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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119871

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119871

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantFERRACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 septembre 2021 et 25 mai 2022, M. A C, représenté par Me Ferracci, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel la Ville de Paris a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la surélévation d'un étage d'un immeuble situé 10 rue de Calais, dans le 9ème arrondissement de Paris ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de réexaminer la demande de permis de construire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la Ville de Paris a fait une inexacte appréciation des dispositions du 3° de l'article UG 11.1.1 du règlement du PLU;

- elle a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article UG 11.1.3 du même règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 6 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ferracci, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a déposé, le 11 mars 2021, une demande de permis de construire portant sur la surélévation d'une construction existante à R+3 située 10 rue de Calais, dans le 9ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 16 juillet 2021, la Ville de Paris a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Notamment, pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës ". Aux termes de son article UG 11.1.1 relatif aux constructions existantes : " 3°- Couronnement : Les travaux doivent chercher à restituer l'aspect d'origine ou améliorer la volumétrie de la partie supérieure des constructions. L'adjonction de volumes bâtis (lucarnes, prolongements de façades, vérandas) ne peut être autorisée que dans la mesure où ils s'intègrent de façon harmonieuse dans la composition d'ensemble ". Aux termes de son article UG 11.1.3 relatif aux constructions nouvelles : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits). L'objectif recherché ci-dessus ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l'architecture contemporaine peut prendre place dans l'histoire de l'architecture parisienne ".

3. Pour refuser la demande de permis de construire de M. C, la Ville de Paris s'est fondée sur le motif selon lequel " par sa situation, son volume, son aspect (le projet ne restitue pas l'aspect d'origine ni n'améliore la volumétrie de la partie supérieure des constructions par l'adjonction de volumes bâtis (prolongements de façades) qui ne peut être autorisée que s'ils s'intègrent de façon harmonieuse dans la composition d'ensemble ; de plus, l'étage rajouté au 4ème niveau ne répond pas à un objectif d'intégration mais correspond davantage à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche), le projet est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants (articles UG.11.1.1.3°-Couronnement et UG.11.1.3 - Constructions nouvelles du règlement du PLU de Paris) ".

4. En premier lieu, la Ville de Paris ne pouvait utilement se fonder sur les dispositions de l'article UG. 11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris, relatif aux constructions nouvelles, notamment en ce que leur intégration au tissu existant ne doit pas aboutir à un mimétisme architectural et en ce qu'elles autorisent une architecture contemporaine, dès lors que celles-ci ne sont pas applicables au projet qui consiste en la surélévation d'une construction existante. L'arrêté du 16 juillet 2021 est donc entaché d'une erreur de droit.

5. En deuxième lieu, d'une part, il est constant que le projet porte sur un immeuble qui n'est ni classé ni inscrit au titre des monuments historiques, ni même proposé en vue d'une inscription et n'a fait l'objet d'aucun signalement au plan local d'urbanisme. D'autre part, alors que les dispositions de l'article UG 11.1.1 citées ci-dessus n'imposent pas de restituer l'aspect d'origine des couronnements mais seulement de chercher à le restituer, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige consiste à conserver les proportions initiales et à en reconstituer la toiture mansardée. Ainsi, la Ville de Paris ne pouvait fonder son refus sur le motif selon lequel le projet ne restitue pas l'aspect d'origine du couronnement de l'immeuble. L'arrêté du 16 juillet 2021 est donc entaché d'une erreur dans l'appréciation des dispositions du 3° de l'article UG 11.1.1 du règlement du PLU.

6. En troisième lieu, l'insertion de l'immeuble projeté dans son environnement est assurée, notamment, par un traitement monochrome de la façade existante et de l'extension, une attention portée au rythme et à la forme des fenêtres des étages de surélévation qui s'inscrivent dans la prolongation des étages inférieurs et sont en cohérence avec les étages des immeubles immédiatement voisins ainsi que par le rehaussement de la hauteur de l'immeuble, lequel aura pour effet de rendre la hauteur de la construction comparable à celle des bâtiments contigus, créant une continuité avec les immeubles haussmanniens qui l'entourent. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la surélévation projetée ne s'intégrerait pas de façon harmonieuse dans le tissu existant et serait ainsi de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants au sens des dispositions précitées de l'article UG. 11.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris.

7. En dernier lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En l'espèce, la Ville de Paris, dans son mémoire en défense, fait valoir que le projet méconnaît les dispositions générales de l'article UG 11.1 du règlement du PLU, en ce que " l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Toutefois, au regard de ce qui a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige méconnaît ces dispositions. Il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par la Ville de Paris.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel la maire de Paris a rejeté la demande de permis de construire de M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Au regard des motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre à la Ville de Paris de réexaminer la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la maire de Paris du 16 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la Ville de Paris de réexaminer la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : La Ville de Paris versera une somme de 1 500 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

V. B

Le président,

J-C. DUCHON-DORIS La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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