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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118465

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118465

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118465
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET CALLON AVOCAT & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août et 3 septembre 2021, Mme A D, représentée par Me Callon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 6 333,60 euros en réparation des préjudices subis suite à sa prise en charge à l'hôpital Trousseau ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le médecin anesthésiste a commis une faute technique lors de la pause du cathéter de péridurale nécessaire à l'accouchement et a tardé à le retirer ;

- la responsabilité de l'AP-HP est engagée à hauteur de 80 % ;

- en raison de son préjudice, elle est fondée à solliciter le versement de la somme de 6 333,60 euros.

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris venant aux droits de la CPAM de la Seine-Saint-Denis demande la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme de 638,45 euros au titre des prestations qu'elle a versées et une somme de 212,81 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire, enregistré le 14 mars 2024, l'AP-HP s'en rapporte à la sagesse du tribunal s'agissant des demandes présentées par Mme D et conclut à ce que la somme versée à la CPAM soit réduite à 622,94 euros par application du taux de responsabilité de 80%.

Elle indique qu'elle n'entend contester ni le principe de la responsabilité ni l'évaluation des préjudices, mais que l'application du taux de 80% doit conduire, s'agissant de la CPAM, à réduire les sommes sollicitées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, née le 28 septembre 1986, a été admise le 4 novembre 2019 à deux heures du matin, en salle de travail de l'hôpital Trousseau, où elle était suivie régulièrement pour une seconde grossesse débutée en février 2019. A quatre heures du matin, l'interne d'anesthésie de garde lui a administré une analgésie par péridurale en L4-L5. La patiente ayant ressenti des douleurs neuropathiques au niveau du point de ponction de la péridurale avec des irradiations à la fesse et à la cuisse droite, le cathéter a été reposé le même jour à 8h55. Le 9 novembre 2019, Mme D, qui avait accouché le 4 novembre 2019 à 19h31, est retournée à son domicile avec un traitement antalgique incluant des morphiniques et des séances de kinésithérapie, mais a continué à souffrir de douleurs jusqu'à la fin du mois de janvier 2021.

2. La requérante a saisi le 28 juillet 2020, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Ile-de-France qui a chargé le docteur C, médecin anesthésiste, de réaliser une expertise médicale contradictoire. Au vu du rapport remis par ce dernier le 5 février 2021, elle s'est, par un avis du 9 mars 2021, déclarée incompétente. L'intéressée a formé une demande préalable d'indemnisation réceptionnée par l'AP-HP le 5 mai 2021, restée sans réponse. Par la présente requête, Mme D demande la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme de 6 333, 60 euros, assortie des intérêts légaux, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises dans sa prise en charge.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 5 février 2021, que la radiculalgie de la première racine nerveuse sacrée droite dont a souffert la patiente est due à un positionnement incorrect, latéralisé à droite, du cathéter péridural, révélant une maladresse fautive. Il résulte également du rapport d'expertise, qu'alors que Mme D, s'est plainte très rapidement de douleurs évaluées à 3/10 jusqu'à 6 heures du matin puis à 6/10, le cathéter n'a, contrairement aux règles de bonnes pratiques, été repositionné qu'à 8h55.

5. Ces fautes sont de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP. Toutefois, il résulte du même rapport d'expertise, non contesté sur ce point par la requérante, que l'état antérieur de Mme D, constitué, d'une part, par une obésité sévère, d'autre part, par une protrusion du disque intervertébral L5-S1 dans l'espace péridural, a contribué à hauteur de 20 % à la survenue du dommage. Par suite, l'AP-HP est tenue de réparer le préjudice subi par Mme D à hauteur de 80 %.

Sur l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que l'état de la victime a été consolidé à la date du 22 janvier 2021, alors que, née le 28 septembre 1986, elle était âgée de trente-quatre ans.

En ce qui concerne les droits de la CPAM de Paris, venant aux droits de la CPAM de la Seine-Saint-Denis :

7. La CPAM soutient, sans être contredite, avoir pris en charge, pour le compte de Mme D, le versement de frais médicaux et pharmaceutiques en lien avec la faute litigieuse, pour un montant total de 638,45 euros. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP, après application du coefficient de 80%, la somme de 510,76 euros.

En ce qui concerne les préjudices de Mme D :

S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, non contesté sur ce point par l'AP-HP, que Mme D a été assistée dans les tâches de la vie quotidienne par son époux, en conséquence du dommage subi suite aux fautes successives mentionnées aux points 4 et 5, jusqu'à la fin du mois de janvier 2020. A raison de 2 heures par jour pour la période du 9 novembre 2019, date de la sortie de l'hôpital, au 31 janvier 2020, soit une période de 82 jours et en retenant, eu égard au caractère non spécialisé de cette assistance, un taux horaire augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés de 20,5 euros, le préjudice subi par la requérante de ce fait peut être évalué après application du coefficient de 80% à la somme de 2 690 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

9. Il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire total du 5 au 9 novembre 2019, un déficit temporaire " de classe 2 " du 10 novembre 2019 au 31 janvier 2020 et un déficit temporaire " de classe 1 " du 1er février 2020 au 22 janvier 2021. Dès lors qu'il n'est pas contesté Mme D n'a pas été hospitalisée au-delà de la durée habituelle pour un accouchement par voie basse, seuls les déficits fonctionnels temporaires partiels, de 25% pour 82 jours et de 10% pour 365 jours, sont imputables à l'accident. Il en sera fait une juste appréciation en fixant le montant de la réparation de ce préjudice, après abattement de 20 %, à la somme de 902 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

10. L'expert a retenu un taux de déficit fonctionnel permanent de 1 % en lien avec les fautes résultant du mauvais positionnement prolongé du cathéter. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice, s'agissant d'une femme âgée de 34 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à une somme de 1 150 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à Mme D la somme de 920 euros à ce titre, après application du taux d'imputabilité.

S'agissant des souffrances endurées :

11. L'expert a fixé les souffrances endurées par Mme D à 2,5/7. Compte tenu des douleurs lombalgiques, de leur durée et de leur intensité, il sera fait une juste appréciation de la réparation de ce chef de préjudice en l'évaluant à une somme de 2 300 euros, soit après l'abattement de 20 % compte tenu de l'état antérieur de la requérante, à la somme de 1 840 euros.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la CPAM de Paris et Mme D sont fondés à demander la condamnation de l'AP-HP à leur verser respectivement les sommes de 510,76 euros et, compte tenu des conclusions de la requête, de 6 333, 60 euros.

Sur les intérêts :

13. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

14. D'une part, les sommes mises à la charge de l'AP-HP au profit de la requérante doivent être assorties des intérêts au taux légal à compter du 5 mai 2021, date à laquelle la demande indemnitaire préalable présentée par la requérante a été réceptionnée par l'AP-HP.

15. D'autre part, la CPAM de Paris, qui a demandé le remboursement des débours effectués par la CPAM de la Seine-Saint-Denis, par un mémoire enregistré au greffe du tribunal le 13 mars 2024, a droit aux intérêts à compter de cette date.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

16. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM une somme de 170,25 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais d'instance :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 200 euros à verser à la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme D la somme de 6 333, 60 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 mai 2021.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la CPAM de Paris, venant aux droits de la CPAM de la Seine-Saint-Denis, une somme de 510,76 euros en remboursement des dépenses engagées pour Mme D, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 mars 2024.

Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera une somme de 1 200 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 170, 25 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La magistrate désignée,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. BLa République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2118465/6-1

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