mercredi 4 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | PALOUX LOUIS-JEROME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 décembre 2021 et le 29 septembre 2022, Mme A E, représentée par Me Paloux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a retiré sa candidature au concours interne d'accès à l'échelle de rémunération des professeurs certifiés de second degré, section histoire-géographie, et son inscription sur la liste d'admission, ensemble la décision du 25 octobre 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de procéder à sa réinscription sur la liste d'admission ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 23 juillet 2021 n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la décision d'admission a été publiée le 8 mars 2021 et que le retrait est intervenu après l'expiration d'un délai de quatre mois ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, la qualité d'enseignant au sein d'un établissement français à l'étranger permettant de se présenter à un concours interne ;
- les dispositions du paragraphe 1er de l'article R. 914-24 du code de l'éducation nationale dont le ministre a entendu faire application méconnaissent les dispositions de l'article L. 912-3 du même code et le principe d'égal accès aux emplois publics.
Par deux mémoires, enregistrés les 7 septembre 2022 et 6 octobre 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- l'ordonnance n° 2020-1694 du 24 décembre 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gandolfi,
- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,
- et les observations de M. B représentant le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, employée en qualité de professeur d'histoire-géographie et exerçant au sein de l'Institution François d'Assise-Nicolas Barré à Monaco, s'est inscrite au concours interne d'accès à l'échelle de rémunération de professeur certifié du second degré au titre de l'année 2021, a passé avec succès les épreuves d'admissibilité et d'admission, et a été déclarée admise le 8 mars 2021. Toutefois, par un arrêté du 23 juillet 2021, le ministre de l'éducation, de la jeunesse et des sports et le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche ont annulé sa candidature. Mme D a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 25 octobre 2021. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, mentionne que Mme E ne justifie pas de la qualité requise pour se présenter au concours et était accompagné d'un courrier comportant les considérations de droit et de fait qui en constituaient le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes, de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".
4. Aux termes de l'alinéa 5 de l'article 20 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée alors en vigueur : " Les nominations sont prononcées dans l'ordre d'inscription sur la liste principale, puis dans l'ordre d'inscription sur la liste complémentaire. S'il apparaît, au moment de la vérification des conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu'un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissaient pas lesdites conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire. ". Aux termes de l'alinéa 6 de ce même article : " Les candidats doivent remplir les conditions prévues aux articles 5 et 5 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, au présent chapitre et par le statut particulier du corps auquel ils postulent à la date de la première épreuve ou, s'il s'agit d'une sélection comprenant un examen des titres, à la date de la première réunion du jury ou de l'instance chargée de la sélection des dossiers, sauf indications contraires dans le statut particulier du corps concerné. ".
5. Aux termes de l'article 8 de l'ordonnance du 24 décembre 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 susvisé : " Nonobstant les dispositions du sixième alinéa de l'article 20 de la loi du 11 janvier 1984 (), lorsqu'un concours est en cours ou a été ouvert pendant la période mentionnée à l'article 6 de la présente ordonnance, les candidats doivent remplir les conditions générales prévues pour l'accès au corps auxquels ils postulent au plus tard à la date d'établissement de la liste classant par ordre de mérite les candidats déclarés aptes par le jury ". Aux termes de son article 6 : " Sauf mentions contraires, les dispositions du présent chapitre sont applicables du 1er janvier 2021 au 30 avril 2021 inclus à toutes les voies d'accès aux corps, cadres d'emploi, grade et emplois des agents publics : / 1° De la fonction publique civile et militaire de l'Etat / () /. ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les candidats à un concours de la fonction publique de l'Etat doivent remplir les conditions pour concourir au plus tard à la date de la première épreuve ou à la date d'établissement de la liste classant par ordre de mérite les candidats et que l'administration peut vérifier s'ils remplissent ces conditions, au plus tard à la date de leur nomination. Il résulte également de ces dispositions que la circonstance qu'un candidat a pu participer aux épreuves d'un concours et y être ensuite admis, ne suffit pas à elle seule à révéler l'existence d'une décision de l'autorité administrative reconnaissant qu'il remplit les conditions pour concourir. Toutefois, et dès lors que l'administration peut vérifier si les candidats remplissaient les conditions pour concourir jusqu'à la date de leur nomination, en l'absence de décision explicite à cette date, le silence gardé par l'autorité administrative révèle l'existence d'une décision reconnaissant implicitement qu'ils remplissaient les conditions pour concourir. Par suite, et dans cette hypothèse, une telle décision étant créatrice de droits, l'autorité administrative dispose d'un délai de quatre mois à compter de la nomination des candidats pour procéder à son retrait ou à son abrogation, nonobstant la circonstance que ces candidats ont été déclarés admis et ont été nommés et que ces décisions d'admission et de nomination constituent également des décisions créatrices de droits.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'inscription de Mme D au concours interne d'accès à l'échelle de rémunération de professeur certifié du second degré au titre de l'année 2021 a été validée le 12 novembre 2020 et qu'elle a été déclarée admise le 8 mars 2021 et classée au 39ème rang. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait reconnu, avant cette date, qu'elle remplissait effectivement les conditions pour concourir. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle aurait été nommée plus de quatre mois avant que le ministre de l'éducation, de la jeunesse et des sports et le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche n'annulent sa participation à ce concours et prononcent en conséquence sa radiation de la liste d'admission. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 914-24 du code de l'éducation : " Des concours d'accès aux échelles de rémunération d'enseignants correspondant aux différents concours internes de recrutement de l'enseignement public sont organisés pour les maîtres d'établissements privés sous contrat. / Les conditions de candidature sont les mêmes que celles qui sont requises des candidats aux concours internes correspondants de l'enseignement public. Pour l'appréciation de la durée de service exigée pour faire acte de candidature, sont pris en compte les services publics dans les mêmes conditions que pour les concours de recrutement de l'enseignement public et les services d'enseignement et de documentation effectués dans les établissements d'enseignement privés sous contrat. "
9. D'une part, en vertu des dispositions du titre IV du livre IV du code de l'éducation et, notamment, de ses articles L. 442-5 à L. 442-11, R. 442-33 à R. 442-48, L. 442-15 et R. 442-49 à R. 442-57, les établissements privés sous contrat sont des établissements d'enseignement qui ont conclu avec l'Etat un contrat d'association ou un contrat simple.
10. D'autre part, en vertu des dispositions du titre V du livre IV du code de l'éducation et, notamment, de ses articles L. 452-3, L. 452-4, D. 452-1, D. 911-42, L. 452-4, et R. 451-1 à
R. 451-14, les établissements français d'enseignement à l'étranger sont les établissements homologués dont la liste est établie par le ministre chargé de l'éducation, en accord avec le ministre des affaires étrangères et le ministre chargé de la coopération. Certains d'entre eux sont des établissements gérés par l'agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et placés en gestion directe, constitués en service déconcentré de l'agence, dont la liste est fixée par un arrêté du ministre chargé des affaires étrangères, du ministre chargé des finances et du ministre chargé de la coopération. Les autres sont des établissements de droit local, dont certains sont associés par convention conclue avec l'AEFE à l'exercice de ses missions de service public, laquelle est notamment destinée à imposer que l'enseignement dispensé soit conforme aux programmes, aux objectifs pédagogiques et aux règles d'organisation applicables en France aux établissements publics et à déterminer les modalités dans lesquelles l'agence met ses concours en personnels et en financements à la disposition de ces établissements.
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E était employée en qualité de professeur d'histoire-géographie au sein de l'établissement François d'Assise-Nicolas Barré à Monaco, lequel est inscrit sur la liste des écoles et des établissements français d'enseignement à l'étranger homologués en vertu des dispositions des articles R. 451-1 à R. 451-14 du code de l'éducation, sans être associé par une convention conclue avec l'AEFE à l'exercice de ses missions de service public. Pour autant, cet établissement ne constitue pas un établissement privé sous contrat d'association ou sous contrat simple conclu avec l'Etat. Par suite, et dès lors qu'il résulte de ce qui précède que Mme E n'avait pas la qualité de maître d'établissement privé sous contrat, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 912-3 du code de l'éducation : " Les enseignants non titulaires exerçant dans les établissements scolaires français à l'étranger peuvent se présenter aux concours internes d'accès aux corps d'enseignants titulaires du ministère de l'éducation nationale ouverts en application du 2° de l'article 19 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat. Ils doivent, pour ce faire, satisfaire aux mêmes conditions de nationalité, de diplôme et d'ancienneté de services que celles auxquelles doivent répondre en France, pour faire acte de candidature à ces concours, les enseignants non titulaires des établissements d'enseignement public relevant du ministère de l'éducation nationale. / Les périodes d'exercice, par ces personnels, de fonctions d'enseignement dans les établissements scolaires français à l'étranger sont à prendre en compte dans l'ancienneté des services requise des candidats aux concours internes ci-dessus mentionnés. ".
13. Mme E soutient que les dispositions du premier paragraphe de l'article R. 914-24 du code de l'éducation citées au point 8 et en vertu desquelles les concours d'accès aux échelles de rémunération d'enseignants correspondant aux différents concours internes de recrutement de l'enseignement public sont organisés pour les maîtres d'établissements privés sous contrat seraient contraires aux dispositions précitées qui permettent aux enseignants non titulaires exerçant dans les établissements scolaires français à l'étranger de se présenter aux concours internes d'accès aux corps d'enseignants titulaires du ministère de l'éducation nationale ouverts en application du 2° de l'article 19 de la loi du 11 janvier 1984 et le principe d'égal accès aux emplois publics.
14. Toutefois, les dispositions contestées de l'article R. 914-24 du code de l'éducation, qui permettent seulement d'organiser, pour les maîtres d'établissements privés sous contrat, des concours d'accès aux échelles de rémunération d'enseignants correspondant aux différents concours internes de recrutement de l'enseignement public, n'interdisent pas aux enseignants exerçant dans les établissements français à l'étranger de se présenter aux concours internes qui seraient par ailleurs ouverts pour accéder aux différents corps d'enseignants titulaires du ministère de l'éducation nationale. Par suite, le moyen, soulevé par la voie de l'exception et tiré de l'illégalité de l'article R. 914-24 du code de l'éducation, ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Ladreyt, président,
- M. Gandolfi, premier conseiller,
- Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 janvier 2023.
Le rapporteur,
G. Gandolfi
Le président,
J-P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026