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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125049

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125049

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125049
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET DOMINIQUE DU CREST (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 novembre 2021 et le 21 juillet 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me du Crest, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et prélèvements sociaux mise à leur charge au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- s'il n'est pas contesté que la cession de la marque Zepros devait être effectuée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, c'est à tort que le service a considéré que cette cession devait être imposée au titre de l'année 2017 dès lors que la vente était certaine dans son principe et dans son montant à la date du 2 janvier 2014 ;

- cette interprétation est conforme aux dispositions du code général des impôts, du code civil ainsi qu'à la doctrine administrative ;

- c'est à tort que le service a assorti les rectifications en litige d'une majoration pour manquement délibéré dès lors que M. A avait fait état de cette cession et qu'il avait indiqué au service des impôts des particuliers le 20 juin 2018 qu'il devait rectifier sa déclaration fiscale ;

- s'agissant de la majoration pour manquement délibéré, le service ne peut se prévaloir de ce que M. A entendait initialement imposer la plus-value réalisée au titre de l'année 2017.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 juin et 26 juillet 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les observations de Me du Crest, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'année 2017. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale leur a notifié, par deux propositions de rectification en date du 25 avril 2019, son intention, notamment, de mettre à leur charge une cotisation d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017. Cette cotisation a été mise en recouvrement, en droits et pénalités, par voie de rôle en date du 31 janvier 2021. La réclamation présentée par M. et Mme A en date du 2 avril 2021 ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 30 septembre 2021, M. et Mme A demandent, par la requête susvisée, la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation d'impôt sur le revenu, contribution sur les hauts revenus et prélèvements sociaux mise à leur charge au titre de l'année 2017.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

2. D'une part, aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". Le 1 de l'article 38 du même code dispose que : " () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif () ". Il résulte de la combinaison des textes précités, d'une part, que, compte tenu de la nature de cet actif incorporel, le produit retiré par une personne physique de la cession de son droit sur une marque ou un nom commercial doit être imposé dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1583 du code civil, la vente " est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ". Enfin, aux termes de l'article 1589 du même code : " La promesse de vente vaut vente, lorsqu'il y a consentement réciproque des deux parties sur la chose et sur le prix () ". Dans l'hypothèse où une promesse synallagmatique de vente sans condition suspensive révèle le consentement réciproque des deux parties sur la chose et sur le prix, le transfert de propriété, qui détermine la date de réalisation de la plus-value imposable, est réputé avoir lieu à compter de la signature de la promesse, ou le cas échéant de la date à laquelle les conditions suspensives qu'elle fixe sont levées. Les stipulations d'un acte authentique ultérieur sont alors insusceptibles de remettre en cause la date du transfert de propriété.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un contrat intitulé " promesse de cession de licence de marque " en date du 20 décembre 2014, M. A a promis de céder à la société à responsabilité limitée (SARL) Gratuit Pros la marque Zepros, moyennant le paiement de la somme de 1 770 000 euros. Si l'article 3 de cette promesse synallagmatique de vente stipule que la SARL Gratuit Pros serait subrogée dans l'intégralité des droits du promettant au titre de l'usage de la marque rétroactivement, à compter du 2 janvier 2014, il résulte des termes de l'article 4 de la même promesse que " le transfert de propriété de la marque Zepros ne pourra intervenir avant le parfait paiement de l'intégralité de son prix " et que ce transfert serait " matérialisé au plus tard dans les deux mois du parfait paiement de l'intégralité du prix ". L'échéancier du paiement est défini à l'article 5 de cette promesse, et est compris en cinq échéances annuelles du 30 décembre 2014 au 30 décembre 2018. Dans ces conditions, le transfert de propriété de la marque Zepros est réputé avoir eu lieu à compter de la date à laquelle a été levée la condition suspensive ainsi fixée. Dès lors qu'il résulte des termes même de cette promesse que le parfait paiement de l'intégralité du prix n'était pas intervenu avant la conclusion de la promesse de vente en date du 20 décembre 2014, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la vente est réputée avoir eu lieu à la date du 2 janvier 2014. En outre, il résulte des termes du préambule de l'acte portant réalisation définitive de la cession de la marque Zepros au profit de la société Groupe Gratuit Pros en date du 29 décembre 2017 que " la société Groupe Gratuit Pros a () procédé au paiement du solde correspondant à la dernière échéance en date du 19 décembre 2017 ". Par suite, c'est à bon droit que le service a considéré que le produit retiré de la cession du droit dont disposait M. A sur la marque Zepros était imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre de l'année 2017.

5. En deuxième lieu, à supposer que les requérants, qui n'ont pas fait l'objet par la décision en litige d'un rehaussement d'une imposition primitive, puissent être regardés comme invoquant, sur le fondement implicite des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le bénéfice des commentaires administratifs repris au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-PDSTK-10-10-10, au paragraphe n°100, ainsi que des commentaires administratifs repris au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-PVMV-10-10-20, au paragraphe n°110, ils ne peuvent toutefois être regardés comme ayant appliqué l'interprétation dont ils se prévalent, faute de toute déclaration relative à la cession de la marque Zepros et alors qu'il est constant que M. A, dans ses échanges ultérieurs avec l'administration, a regardé cette cession comme une plus-value sur bien mobilier imposable au titre de l'année 2017 et non un produit imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Au surplus, les énonciations des commentaires administratifs ainsi invoqués, dès lors qu'ils se rapportent à des dispositions du code civil, ne peuvent être regardées comme comportant des interprétations formelles d'un texte fiscal, soit l'article 38 du code général des impôts, que l'administration aurait fait connaître et par suite utilement invocables par les requérants. En tout état de cause, s'agissant des commentaires administratifs repris au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-PDSTK-10-10-10, au paragraphe n°100, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'eu égard à la situation de subrogation résultant des stipulations de l'article 3 de la promesse synallagmatique de vente du 20 décembre 2014, une livraison entraînant, pour M. A, une dépossession de la marque Zepros serait intervenue en 2014, dès lors que le transfert de propriété de cette marque ne pouvait intervenir avant le parfait paiement de l'intégralité du prix convenu entre les parties, intervenu le 19 décembre 2017. S'agissant des commentaires administratifs repris au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-PVMV-10-10-20, au paragraphe n°110, ceux-ci se bornent à reprendre le principe général fixé par les dispositions de l'article 153 du code civil citées au point 3.

En ce qui concerne les pénalités :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

7. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

8. Pour assortir la cotisation d'impôt sur le revenu, contribution sur les hauts revenus et prélèvements sociaux mise à la charge de M. et Mme A de la majoration pour manquement délibérée prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, le service a relevé que M. A n'avait pas fait état du produit de la vente de la marque Zepros dans sa déclaration fiscale au titre des revenus de l'année 2017, dont il ne pouvait ignorer le caractère imposable et d'un montant significatif. Le service a en outre relevé que M. A n'avait fait état de ce montant qu'au titre d'un courrier en date du 17 juillet 2018 adressé au centre des finances publiques, soit postérieurement à l'envoi d'un avis de vérification à la société Groupe Gratuit Pros, bénéficiaire de la cession de la marque Zepros dont il était par ailleurs le gérant et l'actionnaire majoritaire, en date du 26 juin 2018 et la remise de sa comptabilité le 4 juillet 2018.

9. M. A soutient qu'il avait informé le service des impôts des particuliers dès le 20 juin 2018 de son souhait de rectifier sa déclaration d'impôts, dès lors qu'il n'avait pas accès à ses identifiants dans le cadre d'un divorce avec son épouse. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément permettant de justifier qu'il avait effectivement été empêché de renseigner sa déclaration de revenus. En outre, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 7, le caractère intentionnel du manquement d'un contribuable s'apprécie à la date de la déclaration, il est au demeurant constant que le courrier en date du 20 juin 2018 ne comportait aucune mention relative au produit de la cession de la marque Zepros.

10. Dans ces conditions, eu égard au montant de la somme en litige et nonobstant la circonstance qu'une imposition au titre d'une plus-value de bien mobilier, ainsi que l'avait demandé M. A dans son courrier en date du 17 juillet 2018, aurait conduit à ce que soit établie une imposition d'un montant supérieur, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant la mauvaise foi du contribuable. Elle a pu par suite légalement appliquer la majoration de 40% pour manquement délibéré prévu au titre des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme A demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme B A, ainsi qu'à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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