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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117500

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117500

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, Mme A E, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans les 3 jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente et n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas pu bénéficier d'un entretien pour évaluer sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle ne dispose pas d'un hébergement ni de ressources et qu'elle justifie d'une particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530, 428564 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

- Mme E et le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissants somalienne, née le

4 octobre 1994, a présenté une demande d'asile en France, enregistrée le 20 novembre 2020 au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police et a été admise le

1er octobre de la même année au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un courrier du 26 mai 2021, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ses convocations. Par une décision du 15 juin 2021, l'OFII a effectivement procédé à cette suspension. Par la présente requête Mme E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites ".

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D B, directrice territoriale de Paris, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par décision du directeur général de l'OFII du 2 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision du 15 juin 2021 par laquelle l'OFII a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme E précise les textes dont il est fait application et indique que l'intéressé n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, notamment l'obligation de se présenter aux autorités. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5.En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de retirer les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de Mme E, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, Mme E fait également valoir que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien de vulnérabilité. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a bénéficié d'un tel entretien le 1er octobre 2020 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile en France. Le moyen afférent doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'atteinte manifestement illégale et grave au droit d'asile est inopérant dans le cadre des conclusions à fin d'annulation présentées dans le cadre du présent litige.

8. Pour justifier la décision attaquée, le directeur de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que la requérante n'avait pas déféré aux convocations des autorités chargées de l'asile, et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle ne faisait apparaître aucune vulnérabilité.

9. Alors même que Mme E ne conteste pas sérieusement avoir manqué à ses obligations à l'égard des autorités de l'asile, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée ne s'est pas présentée les 15 février et 1er mars 2021 aux convocations des autorités en charge de l'asile sans justifier à ces dates ou à ce jour d'un motif légitime d'absence. En outre, si la requérante soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, elle n'apporte toutefois aucune précision, ni aucun élément probant à ce sujet, notamment s'agissant de sa situation actuelle, familiale ou médicale. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil

11. Par suite, la requête de Mme E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur, Le président,

M. CF

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2117500/5-

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