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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200141

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200141

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200141
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MARCHESSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 janvier 2022, 4, 9, 17, 19 et 29 avril 2024, la société Concept Services, représentée par Me Marchesseau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article L. 57 du livre des procédures fiscales a été méconnu, dès lors qu'elle n'a pas reçu de réponse motivée aux observations qu'elle avait formulées antérieurement à la mise en recouvrement des impositions supplémentaires ;

- la taxe collectée doit bien être déterminée à partir des encaissements dès lors que les prestations réalisées auprès des sociétés RSI Paris et RSI Recrutement Service Intérimaire sont réelles ;

- en ce qui concerne la taxe déductible, elle établit la réalité des prestations facturées, l'absence de documents produits étant motivée par le caractère immatériel de ces prestations ;

- l'administration a déterminé le montant des produits imposables servant d'assiette à l'impôt sur les sociétés en méconnaissance des dispositions du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts ;

- s'agissant des charges déductibles de l'impôt sur les sociétés, elle établit la réalité des prestations facturées, l'absence de documents produits étant motivée par le caractère immatériel de ces prestations.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 juin 2022 et 5, 16, 19 et 30 avril 2024, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Concept Services d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Concept Services ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 mai 2024 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Alidière,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Concept Services, qui exerce une activité de mise à disposition d'un portefeuille d'intérimaires du secteur du bâtiment auprès de sociétés d'intérim, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2017 à 2019. Á la suite de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 15 septembre 2021. Par la présente requête, la société Concept Services demande la décharge de ces impositions supplémentaires.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". En vertu de ces dispositions, l'administration ne peut mettre en recouvrement des impositions résultant de rectifications refusées par le contribuable sans les avoir auparavant confirmées dans une réponse aux observations formulées par celui-ci. Si le contribuable conteste que cette réponse lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée.

3. La société Concept Services fait valoir qu'elle n'a pas reçu de réponse aux observations qu'elle a formulées par courrier du 23 juin 2021 à l'encontre de la proposition de rectification du 21 avril 2021. Toutefois, l'administration produit une copie de la réponse aux observations du contribuable en date du 21 juillet 2021 ainsi qu'une attestation postale en date du 27 août 2021 selon laquelle le pli n° 2C14037032378, identique à celui figurant sur les documents postaux annexés à cette réponse, a été présenté et distribué le 26 juillet 2021. L'administration justifie, ainsi, suffisamment, alors même qu'elle ne produit pas l'accusé de réception comportant la signature du destinataire, de la notification de la réponse aux observations du contribuable du 21 juillet 2021. Par suite, la société requérante n'est pas fondée, sans qu'il soit besoin de procéder à un supplément d'instruction, à se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Après avoir rejeté la comptabilité de la société Concept Services, l'administration a procédé à la reconstitution des résultats imposables de celle-ci.

S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

Quant à la taxe collectée :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à la société Concept Services, qui a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019, d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition correspondantes pour ces deux années.

6. D'autre part, aux termes de l'article 283 du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " () 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée. () ". Aux termes de l'article 269 du même code, dans sa version alors en vigueur : " () 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () ".

7. La société Concept Services soutient que l'administration a, à tort, déterminé le montant de taxe colletée en tenant compte de la date de facturation et non de la date de paiement des sommes conformément à l'article 269 du code général des impôts.

8. Tout d'abord, la société requérante, à qui incombe la charge de la preuve, ne démontre pas que la prise en compte de la date d'encaissement a une incidence sur le montant de la taxe collectée reconstitué par l'administration.

9. Ensuite, les dispositions du 3 de l'article 283 du code général des impôts, qui permettent d'appréhender la taxe sur la valeur ajoutée entre les mains de la personne qui l'a facturée, comme due de ce seul fait au Trésor et ce même dans l'hypothèse où il n'y a pas eu d'exécution d'une prestation, trouvent à s'appliquer, sans contrariété avec les dispositions de l'article 269 du code général des impôts relatives aux règles de principe de fait générateur et d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée. De plus, la société requérante n'établit, alors qu'il lui incombe d'apporter la preuve de l'absence définitive de risque de pertes fiscales, ni que la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures n'a pas été déduite par les clients, ni, dans l'hypothèse où elle aurait été déduite, que cette déduction a été régularisée par la suite. Dans ces conditions, la société Concept Services, qui ne peut utilement se prévaloir de l'article 269 du code général des impôts, est redevable, conformément au 3 de l'article 283 du code général des impôts, de la taxe facturée à ses clients.

10. Enfin, l'administration a estimé que les factures émises par la société requérante à destination des sociétés RSI Paris et RSI Recrutement Service Intérimaire ne correspondent à aucune prestation de service, en relevant notamment qu'elle ne disposait d'aucune moyen matériel et humain au cours des années litigieuses. Il résulte, en effet, de l'instruction que la société requérante, détenue par Mme F B, épouse A, ne dispose pas de locaux propres, celle-ci ne bénéficiant que d'une adresse de domiciliation fiscale chez son conseil, que les factures de téléphone comptabilisées par la société renvoient à une ligne ouverte au nom de M. E B, employé chez RSI Paris, qu'elle ne dispose d'aucun e-mail de contact, que les factures d'achat de matériel mentionne l'adresse mail et le téléphone de M. E B ou encore qu'elle ne dispose d'aucun personnel salarié qualifié. La société Concept Services conteste cette dernière affirmation se prévalant des déclarations sociales nominatives des années 2018 et 2019. Si la société a, en effet, déclaré trois salariés au titre des années litigieuses, elle ne dispose, pour ces deux années, d'aucun personnel déclaré pour novembre et décembre, outre des rémunérations faibles pour Mmes D, Mebkhout et Duval. De plus, les tableaux de détermination de marge produits lors du contrôle font apparaître les initiales " SB ", soit M. E B. En outre, si la société requérante verse au dossier un exemple de contrat d'apporteur d'affaires ainsi que des relevés détaillés émanant de la société RSI Paris, ces éléments ne sont corroborés par aucune pièce démontrant que l'apport de clientèle est effectivement réalisé, par la société, avec ses propres moyens matériels et humains. Ces éléments, relevés par l'administration suffisent, à eux seuls, à démontrer que l'apport de clientèle aux sociétés RSI Paris et RSI Recrutement Service Intérimaire n'a pas été réalisé par la société Concept Services. Dans ces conditions, elle est redevable, conformément au 4 de l'article 283 du code général des impôts, de la taxe facturée à ses clients, sans que la requérante ne puisse utilement se prévaloir des dispositions de l'article 269 du code général des impôts.

11. Par conséquent, la société requérante n'est pas fondée à critiquer le montant de taxe collectée reconstitué par l'administration.

Quant à la taxe déductible :

12. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts dans sa version applicable à l'espèce : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () " Aux termes de l'article 272 du même code : " () 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture () ". Aux termes, enfin, de l'article 283 de ce code : " () 4. Lorsque la facture ou le document ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée () ".

13. Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

14. En l'espèce, l'administration n'a pas admis en déduction la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux factures liées à des prestations d'apporteurs d'affaires émises par la SARL Euro Services, la SASU Green Eco Energie, la SARL GM Bâtiment, la SASU Isocare, la SARL In Fine, la SASU Byron, l'EURL Must Group, l'EURL PSI, l'EURL Best Solution et l'EURL CBT en raison de leur caractère fictif. A cet égard, il résulte de l'instruction que les prestations en litige ont été fournies par des sociétés régulièrement inscrites au registre du commerce et des sociétés et dont il n'est pas contesté qu'elles étaient assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ce cadre, pour refuser d'admettre en déduction la taxe mentionnée sur ces factures, l'administration fait valoir que, d'une part, les sociétés les ayant émises ne disposent pas, a priori, de ressources connues pour réaliser les prestations mentionnées, certaines ayant un objet social ne comprenant pas une activité d'apporteur d'affaires, et, d'autre part, la matérialité des prestations litigieuses n'est corroborée par aucun document tel que des échanges, des contrats ou encore des comptes-rendus. La société requérante fait valoir, en réponse, qu'en tant que prestations immatérielles, elle ne dispose d'aucun autre document que ceux produits. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à l'exception de factures, la société requérante n'a été en mesure de produire ni les contrats de prestations de services conclus entre elle et les sociétés Euro Services, Green Eco Energie, GM Bâtiment, Byron, Must Group, PSI, Best Solution et CBT, ni aucun autre document, correspondance ou élément probant relatifs à la nature et à l'étendue des prestations facturées. En outre, à l'exception d'un contrat, la société n'a produit aucun autre élément que ce contrat afin de justifier de la réalité des prestations facturées par la société Isocare. A cet égard, le seul caractère immatériel des prestations ne saurait expliquer, compte tenu de la nature des prestations d'apporteur d'affaires en cause, cette absence de documents, ni justifier, pour les sociétés Euro Services, Green Eco Energie, GM Bâtiment, Byron, Must Group, PSI, Best Solution et CBT, l'absence de contrat de prestations de services. Par suite, l'administration était fondée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par la SARL Euro Services, la SASU Green Eco Energie, la SARL GM Bâtiment, la SASU Isocare, la SARL In Fine, la SASU Byron, l'EURL Must Group, l'EURL PSI, l'EURL Best Solution et l'EURL CBT.

S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés :

Quant à la détermination des produits :

15. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts dans sa version alors applicable : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises (). 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. ". En présence d'une comptabilité non probante, notamment parce qu'elle comporte des lacunes, le vérificateur qui reconstitue le chiffre d'affaires et le résultat doit, dans la mesure du possible, procéder à cette reconstitution en tenant compte des règles de rattachement des opérations à la période concernée. Le juge de l'impôt prend, en effet, en compte les faits de l'espèce qui lui sont soumis, et notamment la circonstance que le vérificateur ne pouvait respecter les règles de rattachement des créances à la période concernée en l'absence de tout élément comptable.

16. Pour reconstituer les recettes de la société Concept Services, le vérificateur a pris en compte les sommes facturées par cette société au cours de chacun des trois exercices litigieux. Si cette dernière fait valoir qu'il n'a pas tenu compte de la date d'achèvement des prestations facturées, il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que les factures utilisées pour procéder à la reconstitution de recettes ne correspondent à aucune prestation effectuée par la société Concept Services. Faute de prestations et, partant, de date d'achèvement de celles-ci, l'administration ne pouvait respecter les règles de rattachement des créances fixées au 2 bis de l'article 38 du code général des impôts. La méthode de reconstitution des produits imposables de la SARL Concept Services ne peut donc, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme présentant un caractère radicalement vicié ou comme étant excessivement sommaire.

Quant à la détermination des charges déductibles :

17. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

18. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

19. Pour procéder à la reconstitution des charges supportées par la société Concept Services, l'administration a refusé d'admettre en déduction les factures émises par Mme C ainsi que les sociétés Euro Services, Green Eco Energie, GM Bâtiment, Isocare, In Fine, Byron, Green Eco Energie, Must Group, PSI, Best Solution et CBT au motif que ces factures ne correspondent à aucune prestation réellement effectuée. A l'appui de cette conclusion, l'administration fait valoir que, d'une part, les sociétés les ayant émises ne disposent pas, a priori, de ressources connues pour réaliser les prestations mentionnées, certaines ayant un objet social ne comprenant pas une activité d'apporteur d'affaires, et, d'autre part, la matérialité des prestations litigieuses n'est corroborée par aucun document tel que des échanges, des contrats ou encore des comptes-rendus. La société requérante fait valoir, en réponse, qu'en tant que prestations immatérielles, elle ne dispose d'aucun autre document que ceux produits. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à l'exception de factures, la société requérante n'a été en mesure de produire ni les contrats de prestations de services conclus entre elle et les sociétés Euro Services, Green Eco Energie, GM Bâtiment, In Fine, Byron, Green Eco Energie, Must Group, PSI, Best Solution et CBT ou encore Mme C, ni aucun autre document, correspondance ou élément probant relatifs à la nature et à l'étendue des prestations facturées. En outre, à l'exception d'un contrat, la société n'a produit aucun autre élément afin de justifier de la réalité des prestations facturées par la société Isocare. A cet égard, le seul caractère immatériel des prestations ne saurait expliquer, compte tenu de la nature des prestations d'apporteur d'affaires en cause, cette absence de documents, ni justifier, pour les sociétés Euro Services, Green Eco Energie, GM Bâtiment, In Fine, Byron, Green Eco Energie, Must Group, PSI, Best Solution et CBT ou encore Mme C, l'absence de contrat de prestations de services. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration fiscale n'a pas tenu compte de ces factures lors de la reconstitution des bénéfices de la société requérante.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société Concept Services a été assujettie au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance

22. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Concept Services demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

23. D'autre part, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, qui n'a pas eu recours à un avocat et ne justifie d'aucun frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance, n'est pas fondée à demander la mise à la charge de la société Concept Services d'une somme au titre des dispositions citées au point 21.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Concept Services est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Concept Services et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller,

Mme Alidière, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

A. ALIDIERE

La présidente,

M-O LE ROUX

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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