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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127739

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127739

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127739
TypeDécision
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSIMONET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2021, le 4 mai 2023 et le 27 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel la ministre de la culture lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de trois jours, assortie d'une privation de rémunération ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le rapport de saisine du conseil de discipline n'a pas été établi par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, en méconnaissance de l'article 26 du décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'avis de la commission consultative paritaire en formation disciplinaire est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance du principe d'impartialité par la commission consultative paritaire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le principe " non bis in idem " ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 avril et le 21 juin 2023, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- l'arrêté du 31 décembre 2020 relatif aux missions et à l'organisation du secrétariat général du ministère de la culture ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doan,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de Me Crusoé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, chauffeur de direction sous le statut d'agent contractuel au sein du ministère de la culture, a été affecté à partir du 1er juillet 2019 au sein du pôle logistique du bureau du fonctionnement des services du secrétariat général. Le 15 avril 2021, il a fait l'objet d'un blâme, en raison d'une opposition systématique avec sa hiérarchie et de l'utilisation de ressources de l'administration à des fins personnelles. Par une note du 12 juillet 2021, le chef du service des affaires financières et générales a signalé des manquements professionnels répétés de sa part, caractérisés par une contestation écrite de la plupart des consignes qui lui sont données, un refus de dialogue avec sa hiérarchie directe, et un manque de loyauté à l'égard de celle-ci. Le 11 août 2021, le rapport de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire a conclu à l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'encontre de M. B. Par un courrier du 12 août 2021, M. B a été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre. Il a demandé le 1er septembre 2021 le report de la réunion de la commission consultative paritaire réunie en formation disciplinaire, ce qui lui a été accordé le 10 septembre 2021. Par un arrêté du 15 octobre 2021, M. B a fait l'objet d'une exclusion temporaire de trois jours dont il demande l'annulation.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions du 2° du II de l'article 1-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat et la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires, mentionne la note du 12 juillet 2021 du chef du service des affaires financières et générales ainsi que le rapport du 8 juillet 2021, et indique que M. B s'est installé dans un rapport d'opposition systématique avec sa hiérarchie, faisant preuve de désobéissance hiérarchique, et que cette situation fragilise l'organisation du service, sans qu'il ait modifié son attitude en dépit d'une précédente procédure disciplinaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; ". En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D, nommée chef du service des ressources humaines au secrétariat général du ministère de la culture par l'arrêté du Premier ministre et de la ministre de la culture en date du 3 juin 2021, publié au Journal Officiel du 5 juin 2021. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa version applicable au litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité ayant le pouvoir de procéder au recrutement. La délégation du pouvoir de procéder au recrutement emporte celle du pouvoir disciplinaire. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 31 décembre 2020 relatif aux missions et à l'organisation du secrétariat général du ministère de la culture : " II. - La sous-direction des métiers et des carrières est chargée de l'ensemble des questions relatives à la gestion collective et individuelle des carrières, à la rémunération et aux pensions des agents relevant du ministère ".

5. En l'espèce, M. F, signataire du rapport de saisine du conseil de discipline, a été nommé sous-directeur des métiers et des carrières au service des ressources humaines du secrétariat général du ministère de la Culture par arrêté du 1er septembre 2020. Il était, par suite, titulaire du pouvoir de procéder au recrutement et d'un pouvoir disciplinaire et, à ce titre, compétent pour signer le rapport de saisine du conseil de discipline. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté sur ce point.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis de la commission consultative paritaire vise la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, et le décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat. Il mentionne la note du 12 juillet 2021 du chef du service des affaires financières et générales et le rapport du 8 juillet 2021. Il indique que M. B ne s'est pas présenté à son entretien professionnel pour l'année 2020 et n'a pas justifié son absence, ni à un entretien du 15 juin 2021, et qu'il s'est installé dans un rapport d'opposition systématique avec sa hiérarchie, faisant preuve de désobéissance hiérarchique. Dès lors, cet avis est insuffisamment motivé et, par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit également être écarté sur ce point.

7. En dernier lieu, la circonstance que Mme E, cheffe du bureau des services généraux, ait été la supérieure hiérarchique de M. B ne faisait pas obstacle à ce qu'elle puisse être convoquée en tant que témoin devant la commission consultative paritaire, alors qu'elle n'avait au demeurant aucune voix délibérative à cette commission. Par suite, le moyen tiré du manque d'impartialité du conseil de discipline constitutif d'un vice de procédure doit être écarté.

Sur la légalité interne :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la ministre de la culture a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

9. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'arrêté litigieux a méconnu le principe " non bis in idem ", dès lors qu'il avait déjà fait l'objet d'un blâme le 15 avril 2021 pour des faits similaires, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 15 octobre 2021 repose sur des manquements reprochés à l'agent à compter du mois de juin 2021, et sur l'absence de changement de son comportement après le blâme du 15 avril. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes du 2° du II de l'article 1-1 du décret 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, applicable au litige : " L'agent non titulaire est, quel que soit son emploi, responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Il n'est dégagé d'aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés ". Aux termes de l'article 43-1 du même décret : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Aux termes de l'article 43-2 de ce décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminé ; 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour adopter la décision litigieuse, le ministère s'est fondé sur des manquements professionnels répétés de M. B à ses obligations, caractérisés par une contestation écrite de la plupart des consignes qui lui étaient données, le refus de tout dialogue avec sa hiérarchie directe, ainsi que par un manque de loyauté à son égard, ainsi qu'il ressortait de la note du 12 juillet 2021 du chef du service des affaires financières et générales. M. B soutient que les faits qui lui sont reprochés témoignent d'importants problèmes de communication entre lui-même et sa hiérarchie, mais pas de méconnaissance de sa part de ses obligations professionnelles.

12. Toutefois, d'une part, l'administration indique que M. B ne s'est pas présenté à son entretien professionnel pour 2020 le 25 mai 2021. La même situation s'est reproduite à l'occasion d'une convocation pour le 16 juin 2021 par le sous-directeur de la politique immobilière et des services généraux et la cheffe du bureau des service généraux afin de faire le point sur l'activité et la manière de servir de M. B, puis à l'occasion d'une convocation identique pour le 6 juillet 2021. Si M. B soutient qu'il n'a pas été convoqué dans les délais réglementaires prévus par le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 pour préparer son entretien, et que la participation à un entretien professionnel constitue une garantie pour un agent et non une obligation, il est constant qu'il n'a pas même répondu à la convocation ni justifié son absence. Par suite, ce comportement constitue un manquement au respect de ses obligations professionnelles.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a refusé par courrier du 21 juin 2021 de transporter une responsable, Mme A, le 24 juin 2021, contre les consignes de sa hiérarchie. Il soutient avoir refusé cette mission parce que Mme A lui avait précédemment demandé de réaliser un stationnement illégal sur un trottoir. Toutefois, cette seule circonstance, à supposer qu'elle soit établie, n'était pas de nature à rendre illégal l'ordre de la transporter le 24 juin 2021. Par suite, en refusant cette mission, M. B a également manqué au respect de ses obligations professionnelles.

14. Enfin, la ministre de la culture fait valoir que M. B a adopté des comportements inappropriés envers certains de ses collègues, et produit notamment un mail du 21 juin 2021 où M. B qualifie l'un d'entre eux de menteur. Si M. B soutient que cet événement traduit seulement des difficultés relationnelles, il n'en conteste pas la matérialité.

15. Par suite, au regard de la gravité des faits reprochés et du comportement antérieur de l'intéressé, c'est sans erreur d'appréciation que la ministre de la culture a pu adopter à son encontre une sanction de suspension temporaire de trois jours. Si M. B fait valoir qu'il n'a bénéficié que de six entretiens professionnels durant sa carrière, et que la cheffe du service interministériel des archives de France n'a plus souhaité avoir de chauffeur, ces éléments, au demeurant non établis par les pièces du dossier, sont sans incidence sur la légalité de la sanction litigieuse.

16. En dernier lieu, M. B n'apporte aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son encontre de la part de sa hiérarchie.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre de la culture.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

R. Doan

Le président,

H. Delesalle La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2127739/6-3

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