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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117340

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117340

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117340
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET THOUVENIN, COUDRAY ET GREVY (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, la ville de Paris demande au tribunal :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A B et de tous occupants de son chef du logement de fonction situé 78, rue Bonaparte, dans le 6ème arrondissement de Paris, sous astreinte de 1 000 euros par mois, si besoin avec le concours d'un serrurier et de la force publique ;

2°) de condamner M. B au paiement de l'indemnité d'occupation, calculée par le bureau des expertises foncières et urbaines de la ville de Paris, soit 2 852 euros par mois à compter du 1er décembre 2020.

Elle soutient que M. B occupe un logement de fonction situé 78, rue Bonaparte, sans droit ni titre, de sorte qu'elle est fondée à obtenir son expulsion.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier 2022 et 15 février 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B, représenté par la SCP Thouvenin, Coudray et Grevy, conclut au rejet de la requête, et à la mise à la charge de la ville de Paris de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à la condamnation de M. B au paiement d'une indemnité d'occupation à compter du 1er décembre 2020 sont irrecevables, dès lors que l'administration ne peut demander au juge de prononcer des mesures qu'il lui appartiendrait, si elle s'y croit fondée, de prendre elle-même ;

- les moyens soulevés par la ville de Paris ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à autoriser la ville de Paris recourir à la force publique ou à un serrurier au besoin, pour l'exécution du jugement, dès lors qu'elles ne relèvent pas de l'office du juge administratif.

Un courrier a été adressé le 4 février 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R. 613-2 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du maire de Paris du 13 mars 2009, M. A B a été autorisé, à titre gratuit et par nécessité absolue de service, à occuper un logement de fonction situé 78, rue Bonaparte, dans le 6ème arrondissement de Paris, à compter du 18 août 2007, en raison de sa qualité d'agent de logistique générale de première classe à la direction des achats, de la logistique, des implantations administratives et des transports. Par un arrêté du 21 juin 2019, M. B a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé avec prestations du 24 avril 2019 au 23 octobre 2019. Ce placement a été maintenu du 24 octobre 2019 au 23 avril 2020 par un arrêté du 9 octobre 2019, puis du 23 octobre 2020 au 22 octobre 2021 par un arrêté du 2 février 2021. Par un arrêté du 28 novembre 2019, la maire de Paris a mis fin à la concession de logement de fonction au bénéfice de M. B à compter du 28 novembre 2019. Cet arrêté a été rapporté par un arrêté de la maire de Paris du 30 octobre 2020. Par un nouvel arrêté du 6 novembre 2020, considérant que M. B n'occupait plus le poste justifiant la mise à disposition d'un logement de fonction par nécessité absolue de service, la maire de Paris lui a supprimé le bénéfice de ce logement de fonction à compter du 6 novembre 2020. La ville de Paris demande que soit ordonnée, sans délai, l'expulsion de M. B de ce logement de fonction.

Sur la demande d'expulsion du domaine public :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". L'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier du domaine public. Aux termes de l'article R. 2124-64 du même code : " Dans les immeubles dépendant de son domaine public, l'Etat peut accorder à ses agents civils ou militaires une concession de logement par nécessité absolue de service ou une convention d'occupation précaire avec astreinte, dans les conditions prévues au présent paragraphe ". Aux termes de l'article

R. 2124-65 du même code : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate ". Aux termes de son article R. 2124-73 : " Les concessions de logement et les conventions d'occupation précaire avec astreinte sont, dans tous les cas, accordées à titre précaire et révocable. Leur durée est limitée à celle pendant laquelle les intéressés occupent effectivement les emplois qui les justifient () Lorsque les titres d'occupation viennent à expiration, pour quelque motif que ce soit, l'agent est tenu de libérer les lieux sans délai sous peine de se voir appliquer les sanctions prévues à l'article R. 2124-74 ". Aux termes de son article

R. 2124-74 : " L'occupant qui ne peut justifier d'un titre est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'expulsion. En outre, pour toute la période pendant laquelle il occupe les locaux sans titre, notamment dans le cas où son titre est venu à expiration, il est astreint au paiement d'une redevance fixée par le directeur départemental des finances publiques, égale à la valeur locative réelle des locaux occupés. Cette redevance est majorée de 50 % pour les six premiers mois, de 100 % au-delà ". Ces dispositions sont transposables aux agents des collectivités territoriales en application du principe de parité avec la fonction publique d'État.

3. En outre, aux termes de l'article 57 alors en vigueur de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. (). ". Aux termes de l'article 72 alors en vigueur de cette loi : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. "

4. La disposition d'un logement de fonction par nécessité de service est la contrepartie des sujétions attachées à l'exercice effectif des fonctions. Il en résulte que la cessation de l'exercice, par un agent, des fonctions ayant justifié la concession de logement pour nécessité absolue de service emporte, nécessairement la fin de cette concession, à laquelle l'administration est, en toute hypothèse, tenue de mettre fin.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a été placé à compter du 24 avril 2019, à l'issue d'une période de douze mois de congés maladie commençant le 24 avril 2018, en disponibilité d'office pour raison de santé par un arrêté du 21 juin 2019, disponibilité qui a été renouvelée par la suite. Par un nouvel arrêté du 6 novembre 2020, considérant que M. B n'occupait plus le poste justifiant la mise à disposition d'un logement de fonction par nécessité absolue de service, la maire de Paris lui a supprimé le bénéfice de ce logement de fonction à compter du 6 novembre 2020. Par un jugement n° 2123864/4-2 du 11 mars 2024, ce tribunal a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision mettant fin à la mise à disposition de ce logement de fonction. Par suite, M. B doit être regardé comme occupant sans titre son logement de fonction depuis le 24 avril 2019, date de son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. Par suite, il y a lieu d'ordonner à M. B et à tout occupant de son chef de libérer sans délai le local occupé indûment. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'évacuation aux frais, risques et périls des occupants au besoin avec le recours à la force publique :

6. Il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser la ville de Paris à demander le concours de la force publique ou d'un serrurier pour l'exécution du présent jugement. Les conclusions présentées par la ville de Paris sont, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. La ville de Paris fait valoir que, par courrier daté du 7 juillet 2020, la direction de la démocratie, des citoyens et des territoires a indiqué à M. B qu'en application de l'arrêté de la maire de Paris du 28 novembre 2019, notifié par courrier avec accusé de réception le 9 décembre 2019, il avait été mis fin à la jouissance de son logement de fonction à titre gratuit et qu'il devait, en conséquence, s'acquitter d'une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant de 2 852 euros à compter du 1er septembre 2020. L'arrêté du 28 novembre 2019 ayant été rapporté par arrêté du 30 octobre 2020, la maire de Paris a pris, le 6 novembre 2020, un nouvel arrêté mettant fin à la mise à disposition de M. B de son logement de fonction à compter de cette même date. Elle demande donc au tribunal d'ordonner à M. B de payer cette indemnité d'occupation de 2 852 euros mensuels à compter du 1er décembre 2020. Toutefois, une collectivité publique est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre. En particulier, les collectivités territoriales, qui peuvent émettre des titres exécutoires à l'encontre de leurs débiteurs en application des dispositions des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 252 A du livre des procédures fiscales, ne peuvent saisir directement le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de leur créance. Par suite, les conclusions de la ville de Paris tendant à ce que M. B soit condamné à lui régler le montant de l'indemnité d'occupation qu'elle demande sont irrecevables.

Sur les frais de justice :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B et à tous occupants de son chef de libérer sans délai le logement de fonction situé 78, rue Bonaparte, dans le 6ème arrondissement de Paris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la ville de Paris est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la ville de Paris et à M. A B.

Délibéré après l'audience du 26 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Berland, première conseillère,

Mme Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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