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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119037

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119037

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, Mme G E, représentée par Me Cisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à rester sur le territoire français dans le délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- méconnaît l'article L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante sénégalaise née le 26 octobre 1977, entrée en France le 12 janvier 2020 sous couvert d'un visa C délivré le 7 mars 2019 à Dakar, a sollicité le 3 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 mars 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé. Mme E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-01102 du 28 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D F, adjointe au chef du 9ème bureau et signataire de la décision attaquée, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions de refus de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour contestée, qui vise les textes applicables, examine notamment la possibilité d'application du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale de Mme E, notamment la circonstance qu'elle déclare être séparée de son époux depuis le 28 octobre 2020. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens invoqués par Mme E tirés d'une insuffisance de motivation et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée/ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme E soutient qu'elle a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France dès lors qu'elle est entrée en France le 28 juillet 2019 accompagnée de ses deux enfants mineurs nés en 2006 et 2012 et qu'elle s'est mariée le 17 août 2019 avec M. A, bénéficiaire de l'asile en France depuis 2005, et qu'elle résidait avec lui et ses deux enfants à B. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'elle a déposé plainte le 11 décembre 2020 contre son mari suite à des violences conjugales, qu'elle s'est séparée de lui dès mars 2020, qu'elle a définitivement quitté le foyer accompagné de ses deux enfants à partir du 28 octobre 2020 et qu'elle effectue des démarches en vue d'une procédure de divorce. De surcroît, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée n'a aucun membre de sa famille en France et que ses parents résident au Sénégal où elle a vécu jusqu'à l'âge d'au moins 41 ans. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. La décision attaquée de refus de titre de séjour, qui n'est pas assortie d'une mesure d'éloignement, n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants mineurs, ni de surcroît pour effet d'interrompre la scolarité des enfants en France. Cette décision ne porte ainsi aucune atteinte à l'intégrité de la cellule familiale composée de la mère et des deux enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, elle ne démontre pas avoir déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police n'était ainsi pas tenu d'examiner sa demande sur ce fondement. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 31 mars 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-B. C

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au préfet de police de B en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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