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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123128

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123128

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SCP SUR MAUVENU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2118916 le 6 septembre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 16 juin 2022, la société Compagnie Parisienne de Services, représentée par le cabinet Baker et McKenzie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de recouvrement pris par la Ville de Paris le 22 juillet 2021 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 11 529,95 euros ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la maire de Paris ne pouvait demander le paiement d'une redevance après l'expiration du contrat d'occupation du domaine public sans en faire fixer le montant par délibération du Conseil de Paris ;

- la Ville de Paris a appliqué, à tort, un indice d'indexation pour fixer les termes de la redevance pour occupation irrégulière de son domaine public ;

- à titre subsidiaire, la nature de l'indice d'indexation choisi pour fixer le montant de la redevance est inapproprié ;

- à titre subsidiaire, la valeur de l'indice d'indexation choisi pour fixer le montant de la redevance est erronée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Compagnie Parisienne de Services ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2021 et 16 juin 2022, la société Compagnie Parisienne de Services, représentée par le cabinet Baker et McKenzie, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° 208534 émis le 17 septembre 2021 par la maire de Paris à son encontre ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 11 529,95 euros ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de recette est irrégulier dès lors qu'il est entaché d'incompétence ;

- il est irrégulier dès lors qu'il est insuffisamment motivé ;

- la maire de Paris ne pouvait demander le paiement d'une redevance après l'expiration du contrat d'occupation du domaine public sans en faire fixer le montant par délibération du Conseil de Paris ;

- la Ville de Paris a appliqué, à tort, un indice d'indexation pour fixer les termes de la redevance pour occupation irrégulière de son domaine public ;

- à titre subsidiaire, la nature de l'indice d'indexation choisi pour fixer le montant de la redevance est inapproprié ;

- à titre subsidiaire, la valeur de l'indice d'indexation choisi pour fixer le montant de la redevance est erronée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Compagnie Parisienne de Services ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Perche, représentant la société Compagnie Parisienne de Services.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes d'une convention conclue le 25 octobre 1993 entre la société Elf Antar et la société Compagnie Parisienne de Services, la société requérante avait autorisation d'exploiter une partie du site sis 122 avenue Victor Hugo, Paris (16ème arrondissement), concédé par la ville de Paris à la société Elf Antar. Par un avenant en date du 1er octobre 1997, la société Elf Antar et la société Compagnie Parisienne de Services ont convenu que la société requérante exploiterait l'intégralité du site concédé, jusqu'à extinction de la convention de concession liant la société Elf Antar à la ville de Paris, le 6 mars 2001. Depuis cette date, la société Compagnie Parisienne de Services se maintient sans droit ni titre sur le site. Par un arrêté de recouvrement du 22 juillet 2021, la Ville de Paris a exigé le paiement de la somme de 11 529,95 euros par la société Compagnie Parisienne de Services au titre de l'occupation sans titre du domaine public dans le parc Victor Hugo - Pompe pendant l'année 2020. Par une requête n° 2118916, la société Compagnie Parisienne de Services demande l'annulation de cet arrêté et la décharge de la somme à payer. La Ville de Paris a émis le 17 septembre 2021 un titre de recette n° 208534 réclamant le paiement par la société Compagnie Parisienne de Services de la somme arrêtée par la décision du 22 juillet 2021. Par une requête n° 2123128, la société Compagnie Parisienne de Services demande l'annulation de ce titre de recette et la décharge de la somme à payer.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°S 2118916 et 2123128 présentées par la société Compagnie Parisienne de Services présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par conséquent, il y a lieu de les joindre pour statuer pour un même jugement.

Sur l'arrêté de recouvrement du 22 juillet 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L.1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

4. Une commune est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un avenant du 1er octobre 1997 à la convention du 25 octobre 1993 passée entre la société requérante et la société Elf Antar, la société Compagnie Parisienne de Services s'est engagée à exploiter la totalité des locaux situés 122, avenue Victor Hugo faisant l'objet d'une concession entre la société Elf Antar et la ville de Paris, en échange d'une redevance annuelle forfaitaire de 6 860,20 euros (45 000 francs). La société Compagnie Parisienne de Services soutient que la Ville de Paris ne pouvait, pour fixer le montant de l'indemnité pour occupation irrégulière au titre de l'année 2017, se fonder sur les termes de l'avenant dès lors qu'elle n'était pas partie aux accords et que la convention a pris fin le 6 mars 2001.

6. L'avenant du 1er octobre 1997 est le dernier acte ayant réglé les termes de l'occupation régulière du site sis 122, avenue Victor Hugo par la société Compagnie parisienne de services. Le montant de la redevance qu'il institue est dû en échange de l'exploitation, par la société Compagnie parisienne de services, de l'intégralité du site ayant préalablement fait l'objet de la concession du 6 mars 1971 entre la société Elf Antar et la Ville de Paris. Par conséquent, la Ville de Paris pouvait raisonnablement considérer ce montant comme une indemnité prenant en compte les avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune, sous réserve, s'il s'agit de biens appartenant à une section de commune, des dispositions des articles L. 2411-1 à L. 2411-19. / () ". L'article L. 2122-22 du même code dispose quant à lui : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 2° De fixer, dans les limites déterminées par le conseil municipal, les tarifs des droits de voirie, de stationnement, de dépôt temporaire sur les voies et autres lieux publics et, d'une manière générale, des droits prévus au profit de la commune qui n'ont pas un caractère fiscal, ces droits et tarifs pouvant, le cas échéant, faire l'objet de modulations résultant de l'utilisation de procédures dématérialisées ; / () ". Ces dispositions prévoient que les tarifs sur lesquels sont fondées les redevances d'occupation du domaine public sont fixés par délibération du conseil municipal, qui peut déléguer sa compétence au maire.

8. Toutefois, dans le cas d'une indemnité dont le montant est déterminé sans référence à un tarif existant, postérieurement à la période d'occupation, sans droit ni titre, du domaine public, il n'est pas fait application des conditions auxquelles l'autorité chargée de la gestion du domaine public entend subordonner l'occupation du domaine public. Dès lors, les dispositions précitées, qui ne déterminent que les conditions dans lesquelles une commune peut décider de ces conditions, pour l'avenir, ne trouvent pas à s'appliquer au cas où une créance est constatée suite à l'occupation sans droit ni titre du domaine public. La constatation de l'existence d'une créance et la détermination du montant de celle-ci n'obéissent qu'aux seules conditions rappelées au point 4 du présent jugement.

9. En l'espèce, d'une part, l'arrêté de recouvrement attaqué constate l'existence d'une créance pour occupation sans droit ni titre du domaine public et précise le montant de l'indemnité due. Par suite, une nouvelle délibération du conseil municipal n'était pas nécessaire, contrairement à ce que soutient la société requérante et le moyen doit être écarté.

10. D'autre part, Mme B, Cheffe de la section du stationnement concédé, a reçu, par arrêté du 9 avril 2021 régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, délégation de signature pour : " 14° - Arrêtés, actes et pièces justificatives relatifs à la constatation, à la liquidation, au décompte et au recouvrement des créances de toute nature, ainsi qu'à la réduction et à l'annulation des titres de recette sur l'exercice en cours ou sur un exercice antérieur notamment les redevances d'exploitation des parcs de stationnement, redevances d'occupation des dépendances du domaine public de toute nature et de façon générale tout type de loyer, frais d'étude, de contrôle, de surveillance et de publicité afférents aux délégations de parcs de stationnement, aux conventions et autorisations d'occupation des dépendances du domaine public, pénalités et indemnités, reversements à la Ville des provisions contractuelles non consommées destinées au gros entretien des parcs de stationnement et au renouvellement du matériel, restitutions diverses d'impôts ; / 15° - Créances et recettes suivantes redevances d'exploitation des parcs de stationnement, redevances d'occupation des dépendances du domaine public de toute nature et de façon générale tout type de loyer, frais d'étude, de contrôle, de surveillance et de publicité afférents aux délégations de parcs de stationnement, aux conventions et autorisations d'occupation des dépendances du domaine public, pénalités et indemnités, reversements à la Ville des provisions contractuelles non consommées destinées au gros entretien des parcs de stationnement et au renouvellement du matériel, restitutions diverses d'impôts () ". L'arrêté contesté constate la créance de la Compagnie Parisienne de Services et en précise le montant, justifié par une annexe, constituée d'une fiche financière de calcul, qui détaille les éléments du décompte de ladite créance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté de recouvrement attaqué doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes du premier aliéna de l'article L. 112-2 du code monétaire et financier : " Dans les dispositions statutaires ou conventionnelles, est interdite toute clause prévoyant des indexations fondées sur le salaire minimum de croissance, sur le niveau général des prix ou des salaires ou sur les prix des biens, produits ou services n'ayant pas de relation directe avec l'objet du statut ou de la convention ou avec l'activité de l'une des parties. Est réputée en relation directe avec l'objet d'une convention relative à un immeuble bâti toute clause prévoyant une indexation sur la variation de l'indice national du coût de la construction publié par l'Institut national des statistiques et des études économiques ou, pour des activités commerciales ou artisanales définies par décret, sur la variation de l'indice trimestriel des loyers commerciaux publié dans des conditions fixées par ce même décret par l'Institut national de la statistique et des études économiques ".

12. L'indice du coût de la construction publié par l'institut national de la statistique et des études économiques et choisi par la Ville de Paris pour déterminer le montant de l'indemnité due au titre de l'occupation sans droit ni titre du domaine public dans le parc Victor Hugo - Pompe pendant l'année 2020 a une relation directe, au sens des dispositions précitées, avec l'objet de cette occupation. Par suite, le moyen tiré de ce que la Ville de Paris aurait choisi cet indice à tort doit être écarté.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que rien ne justifie le choix du 4ème trimestre de l'année 1997 pour construire la formule de calcul de la révision du montant de l'indemnité n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

Sur le titre de recette émis le 17 septembre 2021 :

14. L'annulation d'un titre de recette pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre de recette, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

En ce qui concerne la régularité du titre de recettes :

15. L'article 24 du décret du 7 novembre 2012 dispose que : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrement indique les bases de la liquidation () ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état de recette doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

16. En l'espèce, le titre de recette attaqué, qui ne comporte aucune pièce jointe ni renvoie à aucun document annexé ou précédemment adressé au débiteur, mentionne, dans la rubrique objet, " indemnité occupation année 2020 Victor Hugo Pompe convention du 25 octobre 1993 avenant 1 du 1 octobre 1997 ", sans préciser les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, et alors qu'il est constant que la convention de 1993 et son avenant de 1997 sont expirés depuis 2001. Dans ces conditions, la société Compagnie Parisienne de Services est fondée à soutenir que le titre de recette en litige est entaché d'une insuffisance de motivation.

17. Il résulte de ce qui précède que le titre exécutoire attaqué doit être annulé.

En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge :

18. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du titre exécutoire attaqué pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par son auteur, de prononcer la décharge de la somme demandée.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette n° 208534 du 17 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : La Ville de Paris versera à la société Compagnie Parisienne de Services une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Compagnie Parisienne de Services, à la Ville de Paris et à la Direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

J-C. DUCHON-DORISLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2118916, 2123128

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