mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119241 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PALOUX MUNDET (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 10 septembre 2021 et 13 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Mundet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxation, au titre de l'impôt sur le revenu 2015, de la plus-value immobilière réalisée les 13 mai et 9 juillet 2015, des contributions sociales correspondantes et des pénalités y afférentes, en application des dispositions du 2° du II de l'article 150 U du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure de rectification est irrégulière dès lors que la proposition de rectification ne découle pas de la vérification de la comptabilité litigieuse, mais de la procédure d'examen contradictoire de sa situation fiscale dont il avait précédemment fait l'objet ;
- le régime d'exonération de la plus-value de cession de la résidence principale, prévu à l'article 150 U II 1° du code général des impôts, est applicable à la plus-value de cession de son appartement dès lors que celui-ci a constitué sa résidence principale jusqu'au jour de son déménagement et de sa mise en vente ;
- l'imposition litigieuse méconnait les énonciations de l'interprétation administrative référencée BOI-RFPI-PVI-10-40-10 ;
- l'imposition litigieuse méconnait les dispositions du VII de l'article 151 septies du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique ont été entendus :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Mundet, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A occupait un appartement dont il était propriétaire au 59 avenue de la Lanterne à Nice, et qui constituait sa résidence principale depuis 2002. Il s'est installé à Paris le 1er janvier 2012. Après avoir été réunis en 2009, les lots 42 et 43 de son appartement parisien situé au 78, rue Saint-Louis en l'Île, ont été vendus séparément les 13 mai et 9 juillet 2015. A l'occasion de la vente de ces deux biens, M. A a bénéficié de l'exonération des plus-values immobilières en faveur de la résidence principale, en application de l'article 150 U, II, 1° du CGI. Il a fait l'objet d'un contrôle de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par un avis de mise en recouvrement en date du 30 août 2019, faisant suite à une proposition de rectification en date du 17 décembre 2018 ayant donné lieu à des échanges contradictoires, M. A a été imposé sur la plus-value réalisée à l'occasion de ces ventes au titre de l'impôt sur le revenu et a contesté cette imposition par une réclamation en date du 4 octobre 2019, à laquelle l'administration n'a pas répondu. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de la taxation, au titre de l'impôt sur le revenu 2015, de la plus-value immobilière réalisée les 13 mai et 9 juillet 2015, ainsi que des contributions sociales correspondantes et des pénalités y afférentes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 47 B du livre des procédures fiscales, alors en vigueur : " Au cours d'une procédure d'examen de situation fiscale personnelle, l'administration peut examiner les opérations figurant sur des comptes financiers utilisés à la fois à titre privé et professionnel et demander au contribuable tous éclaircissements ou justifications sur ces opérations sans que cet examen et ces demandes constituent le début d'une procédure de vérification de comptabilité. / Au cours d'une procédure de vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, l'administration peut procéder aux mêmes examen et demandes, sans que ceux-ci constituent le début d'une procédure d'examen de situation fiscale personnelle. / L'administration peut tenir compte, dans chacune de ces procédures, des constatations résultant de l'examen des comptes ou des réponses aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, et faites dans le cadre de l'autre procédure conformément aux seules règles applicables à cette dernière. "
3. M. A soutient que la procédure de rectification est irrégulière dès lors que la proposition de rectification ne découle pas de la vérification de la comptabilité litigieuse, mais de la procédure d'examen contradictoire de sa situation fiscale dont il avait précédemment fait l'objet. Toutefois, d'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne s'oppose à ce que l'administration engage successivement ou simultanément à l'encontre d'un contribuable une vérification de comptabilité et une vérification de situation fiscale d'ensemble au titre des mêmes années. La circonstance que les vérifications dont le contribuable a fait l'objet aient été entreprises simultanément n'est pas, par elle-même, de nature à le priver des garanties qu'il tenait de la loi. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 47 B du livre des procédures fiscales que l'administration fiscale est en droit de faire usage des informations recueillies dans le cadre de l'examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable pour en tirer des conséquences dans une procédure de rectification de comptabilité des constatations résultant de l'examen des comptes ou des réponses aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, faites dans le cadre d'une procédure d'examen contradictoire de sa situation fiscale. Par suite, M. A ne peut soutenir que les procédures diligentées à son encontre l'auraient été irrégulièrement et que le service ne pourrait lui opposer, dans le cadre de la procédure de vérification de comptabilité, les documents le concernant recueillis dans le cadre de l'examen de sa situation fiscale personnelle.
Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I.-Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. / Ces dispositions s'appliquent, sous réserve de celles prévues au 3° du I de l'article 35, aux plus-values réalisées lors de la cession d'un terrain divisé en lots destinés à être construits. / II.-Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : / 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession ; (). "
5. M. A et son compagnon, M. D, ont vendu les 13 mai et 9 juillet 2015 deux biens immobiliers sis 78, rue Saint-Louis en l'Île à Paris (75004) constituant les lots 42 et 43 de la copropriété. Ces deux lots avaient été réunis après l'autorisation délivrée en ce sens par l'assemblée générale de la copropriété lors de sa réunion du 13 mars 2007, puis à nouveaux séparés en deux biens distincts dans la perspective de la vente. M. A soutient qu'il occupait à titre de résidence principale le bien immobilier issu de la réunion des lots 42 et 43, depuis le 1er janvier 2012 et ce jusqu'à son déménagement le 15 octobre 2015 à Nice, au 59 avenue de la Lanterne.
6. Toutefois, ni les avis de taxe d'habitation de 2013 à 2015, sur lesquels figurent les noms des deux copropriétaires séparés par la conjonction de coordination " ou " et dont il ne résulte par suite pas que M. A habitait nécessairement l'appartement en cause, ni les déclarations de revenus pour les années 2011 à 2015, qui se bornent à mentionner les déclarations de l'intéressé ne sont, à eux seuls, de nature à établir la réalité de sa résidence habituelle au cours des années litigieuses à Paris. Il résulte également de l'instruction que si M. A produit des factures EDF au titre des mois de mars, mai, juillet et septembre 2013 et mai 2014, d'une part, ces factures portent également le nom de M. D, d'autre part, les factures produites au titre des périodes du 11 novembre 2012 au 10 novembre 2013 et du 11 novembre 2013 au 10 novembre 2014 sont adressées au seul M. D et, enfin, M. A ne produit aucune facture au titre de l'année 2015. Celui-ci n'établit pas plus la réalité d'un emménagement temporaire à la fin de l'année 2015 au 41, quai de Bourbon, à Paris, en produisant un contrat de réexpédition postale non daté. En tout état de cause, la seule circonstance, à la supposer établie, qu'il recevait une partie de son courrier au 78, rue Saint-Louis en l'Ile n'est pas de nature à établir la réalité d'une résidence habituelle à cette adresse. Il en va de même de la production d'un contrat d'assurance habitation à cette adresse, la conclusion de ce contrat étant imposée par sa qualité de propriétaire de l'immeuble en cause, et ne révélant rien, par elle-même, de la réalité de son lieu de résidence. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, l'avis d'échéance produit ne porte pas sur le contrat d'assurance lui-même, mais sur l'exigibilité de la cotisation. Cet avis n'est donc pas de nature à établir la réalité de sa résidence à Paris. Il résulte au demeurant de l'instruction que M. A a également conclu un contrat d'assurance habitation concernant l'immeuble situé au 59, avenue de la Lanterne, à Nice. Il résulte également de l'instruction que si M. A soutient avoir déménagé de son domicile du 59, avenue de la Lanterne à Nice à la fin de l'année 2011 et y être retourné à la fin de l'année 2015, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'exactitude matérielle de cette allégation. Il n'établit pas plus ne pas avoir conservé sa résidence principale à Nice, alors qu'il y est demeuré inscrit sur les listes électorales, et qu'il ne conteste pas l'exactitude des nombreux et très détaillés relevés bancaires produits par l'administration desquels il ressort sans ambiguïté que le centre de ses intérêts privés au cours des années 2014 et 2015 était situé dans cette ville. Cet élément est confirmé par des factures relatives à l'entretien de son véhicule au cours de l'année 2015 libellées à son adresse niçoise, ainsi que par un contrat de bail en date du 11 novembre 2014 portant sur un appartement situé à Saint-Jean-Cap-Ferrat également libellé à cette adresse. M. A n'apporte enfin aucun élément concret qui serait de nature à établir la réalité d'une résidence parisienne, tels, notamment, titres de transports, attestations, photographies, factures. Dans ces conditions, s'il résulte de l'ensemble de ces éléments que, il est vrai, M. A a occupé par intermittence le logement parisien dans le cadre de son activité professionnelle et qu'il y disposait d'une domiciliation administrative, il n'établit pas qu'il en aurait fait sa résidence principale au détriment de sa résidence niçoise au cours des années litigieuses, et n'est par suite pas fondé à soutenir que l'administration aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 150 U du code général des impôts, ni, en tout état de cause, l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-RFPI-PVI-10-40-10.
7. En deuxième lieu, aux termes du VII de l'article 151 septies du CGI, alors en vigueur : " Les articles 150 U à 150 VH sont applicables aux plus-values réalisées lors de la cession de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés et faisant l'objet d'une location directe ou indirecte lorsque cette activité n'est pas exercée à titre professionnel. "
8. Si le requérant prétend que l'administration fiscale aurait méconnu ces dispositions, il n'apporte aucune précision au soutien de ses allégations. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance desdites dispositions ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, à supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des énonciations de l'interprétation administrative référencée BOI-RFPI-PVI-10-20, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.
Sur les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré (). " Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. "
11. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, l'administration fait valoir qu'en vue de bénéficier de l'exonération prévue à l'article 150 U du code général des impôts, M. A a déclaré que les deux biens immobiliers sis 78, rue Saint-Louis en l'Île à Paris constituaient sa résidence principale à la date de la cession de ce bien immobilier. Au regard des éléments mentionnés dans le présent jugement, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention du requérant d'éluder l'impôt. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'était pas justifiée.
12. Il résulte de tout ce qui précède ci-dessus que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de la taxe sur les plus-values immobilières prévue par les articles 150 U et 1609 nonies G du code général des impôts, auxquels il a été assujetti pour l'année 2015.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président-rapporteur,
M. Errera, premier conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
J. BL'assesseur le plus ancien,
A. ERRERA
La greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2119241/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026