce motif sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation qu'il prononce, n'implique pas qu'il soit enjoint au grand chancelier de l'ordre de la Légion d'honneur de réintégrer la jeune G E dans les effectifs de la maison d'éducation des Loges. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ordre de la Légion d'honneur et en tout état de cause de l'Etat, la somme que M. et Mme E réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme E la somme que le grand chancelier de l'ordre de la Légion d'honneur réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle l'Intendante générale de la maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges a refusé la réinscription de Clémentine E pour l'année scolaire 2021-2022, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le grand chancelier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse E et
M. F E, au grand chancelier de la Légion d'Honneur et au chef d'établissement de la Maison d'éducation de la Légion d'honneur des Loges.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Baudat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.
La rapporteure,
M. D
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2117184/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026