jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119068 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 10 560,34 euros majorée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient qu'il a subi un préjudice financier du fait d'une erreur dans son reclassement en tant que chef de secteur barragiste le 3 octobre 2006.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, la Ville de Paris conclut à l'irrecevabilité de la requête pour méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le tribunal administratif de Paris a rejeté, par un jugement n° 1812791 du 10 avril 2020, les conclusions identiques présentées par M. B ;
- le moyen présenté par M. B n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la délibération du conseil de Paris 2005 DRH 49 des 12, 13 et 14 décembre 2005 portant organisation des carrières de catégorie C de la commune de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coz,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté le 12 mars 2001 par la Ville de Paris en qualité de maître ouvrier spécialité maintenance de la voie publique stagiaire et titularisé un an plus tard. Il a atteint le 10ème échelon de son grade le 4 novembre 2003. A la suite de sa réussite au concours, il a été nommé chef de secteur barragiste stagiaire le 3 octobre 2005 et titularisé dans ce grade à compter du 4 octobre 2006. Il a été classé au 10ème échelon de ce grade, auquel correspondait l'indice brut 427, avec une ancienneté de 4 jours et maintien à titre personnel de son ancien indice 479, dès lors qu'il avait atteint le 11ème échelon du grade de chef d'équipe du nettoiement, affecté de l'indice 479, conformément aux dispositions de l'article 4 de la délibération du Conseil de Paris des 12, 13 et 14 décembre 2005 portant organisation des carrières de catégorie C de la commune de Paris. Par une demande préalable du 11 mai 2021, M. B a sollicité l'indemnisation du préjudice financier tiré de l'absence de versement d'une rémunération correspondant effectivement à l'indice 479 du 4 octobre 2006 au 1er juillet 2013. Sa demande a été implicitement rejetée par la Ville de Paris. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 10 560,34 euros correspondant au différentiel entre ce qu'il aurait dû percevoir du 4 octobre 2006 au 1er juillet 2013, date à laquelle il a de nouveau bénéficié de l'indice 479, et ce qu'il a réellement perçu.
Sur l'exception de chose jugée opposée en défense :
2. Des demandes d'indemnisation des préjudices causés par un même événement relèvent d'une même cause juridique si elles sont fondées sur une faute que l'administration aurait commise. Ainsi, l'autorité relative de la chose jugée attachée à un jugement rejetant définitivement au fond une demande indemnitaire présentée sur le terrain de la responsabilité pour faute d'une personne publique s'oppose à ce que le requérant puisse introduire une nouvelle action en responsabilité à l'encontre de cette personne publique en vue d'obtenir la réparation des mêmes préjudices dès lors qu'il invoque une faute de cette personne.
3. Par la requête n°1812791, M. B a demandé au tribunal d'annuler le rejet de sa demande de régularisation en qualité de chef de secteur barragiste à compter du 8 octobre 2006, à l'échelon 11 de l'échelle 5 de rémunération ou avec le bénéfice de l'indice 479 qu'il détenait dans son grade antérieur, avec une reprise d'ancienneté dans le grade de chef d'équipe de nettoiement et dans le grade de chef de secteur barragiste, et de condamner la Ville de Paris à l'indemniser des préjudices financiers subis du fait de cette absence de reclassement. Par un jugement du 10 avril 2020, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête en considérant qu'il avait été reclassé en bénéficiant du maintien de son indice 479 conformément aux règles en vigueur.
4. Visant le mémoire en défense de la Ville de Paris, le tribunal a relevé que " à titre subsidiaire, elle admet que pour des raisons techniques liées à un changement d'application informatique en 2006, le maintien de l'indice 479 à M. B n'a pas été assuré entre le 8 octobre 2006, date de sa titularisation dans le grade de chef de secteur barragiste, et le 30 juin 2013, veille de sa nomination au 7e échelon du grade d'adjoint technique principal de 1ère classe, et s'engage à procéder à une régularisation en lui versant rétroactivement la rémunération résultant de la différence entre ce que l'intéressé aurait perçu si sa rémunération avait été calculée à partir de l'indice 479 et celle qu'il a effectivement perçue. " La réclamation présentée par M. B dans le cadre de la présente instance ne porte pas sur la régularité de son reclassement, qu'il ne conteste plus, mais sur le versement effectif d'une rémunération correspondant à l'indice 479 maintenu à titre personnel. Par conséquent, la Ville de Paris n'est pas fondée à soutenir que l'autorité de la chose jugée tirée de l'absence de faute de sa part au cours du reclassement de M. B telle que reconnue par le jugement n°1812791, s'opposerait à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. B, dès lors que l'évènement à l'origine de cette absence de versement n'est pas le reclassement de M. B mais, selon les termes mêmes de l'administration, des difficultés techniques liées au changement d'application informatique. L'exception de chose jugée opposée en défense doit par suite être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article 4 de la délibération n° 2005 DRH 49 du conseil de Paris des 12, 13 et 14 décembre 2005 : " Les autres fonctionnaires nommés à l'un des grades dotés des échelles de rémunération 3, 4 ou 5 qui relevaient antérieurement de grades ou emplois dotés d'une échelle indiciaire différente, sont classés dans leur nouveau grade à un échelon doté d'un indice égal ou immédiatement supérieur à celui qu'ils détenaient dans leur situation antérieure. Toutefois, ils conservent, à titre personnel, l'indice qu'ils détenaient dans leur précédente situation si celui-ci est plus élevé que l'indice servi au dernier échelon du grade dans lequel ils sont nommés, dans la limite de l'indice correspondant à l'échelon le plus élevé du corps de catégorie C dans lequel ils sont intégrés. / Les intéressés conservent, dans la limite de la durée moyenne de service exigée pour l'accès à l'échelon supérieur du nouveau grade, l'ancienneté d'échelon qu'ils avaient acquise dans leur grade antérieur ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2006 M. B a été titularisé et classé au 10ème et dernier échelon de son grade, auquel était affecté l'indice 427, avec maintien à titre personnel de son indice 479, conformément aux dispositions précitées, ainsi que l'a relevé le tribunal dans son jugement n° 1812791. Toutefois, dans le cadre de cette instance, la Ville de Paris avait admis que le complément de rémunération permettant à M. B d'atteindre l'indice 479 ne lui avait pas été versé entre le 8 octobre 2006, date de sa titularisation dans le grade de chef de secteur barragiste, et le 30 juin 2013, veille de sa nomination au 7e échelon du grade d'adjoint technique principal de 1ère classe, et s'était engagée à procéder à la régularisation de sa situation en lui versant cette somme. Cette erreur de liquidation, qui n'est pas contestée et dont il est constant que la Ville de Paris ne l'a pas corrigée en versant les sommes dues à M. B, constitue une faute de nature à engager sa responsabilité dont M. B est fondé à demander l'indemnisation.
7. L'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de l'indemnité due à M. B. Il y a lieu de renvoyer le requérant devant la Ville de Paris pour y être procédé à la liquidation de cette indemnité, consistant en la différence entre le montant correspondant à l'indice 479 qu'il aurait dû percevoir, d'une part, et les traitements indiciaires effectivement perçus par M. B entre le 8 octobre 2006 et le 30 juin 2013, d'autre part, dans la limite de 10 560,34 euros.
8. M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à cette indemnité à compter de la date de réception de sa demande préalable et à la capitalisation des intérêts à compter de la date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à M. B de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La Ville de Paris est condamnée à verser à M. B la somme correspondant à la différence entre le montant correspondant à l'indice 479 et les traitements indiciaires qu'il a effectivement perçus, entre le 8 octobre 2006 et le 30 juin 2013, dans la limite de 10 560,34 euros.
Article 2 : Cette somme portera intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande préalable de M. B. Les intérêts échus à la date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La Ville de Paris versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le rapporteur,
Y. COZ
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026