jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126279 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | MOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en réplique et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 7 décembre 2021, 11 janvier et 16 mars 2023, M. A B, représenté par Me Mouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle Pôle emploi Ile-de-France lui a réclamé un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique, pour un montant total de 7 882,70 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 20 août 2021, dont Pôle emploi a accusé réception le 28 août 2021 ;
2°) de procéder à l'effacement de sa dette ;
3°) d'enjoindre à Pôle emploi de cesser toute poursuite à son encontre ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle a été prise en violation de l'article R. 5423-1 du code du travail ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 6 janvier et 31 janvier 2023, Pôle Emploi conclut au rejet de la requête.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Mendy, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Mouret, pour M. B ;
- et les observations de Me Pillet, pour Pôle Emploi.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande l'annulation de la décision du 22 juillet 2021 par laquelle Pôle emploi Ile-de-France lui a réclamé un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique au cours de la période du 20 février 2020 au 31 mai 2021, pour un montant total de 7 882,70 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 20 août 2021, dont Pôle emploi a accusé réception le 28 août 2021.
Sur la décision du 22 juillet 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail dans sa rédaction alors applicable : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi. / Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ".
3. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif auprès de Pôle Emploi prévu à l'article R. 5426-19 du code du travail constitue un préalable obligatoire à la saisine du juge administratif. L'institution d'un tel recours a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin de fixer définitivement la position de l'administration. Dans ces conditions, la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge administratif. Dès lors, les conclusions présentées par M. B et tendant à l'annulation de la décision du 22 juillet 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur la décision implicite de rejet du recours gracieux intervenue le 28 octobre 2021 :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 3° () imposent des sujétions () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
5. M. B ne soutient pas avoir demandé à Pôle emploi la motivation de la décision implicite de rejet de son recours préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.
7. Il ressort des pièces du dossier que Pôle emploi a adressé un courrier daté du 5 mai 2021 à M. B, l'informant qu'il n'a pas déclaré à Pôle Emploi qu'il exerçait une activité professionnelle à Alger, lui précisant que la résidence en France est une condition indispensable pour bénéficier du régime d'assurance chômage et du régime de solidarité, l'informant de son intention de remettre en cause les allocations de chômage versées depuis le 20 février 2018 et l'invitant à produire ses observations et les pièces demandées dans les 10 jours. M. B y a répondu par un courrier reçu par Pôle Emploi le 21 mai 2021, dans lequel il se réfère expressément au courrier qu'il a reçu, dont il rappelle les références et la date. En outre, Pôle Emploi a expédié un courrier à M. B daté du 15 juin 2021, lui indiquant qu'il n'a pas respecté son obligation de déclaration de changement de situation, dès lors qu'il s'est absenté du territoire français pour des périodes supérieures à sept jour depuis le 10 août 2018, ne remplit plus les conditions de résidence à partir de 2019, qu'il exerce à titre libéral son activité de dentiste dans un cabinet privé à Alger et précise que l'allocation de retour à l'emploi n'est plus due quand la condition de résidence n'est plus remplie et que Pôle Emploi va procéder à la cessation des versements de ses allocations et remettre en cause le paiement des allocations perçues à tort pendant les périodes d'absence du territoire français. Une autre lettre a été adressée à M. B le même jour, dont l'objet est de l'avertir avant sanction pour fausse déclaration pour percevoir le revenu de remplacement, l'invitant à lui faire parvenir ses justificatifs, à présenter ses observations dans un délai de dix jours et l'invitant à se rendre dans ce même délai dans son agence Pôle Emploi pour fournir des explications. Le courrier précise également qu'en l'absence de réponse ou faute de motif légitime dûment justifié, il sera contraint de le radier et de supprimer la totalité de son allocation. Le courrier contentant ces lettres, envoyé en recommandé, a été présenté à son domicile le 19 juin 2021 et n'a pas été retiré. Il a donc été régulièrement notifié. Le courrier d'avertissement avant sanction a été envoyé par courriel sur le compte informatique demandeur d'emploi de M. B le 15 juin 2021 et ouvert le 16 juin suivant, puis renvoyé le 1er juillet 2021 et ouvert le 2 juillet 2021, ainsi qu'il ressort des captures d'écran produites en défense, où figure également l'accord donné par M. B pour recevoir des courriers par ce canal. M. B ne peut sérieusement soutenir que la procédure contradictoire ne portait pas sur l'allocation de solidarité spécifique, dès lors qu'il l'a perçue dès février 2020. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R. 5411-7 du code du travail : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures." Aux termes de l'article R. 5411-8 du même code : " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures Pôle emploi de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile " Aux termes de l'article R. 5411-10 du code du travail : " Est réputée immédiatement disponible pour occuper un emploi, au sens de l'article L. 5411-7, la personne qui, au moment de son inscription à Pôle emploi ou du renouvellement de sa demande d'emploi : () 3° S'absente de son domicile habituel, après en avoir avisé Pôle emploi, dans la limite de trente-cinq jours dans l'année civile () " En vertu du b du paragraphe 2 de l'article 25 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017, l'allocation d'aide au retour à l'emploi n'est plus due lorsque l'allocataire cesse de résider sur le territoire métropolitain et dans les collectivités et départements d'outre-mer.
9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des informations fournies à Pôle Emploi par la direction centrale de la police aux frontières, que M. B a été absent du territoire national 362 jours en 2020, soit du 1er au 15 janvier 2020, puis à partir du 20 janvier et 120 jours en 2021, soit jusqu'au 30 avril. Le seul courriel du 28 septembre 2020 envoyé à un employé de Pôle Emploi ne suffit pas à établir que l'intéressé aurait informé Pôle Emploi de son départ dans les délais impartis pour ses séjours à l'étranger, dont le second a de surcroît largement dépassé les trente-cinq jours. En outre, si le requérant soutient qu'il a été contraint de rester en Algérie en raison de l'épidémie de covid-19, il ressort des pièces du dossier qu'il a quitté la France à partir du 20 janvier 2020, soit antérieurement aux restrictions de circulation, à partir du 15 mars 2020. Le simple fait qu'il ait reçu un avis d'imposition de 2021 pour ses revenus de l'année 2020 et qu'il ait versé des quittances de loyer pour son appartement parisien ne suffisent pas à établir qu'il aurait eu sa résidence en France durant les périodes litigieuses. Il produit par ailleurs un bail locatif professionnel en Algérie, daté du 27 septembre 2020 et la résiliation du 27 décembre 2021, ainsi qu'une attestation de bonne conduite établie par l'ordre des médecins-dentistes d'Alger le 19 mai 2021, en soutenant qu'il n'a pas exercé effectivement mais devait effectuer ces démarches pour obtenir une équivalence en France, ne suffisent pas à remettre en cause les informations fournies par le consulat de France à Alger, selon lesquelles il exerce à titre libéral son activité de dentiste dans un cabinet privé. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de Pôle emploi Ile-de-France.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le magistrat désigné,
N. CLa greffière,
N. MENDY
La République mande et ordonne au ministre du travail en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2126279/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026