lundi 26 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2125657 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BRILLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre 2021 et 14 octobre 2022, la société Kobalt, représentée par Me Brillat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 2 juillet 2021 autorisant la modification de la devanture du rez-de-chaussée de l'immeuble situé 15, passage de la main d'Or dans le 11ème arrondissement de Paris en tant qu'il comporte, à l'article 2, des prescriptions, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le projet est parfaitement conforme aux dispositions du 2° de l'article UG 11.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme et les prescriptions sont inutiles pour assurer le respect des dispositions de ce règlement dès lors que le projet ne remettra aucunement en cause la protection accordée à un bâtiment inscrit ou classé, les immeubles environnants ne présentent aucun caractère architectural particulier auquel les grilles de ventilation porteraient atteinte et le dispositif d'aération projeté s'inscrit dans la composition architecturale de la façade sans masquer ou en recouvrir les ouvertures ;
- les prescriptions sont illégales en ce qu'elles ne consistent pas en une modification portant sur un point précis et limité ;
- les prescriptions ne sont pas techniquement réalisables ; il est impossible de placer les aérations en allège de la façade ; les prescriptions ne permettent pas de se conformer aux obligations du code du travail quant aux normes d'hygiène et de sécurité visant à favoriser les conditions de travail du personnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Madé,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Brillat, représentant la société Kobalt, et de Mme A, représentant la ville de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er mai 2021, la société Kobalt a déposé une déclaration préalable pour la modification de la devanture du rez-de-chaussée d'un immeuble situé 15, passage de la main d'Or dans le 11ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 2 juillet 2021, la maire de Paris a pris une décision de non opposition à déclaration préalable assorti des prescriptions suivantes : " Conformément aux dispositions de l'article UG.11. 1.4.2° du règlement du PLU de Paris (aspect extérieur des constructions, devantures), et afin de respecter le style architectural de l'immeuble et la qualité du site : Les grilles à ventelles seront intégrées en allège et en partitions de l'imposte. Il sera maintenu une lecture vitrée au sein des partitions intermédiaires. Un verre teinté ou un vitrage peint de l'intérieur, par exemple, sont indiqués en termes d'occultation de l'espace climatisation ". Le 2 septembre 2021, la société Kobalt a formé un recours gracieux contre cet arrêté en tant qu'il comporte ces prescriptions, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Kobalt demande l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2021 en tant qu'il comporte, à l'article 2, des prescriptions ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Le titulaire d'une autorisation d'urbanisme est recevable à demander l'annulation d'une ou de plusieurs prescriptions dont celle-ci est assortie. Il peut utilement soulever à l'appui de telles conclusions tout moyen relatif au bien-fondé des prescriptions qu'il critique ou au respect des exigences procédurales propres à leur édiction. Toutefois, le juge ne peut annuler ces prescriptions, lorsqu'elles sont illégales, que s'il résulte de l'instruction qu'une telle annulation n'est pas susceptible de remettre en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme et qu'ainsi ces prescriptions ne forment pas avec elle un ensemble indivisible.
3. Aux termes de l'article UG.11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris : " L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article UG.11.1.4 de ce règlement : " UG.11.1.4 - Traitement des rez-de-chaussée et devantures en façade sur les espaces publics : () 2°Les devantures, qui participent de façon très importante à l'animation commerciale et visuelle de la ville, doivent s'intégrer de la façon la plus harmonieuse possible au cadre bâti et à son patrimoine. Les dispositifs comportant des locaux directement ouverts sur voie (de type comptoir sans devanture) sont proscrits. Les règles suivantes doivent être respectées pour assurer une bonne insertion des devantures : ' en cas de devantures se développant à rez-de-chaussée sous une corniche ou un bandeau filant, ceux-ci doivent être reconstitués s'ils ont été supprimés ou endommagés ; ' la réalisation de devantures se développant sur deux ou plusieurs niveaux ne peut être autorisée que lorsque l'architecture du bâtiment le permet ou a été conçue dans ce sens (rez-de-chaussée entresolé) ; ' les devantures peuvent être implantées, soit en saillie par rapport au plan de la façade pour les devantures dites "en applique", soit en retrait limité (10 à 20 cm) pour les devantures dites "en feuillure". Dans tous les cas, les devantures doivent s'inscrire dans la composition architecturale des façades sans masquer ou recouvrir (partiellement ou totalement) des baies, appuis de portes ou de fenêtres, porches, moulurations, consoles de balcons. Dans le cas où une devanture se développe sur deux bâtiments contigus, leur limite doit être clairement marquée (partie pleine, joint creux, descente d'eaux pluviales visible). Les matériaux et couleurs des devantures proposés doivent être en accord avec l'architecture du bâtiment qui les supporte; en particulier pour les devantures en applique les matériaux choisis doivent exprimer le caractère non porteur du dispositif (bois, verre, métal peint ou traité) de préférence à de la pierre ou à des matériaux de placage lourds. Le vitrage doit être le plus clair possible et non réfléchissant. Les devantures doivent comporter une vitrine implantée préférentiellement à l'alignement ; dans le cas de retrait un dispositif de fermeture à l'alignement doit être prévu. Les coffres et grilles de fermeture doivent être, sauf impossibilité technique ou architecturale manifeste, implantées intérieurement, en retrait des vitrines ; le choix du système de protection doit maintenir les transparences visuelles, sous réserve de nécessités liées à la sécurité. Les devantures peuvent comporter une saillie décorative de 0,20 mètre au maximum par rapport au plan de la façade, ainsi qu'en partie supérieure, à une hauteur de 2,50 mètres minimum par rapport au niveau du trottoir, un caisson support d'enseigne en bandeau d'une saillie de 0,40 mètre au maximum. Le bandeau supérieur doit avoir une hauteur de 0,80 mètre au maximum de façon à éviter les effets d'horizontalité qui nuisent à la bonne lecture des proportions de la hauteur sous linteau ou poutres des rez-de-chaussée. Dans le cas où la devanture existante présente un intérêt historique ou architectural, le maintien, la restitution ou la réfection de la devanture peuvent être exigés. Les devantures sont soumises aux prescriptions particulières relatives aux saillies prévues ci-après (saillies décoratives et d'ouvrages d'aménagement accessoires). ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, consulté sur le fondement de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme en raison de la situation du projet au sein du site inscrit " ensemble urbain de Paris ", l'architecte des bâtiments de France a rendu, le 24 juin 2021, un avis favorable au projet en l'assortissant d'une proposition de prescriptions au motif que par leur qualité, les façades, notamment commerciales, au sein du site inscrit, participent à sa promotion, cette exigence visant la présentation de la devanture et la cohérence de ses éléments. Ces prescriptions ont été reprises dans l'arrêté litigieux qui prévoit à l'article 2 : " " Conformément aux dispositions de l'article UG.11.1.4.2° du règlement du PLU de Paris (aspect extérieur des constructions, devantures), et afin de respecter le style architectural de l'immeuble et la qualité du site : Les grilles à ventelles seront intégrées en allège et en partitions de l'imposte. Il sera maintenu une lecture vitrée au sein des partitions intermédiaires. Un verre teinté ou un vitrage peint de l'intérieur, par exemple, sont indiqués en termes d'occultation de l'espace climatisation ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les immeubles avoisinants ne présentent pas d'homogénéité architecturale particulière et que l'immeuble en litige ne présente, par ailleurs, aucun intérêt architectural particulier. De plus, si les devantures voisines du projet sont principalement vitrées, elles présentent toutes des aspects différents. Enfin, alors que la devanture projetée demeure largement vitrée à l'exception de la partie supérieure gauche prévoyant la pose d'une tôle perforée de couleur gris anthracite, le document graphique d'insertion joint au dossier de déclaration préalable atteste de l'insertion de la façon la plus harmonieuse possible de la devanture au cadre bâti et à son patrimoine. Dans ces conditions, en estimant que les prescriptions figurant à l'article 2 de l'arrêté étaient nécessaires pour assurer la conformité de la devanture aux dispositions précitées de l'article UG.11.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme, la maire de Paris a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation. Par suite, et dans la mesure où l'annulation de ces prescriptions illégales n'est pas susceptible de remettre en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme et ne forment ainsi pas avec elle un ensemble indivisible, il y a lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2021 en tant qu'il comporte, à l'article 2, des prescriptions, ainsi que de la décision implicite portant rejet du recours gracieux de la société requérante en tant qu'elle ne revient pas sur cette illégalité.
5. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen ne justifie l'annulation des prescriptions contestées.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à la société Kobalt.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 juillet 2021 est annulé en tant qu'il comporte, à l'article 2, des prescriptions, ainsi que la décision implicite portant rejet du recours gracieux de la société requérante.
Article 2 : La ville de Paris versera à la société Kobalt la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Kobalt et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.
La rapporteure,
C. MADÉ
La présidente,
M-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026