vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127461 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | PELGRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 décembre 2021 et 1er septembre 2023, M. B A, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la ministre des armées du 18 octobre 2021 rejetant ses recours dirigés, d'une part, contre les décisions des 26 février 2021 et 28 mai 2021 de cette même autorité portant respectivement refus de faire droit à sa demande de maintien pour situation personnelle difficile et, d'autre part, mutation au centre d'enseignement militaire supérieur air de la garnison de Paris avec effet au 31 août 2021, ainsi que ces deux décisions ;
2°) d'enjoindre sans délai au ministre des armées d'examiner à nouveau sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions attaquées n'ont pas été précédées d'une enquête sociale ;
- elles n'ont pas été précédées de la communication de son dossier ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, le poste sur lequel il est affecté ne relevant pas de sa spécialité d'informaticien et ne correspondant pas à son niveau de compétence ;
- elles sont fondées sur des motifs erronés, l'intérêt du service allégué n'étant pas démontré et le poste qui lui est proposé ne nécessitant pas de compétences particulières en informatique ;
- la décision du 28 mai 2021 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit, n'étant pas en adéquation avec la directive annuelle de gestion du 29 janvier 2021 s'agissant des parcours de carrière et de la valorisation des compétences ; le poste qui lui a été confié ne nécessite pas une mutation à Paris, les tâches qu'il implique pouvant être effectuées à distance, son affectation sur un poste situé à Bordeaux ou à Mont-de-Marsan étant en outre possible ; il a été muté au motif qu'il ne disposait plus d'une habilitation niveau " secret " alors qu'il occupe déjà un poste nécessitant cette habilitation ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le poste sur lequel il a été muté à compter du 31 août 2021 nécessitant une habilitation qu'il n'avait pas, l'administration était tenue de rapporter une décision qui se trouvait ainsi entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 26 février et 28 mai 2021 sont irrecevables, la décision du 18 octobre 2021 s'y étant substituée ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- l'instruction n° 10100/DEF/DRH-AA/SDGR/BGC du 18 octobre 2019 relative à la mobilité du personnel officier, sous-officier et militaire du rang engagé de l'armée de l'air ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massiou, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, commandant de l'armée de l'air et de l'espace affecté à Bordeaux-Mérignac depuis le 26 août 2019, a été informé par sa hiérarchie le 25 janvier 2021 de ce qu'il était envisagé de le muter à Paris à l'été 2021. L'intéressé a alors formé une demande de maintien pour situation personnelle difficile dans l'une des garnisons de Bordeaux, Mont-de-Marsan ou Pau. Par une décision du 26 février 2021, la ministre des armées a refusé de faire droit à cette demande. Puis, par une décision du 28 mai 2021, M. A a été muté au centre d'enseignement militaire supérieur air de la garnison de Paris avec effet au 31 août 2021. L'intéressé demande l'annulation de la décision du 18 octobre 2021 rejetant ses recours dirigés contre les décisions des 26 février et 28 mai 2021 ainsi que celle de ces deux décisions.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 26 février et 28 mai 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est, à l'exception de ceux concernant son recrutement ou l'exercice du pouvoir disciplinaire, précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires () ". Selon l'article
R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par lettre recommandée avec avis de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission ".
3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité.
4. La décision du 18 octobre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté les recours préalables obligatoires formés par M. A contre les décisions des 26 février et 28 mai 2021 portant refus de faire droit à sa demande de maintien pour situation personnelle difficile et mutation au centre d'enseignement militaire supérieur air de la garnison de Paris s'est entièrement substituée à celles-ci. Par suite, ainsi que l'oppose le ministre en défense, les conclusions du requérant dirigées contre les décisions des 26 février et 28 mai 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 octobre 2021 :
5. En premier lieu, s'il résulte des dispositions du point 4.5.5.2 de l'instruction
n° 10100/DEF/DRH-AA/SDGR/BGC du 18 octobre 2019 relative à la mobilité du personnel officier, sous-officier et militaire du rang engagé de l'armée de l'air que la décision relative à une demande d'un militaire de maintien dans son affectation pour situation personnelle difficile peut être précédée d'une expertise sociale à l'initiative de la direction des ressources humaines, il ne résulte pas de ce texte, ni d'aucun autre, que la réalisation d'une telle expertise est obligatoire. En outre et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de maintien pour situation personnelle difficile, M. A a transmis à sa hiérarchie un dossier complet faisant état de sa situation personnelle et financière de manière détaillée. Ainsi, le moyen tiré de l'absence d'enquête sociale doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardés dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier préalablement à cette mesure.
7. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui n'a pas le caractère d'une mesure disciplinaire, a pu être prise en considération de faits personnels au requérant, qui ont justifié que ses habilitations ne soient pas renouvelées et qu'elle ne pouvait, dès lors, intervenir sans que celui-ci ait été à même de demander la communication de son dossier en temps utile, en vertu des dispositions précitées de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905.
8. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que M. A a été informé le 25 janvier 2021 de l'éventualité de sa mutation à Paris, finalement prononcée par une décision du 28 mai 2021, et qu'il a ainsi disposé, préalablement à l'intervention de cette décision, d'un délai suffisant pour demander la communication de son dossier. Ainsi, alors même qu'il n'aurait pas été informé de la possibilité d'une telle communication, M. A a été mis à même de présenter une demande en ce sens. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 doit, dès lors, être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () / 8o Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, la décision du 18 octobre 2021 vise les textes dont elle fait application et fait état des considérations de fait qui ont conduit le ministre des armées à rejeter les recours présentés par M. A. Ce dernier n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu. / Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les mutations tiennent compte de la situation de famille des militaires, notamment lorsque, pour des raisons professionnelles, ils sont séparés : / 1° De leur conjoint ; / 2° Ou du partenaire avec lequel ils sont liés par un pacte civil de solidarité, lorsqu' ils produisent la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité militaire compétente d'apprécier l'intérêt du service pour prononcer la mutation des personnels et leur affectation.
11. La décision attaquée est fondée sur le fait, d'une part, que le commandant A, ayant perdu ses habilitations aux informations classifiées, a été placé en sureffectif à la base de Bordeaux-Mérignac et, d'autre part, qu'il dispose des compétences et de l'expérience pour exercer au centre d'enseignement supérieur militaire air de la garnison de Paris des fonctions dans son champ d'intervention, à savoir l'emploi du numérique dans le domaine de la formation. Il est constant que le requérant n'a pas bénéficié du renouvellement des habilitations à accéder à des informations classifiées l'autorisant à continuer à occuper son poste à Bordeaux-Mérignac et que cette absence d'habilitation ne lui permettait pas de prétendre à un poste correspondant pleinement à sa spécialité d'informaticien, en particulier dans la sécurité des systèmes d'information, celle-ci étant au cœur des préoccupations actuelles de l'armée de l'air et de l'espace en termes notamment de gestion de ses effectifs. De plus, si M. A soutient que sa mutation l'éloigne de ses parents dont l'état rend son aide nécessaire, va rendre plus compliqué l'accueil de son enfant et amoindrir sa qualité de vie, ces circonstances sont sans incidence sur l'appréciation de l'intérêt du service. En outre, si la nouvelle affectation du requérant génère une diminution de ses responsabilités, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne correspond pas à son grade ou entraîne une baisse de rémunération. M. A soutient, enfin, que le poste qu'il a occupé à compter du 30 août 2021 nécessite une habilitation dont celui-ci ne dispose pas. Il ne ressort pas des pièces du dossier, toutefois, qu'à la date à laquelle le requérant a été nommé l'exercice des fonctions qui lui ont été concrètement confiées nécessitait de disposer de cette habilitation. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
Mme Massiou, première conseillère,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La rapporteure,
B. MASSIOU
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025