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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125793

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125793

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125793
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET GRYNER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 décembre 2021, 29 août 2022 et 9 mars 2023, M. B A, représenté par Me Gryner, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2011 et 2012 ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des seules pénalités qui ont été mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité, dès lors que l'administration fiscale ne lui a pas communiqué une copie des documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir les impositions supplémentaires ayant fait l'objet de la proposition de rectification du 8 décembre 2014, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- alors qu'il a fait une juste application des règles fiscales en retenant une quote-part de 25 % à titre personnel sur les dépenses liées à la location d'un yacht engagées par la société A Développement, il ne saurait être regardé comme le seul bénéficiaire des sommes que l'administration a regardées comme étant des revenus distribués ;

- il était en droit d'appliquer l'abattement prévu à l'article 150-0 D bis du code général des impôts, dès lors qu'il respectait les conditions fixées par les dispositions de l'article 150-0 D ter du même code ;

- l'administration fiscale a appliqué la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts à l'ensemble des chefs de rectification sans déterminer les motifs par chefs individualisés ;

- la majoration pour manquement délibéré est injustifiée, dès lors que l'administration ne démontre pas sa mauvaise foi.

Par un mémoire en défense et des mémoires complémentaires, enregistrés le 14 juin 2022 et les 27 février et 27 mars 2023, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khansari,

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. En parallèle à la vérification de comptabilité de la société A Développement, dont il était le dirigeant, M. A a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2011 et 2012, à l'issue duquel le service vérificateur lui a notifié des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de ces deux années. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". La garantie prévue par ces dispositions s'applique à tous renseignements et documents obtenus auprès de tiers dont l'administration se prévaut pour établir les impositions, que ce soit pour conduire la procédure d'imposition ou pour déterminer le montant de l'impôt. Cette garantie ne s'étend aux renseignements qui ont motivé l'engagement du contrôle fiscal que dans la mesure où ces renseignements, par la nature et la précision de leur contenu, ont servi à l'établissement des rectifications.

3. Il est constant que l'administration fiscale a communiqué à M. A la copie du contrat de cession d'actions conclu par ce dernier avec la société Warner Music France le 21 décembre 2007, joint à la proposition de rectification, et plusieurs documents qu'elle a obtenus auprès de l'institut national de la propriété industrielle (INPI), adressés au requérant par un courrier du 14 avril 2015. M. A soutient que cette transmission est incomplète, dès lors qu'il n'a reçu ni la demande faite à l'INPI par l'administration le 6 mai 2014, ni l'acte par lequel la société A Investissements s'est transformée en la société Décibels Productions, ni enfin la lettre d'offre du 25 octobre 2007 par laquelle la société Warner Music a fait part de son souhait d'acquérir 100 % du capital et des droits de vote de la société A Investissements. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces documents n'ont pas fondé les rehaussements en litige. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure de rectification contradictoire engagée par l'administration fiscale est entachée d'irrégularité.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués () e. Les dépenses et charges dont la déduction pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés est interdite en vertu des dispositions du premier alinéa et du c du 4 de l'article 39 ". En application des dispositions dudit article 39, " sauf justifications ", les dépenses de toute nature exposées par une entreprise en vue d'obtenir la disposition et d'assurer l'entretien de yachts ou de bateaux de plaisance à voile ou à moteur sont exclues des charges déductibles, les amortissements étant regardés comme faisant partie de ces dépenses. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice résultant de la réintégration dans le résultat imposable, à la suite d'un redressement, de dépenses et charges afférentes aux bateaux de plaisance, doit être regardé comme un revenu distribué, sans qu'il soit besoin, pour l'administration, d'établir que lesdites dépenses et lesdites charges, dont la déduction est, en tout état de cause, interdite en vertu d'une disposition législative spéciale, auraient réellement été distribuées.

5. La société A Développement a loué un yacht au cours des étés 2011 et 2012 et le requérant fait valoir que les frais correspondant à ces locations ont été pris en charge par la société à hauteur de 75 %, dès lors que le yacht était utilisé à des fins professionnelles dans le cadre de l'activité de production de spectacles de la société A Développement. Toutefois, M. A, qui ne produit aucune justification sur l'utilité de ces dépenses pour l'exploitation de la société, se borne à citer les noms d'artistes et de personnalités du paysage audiovisuel français ayant été invités sur le yacht pour attester du caractère professionnel des dépenses engagées. En outre, ainsi que le fait valoir l'administration fiscale en défense, la circonstance que ces invités ont également bénéficié des croisières organisées sur le yacht loué par la société A Développement est sans incidence sur le fait que les dépenses engagées pour la location du yacht l'ont été au seul profit de M. A. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a regardé les sommes correspondantes comme des revenus distribués en application des dispositions précitées de l'article 111 du code général des impôts.

6. En second lieu, le 1 du I de l'article 150-0 D bis du code général des impôts, dans sa version en vigueur à la date de cession des actions, le 21 décembre 2007, dispose que : " Les gains nets mentionnés au 1 de l'article 150-0 D et déterminés dans les conditions du même article retirés des cessions à titre onéreux d'actions, de parts de sociétés ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts sont réduits d'un abattement d'un tiers pour chaque année de détention au-delà de la cinquième, lorsque les conditions prévues au II sont remplies ". Aux termes de l'article 150-0 D ter, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - L'abattement prévu à l'article 150-0 D bis s'applique dans les mêmes conditions, à l'exception de celles prévues au V du même article, aux gains nets réalisés lors de la cession à titre onéreux d'actions, de parts ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, acquis ou souscrits avant le 1er janvier 2006, si les conditions suivantes sont remplies : / 1° La cession porte sur l'intégralité des actions, parts ou droits détenus par le cédant dans la société dont les titres ou droits sont cédés ou sur plus de 50 % des droits de vote ou, en cas de la seule détention de l'usufruit, sur plus de 50 % des droits dans les bénéfices sociaux de cette société ; / 2° Le cédant doit : / a) Avoir exercé au sein de la société dont les titres ou droits sont cédés, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession et dans les conditions prévues au 1° de l'article 885 O bis, l'une des fonctions mentionnées à ce même 1° ; / Toutefois, cette condition n'est pas exigée lorsque l'exercice d'une profession libérale revêt la forme d'une société anonyme ou d'une société à responsabilité limitée et que les parts ou actions de ces sociétés constituent des biens professionnels pour leur détenteur qui y a exercé sa profession principale de manière continue pendant les cinq années précédant la cession ; / b) Avoir détenu directement ou par personne interposée ou par l'intermédiaire de son conjoint ou de leurs ascendants ou descendants ou de leurs frères et soeurs, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession, au moins 25 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de la société dont les titres ou droits sont cédés ; / c) Cesser toute fonction dans la société dont les titres ou droits sont cédés et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux années suivant ou précédant la cession ; () ".

7. M. A, qui a cédé en 2007 des actions de la société A Investissements à la société Warner Music France, a perçu et déclaré en 2011 un complément de prix d'un montant de 4 611 200 euros, sur lequel il a pratiqué un abattement de 2 862 588 euros, en application des dispositions précitées des articles 150-0 D bis et 150-0 D ter du code général des impôts. Le requérant soutient qu'il était en droit d'appliquer cet abattement, dès lors qu'il respectait les conditions fixées par les dispositions de l'article 150-0 D ter du code général des impôts. Toutefois, il est constant que, le 5 janvier 2009, M. A a été nommé président du conseil de surveillance de la société A Investissements, dont il a cédé les titres. En outre, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, cette nomination a été accompagnée d'une rémunération spécifique et conditionnait la perception du complément de prix prévu par le contrat de cession de titres. Contrairement à ce qu'il soutient, M. A n'a donc pas respecté la condition, prévue au c) du 2° du I de l'article 150-0 D ter du code général des impôts, tenant à la nécessité de cesser toute fonction dans la société dont les titres ont été cédés et de faire valoir ses droits à la retraite dans les deux années suivant la cession. Au demeurant, le complément de prix a bien été imposé au titre de l'année 2011, année de son versement, et non au titre de l'année 2007, année de la cession des titres. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il était en droit de pratiquer l'abattement prévu par les dispositions précitées de l'article 150-0 D ter du code général des impôts.

Sur les pénalités :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

9. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 8 décembre 2014, que le service vérificateur a bien motivé la majoration pour manquement délibéré par chef de rehaussement, et non de manière globale comme il le soutient. S'agissant de l'abattement prévu par les dispositions des articles 150-0 D bis et 150-0 D ter du code général des impôts, le service vérificateur a relevé que M. A a poursuivi son activité dans la société dont les titres ont été cédés, ainsi qu'il a été dit au point précédent, et ce alors que l'une des conditions permettant de bénéficier de cet abattement tenait au fait de cesser toute fonction dans cette société et de faire valoir ses droits à la retraite dans les deux années suivant la cession. S'agissant ensuite de l'appréhension d'une somme de 1 724 800 euros sur le compte courant d'associés de M. A, ce dernier, alors associé-gérant de la société, ne saurait soutenir que cette écriture constitue une erreur ayant fait l'objet d'un constat suivi d'une procédure à l'encontre d'un cabinet comptable pour mettre en cause sa responsabilité professionnelle, dès lors que cette procédure est intervenue, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, postérieurement à la réception de la proposition de rectification du 8 décembre 2014 adressée au requérant. En outre, l'administration relève sans être contestée sérieusement sur ce point, que M. A, qui a procédé à plusieurs prélèvements sur son compte courant d'associés postérieurement à l'inscription de cette somme sur ce compte, a nécessairement eu connaissance de ce flux, au regard de l'importance de son montant. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale, qui a effectivement motivé l'application d'une majoration pour manquement délibéré par chef de rehaussement, a fait application des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2011 et 2012. Sa requête doit donc être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. KHANSARI

La présidente,

S. VIDAL La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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