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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123585

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123585

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123585
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 novembre 2021 et 17 février 2022,

M. B A, représenté par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de lui enjoindre de réexaminer son droit au séjour dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

-La décision attaquée est insuffisamment motivée ;

-Elle est entachée de défaut d'examen sérieux de son dossier ;

-Elle est entachée d'erreur sur la base légale ;

-Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-Il ne constitue pas une menace pour l'ordre public compte tenu notamment de l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

5 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Grossholz.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 28 juillet 1955, ressortissant du Tchad, a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 8° de l'article L.314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 mars 2021, le préfet de police lui a opposé un refus. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le refus d'admission au séjour de M. A. Il est donc suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige aurait été prise sans un examen préalable sérieux et suffisamment approfondi des circonstances particulières de l'espèce.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'article L.314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme étant le fondement de la demande, de sorte que la mention qu'il fait, par ailleurs, de l'article L.313-11 du même code, qui n'est pas applicable, doit être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme une erreur matérielle dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision en litige. Le moyen tiré de l'erreur de base légale doit donc être écarté comme manquant en fait.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour () 8° A l'étranger reconnu réfugié en application du livre VII () ".

6. L'arrêté attaqué retient que M. A, qui a été reconnu réfugié le 30 octobre 1980, présente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 9 décembre 2003 par la Cour d'assises du Val-d'Oise pour viol et agression sexuelle commis sur la personne d'un mineur de 15 ans par ascendant ou personne ayant autorité de 1993 au 6 septembre 2001. Malgré l'ancienneté de ces faits à la date de l'arrêté attaqué, compte tenu de leur nature et de l'absence alléguée de mise en œuvre de mesure de prévention de leur réitération, la présence de l'intéressé en France doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme constitutive d'une menace pour l'ordre public. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Malgré l'ancienneté et les conditions du séjour en France de M. A, il résulte des considérations exposées au point 6 qu'en édictant la décision en litige, le préfet de police n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégée par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié aux ayants droit de M. A, à Me Pigot et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

Le président,

J.-CH. TRUILHELa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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