mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2201791 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | PELGRIN |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n° 2201791 et un mémoire enregistrés les 24 janvier et 3 août 2022, M. B A, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2021 par laquelle la ministre de la culture l'a affecté à compter du 1er février 2022 au poste de chargé de l'iconographie et photographe au musée national du Moyen-Âge de Cluny à Paris ;
2°) d'enjoindre à la ministre de la culture d'examiner à nouveau sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision attaquée est entachée de plusieurs vices de procédure ; le poste sur lequel il a été affecté n'a pas fait l'objet d'une publication préalable de vacance, en méconnaissance des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ; la vacance de ce poste a été provoquée par l'administration et il n'y a pas été candidat ; la commission administrative paritaire n'a pas été consultée ; sa reprise de travail après dix années sans affectation n'a pas été précédée d'un avis ni d'un contrôle médical ; il aurait dû être mis à même de consulter son dossier administratif avant que ne soit prise la décision attaquée, qui s'apparente à une mutation d'office ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- étant motivée par la volonté de l'évincer pour des raisons étrangères à l'intérêt du service, elle constitue une sanction déguisée ; il a alerté sa hiérarchie sur sa situation depuis 2012 ; son état de santé s'est dégradé du fait de sa situation professionnelle ; il n'a pas demandé son admission à la retraite contrairement à ce que fait valoir la ministre de la culture ; il existait nécessairement des postes correspondant à son grade à proximité de son domicile ;
- ayant été prise dans le but de l'inciter à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité, elle est entachée de détournement de pouvoir ;
- elle est entachée d'erreur de droit ; elle révèle un harcèlement moral exercé à son encontre ; contrairement à ce qu'a indiqué la ministre de la culture, son affectation ne relève pas du dispositif relatif aux modalités de gestion des retours de situation interruptive de service et des agents en instance d'affectation ;
- elle porte atteinte au principe d'égalité de traitement.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II°) Par une requête n° 2219580 et un mémoire enregistrés les 20 septembre 2022 et
9 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 100 000 euros en réparation des préjudices nés pour lui du comportement fautif de l'administration augmentée des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'administration pour faute, voire sans faute, est engagée à son égard, du fait de son absence d'affectation et de traitement pendant près de dix ans et du harcèlement moral dont il a été victime durant cette période ; son état de dépression nerveuse est imputable au service ;
- la décision du 23 novembre 2021 par laquelle il a finalement été affecté au musée national du Moyen-Âge de Cluny à Paris est illégale, cette illégalité étant de nature à engager la responsabilité de l'administration à son égard ; il s'agit d'une sanction déguisée et d'un déplacement d'office ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ; elle est entachée de plusieurs vices de procédure ; elle est contraire au principe d'égalité de traitement ;
- il a subi de ce fait un important préjudice financier, professionnel et moral ; il souffre d'une dépression imputable au service ; il doit bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ; il a subi une perte de revenus pour un montant estimé à 60 000 euros ; il n'a bénéficié d'aucun avancement pendant dix ans, ce qui lui a fait perdre 30 000 euros ; il a perdu le bénéfice d'une prime d'un montant mensuel de 223,75 euros à compter de 2012, soit un manque à gagner de 27 000 euros ; il a subi un préjudice moral évalué à 40 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, en créant une entreprise en 2016, le requérant a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2002-69 du 15 janvier 2002 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massiou, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né en 1959, fonctionnaire du ministère de la culture depuis le
16 mai 1987, a d'abord été employé en qualité d'ouvrier professionnel puis, à compter du 17 mai 1991, de technicien de recherche. Alors qu'il était en instance d'affectation depuis le 31 août 2020, la ministre de la culture l'a affecté à compter du 1er février 2022 sur le poste de responsable de l'iconographie et photographe au musée du Moyen-Âge de Cluny à Paris par une décision du 23 novembre 2021. M. A demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices nés pour lui de l'illégalité de cette décision, de son absence d'affectation durant dix ans et du harcèlement moral dont il estime avoir été victime durant cette même période, évalués à la somme totale de 100 000 euros.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2201791 et 2219580 introduites par M. A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 61 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les autorités compétentes sont tenues de faire connaître au personnel, dès qu'elles ont lieu, les vacances de tous emplois, sans préjudice des obligations spéciales imposées en matière de publicité par la législation sur les emplois réservés ".
4. M. A, qui ne demande pas l'annulation de la nomination d'un autre fonctionnaire, ne se prévaut pas utilement de l'absence de publication de la vacance du poste de responsable de l'iconographie et photographe au musée du Moyen-Âge de Cluny auquel il a
lui-même été nommé. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 n'imposant plus, à la date de la décision attaquée, la consultation de la commission administrative paritaire, le requérant ne se prévaut pas utilement de l'absence de sa consultation avant l'édiction de cette décision. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les comités médicaux sont chargés de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois publics, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / 1. La prolongation des congés de maladie au-delà de six mois consécutifs ; / 2. L'octroi des congés de longue maladie et de longue durée ; / 3. Le renouvellement des congés de longue maladie et de longue durée ; / 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congé de maladie ou à l'issue d'un congé de longue maladie ou de longue durée ; / 5. L'aménagement des conditions de travail du fonctionnaire après congé ou disponibilité ; / 6. La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; / 7. Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une modification de l'état physique du fonctionnaire, ainsi que dans tous les autres cas prévus par des textes réglementaires. / () ". La situation dans laquelle il se trouvait à la date de la décision attaquée ne relevant d'aucune des hypothèses prévues par cet article, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que sa reprise du travail aurait dû être précédée d'une consultation du comité médical. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".
8. M. A, qui avait déjà refusé deux postes avant d'être affecté à celui de responsable de l'iconographie et photographe au musée du Moyen-Âge de Cluny à Paris, qui correspond à son grade et ses qualifications, n'est pas fondé à soutenir que son affectation sur ce poste constitue un déplacement d'office qui aurait justifié que lui soit préalablement donné la possibilité de consulter son dossier individuel. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
9. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement doit être écarté comme n'étant pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'auraient été vacants des postes correspondant au grade et aux qualifications de M. A en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ou à tout le moins plus près de son domicile, situé à Marseille, que ne l'est Paris. Le requérant, qui avait déjà refusé deux postes et présenté une candidature en 2020 pour un poste dans un musée parisien n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, dès lors notamment qu'il n'est pas établi que la décision a eu pour objectif d'inciter M. A à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité, le détournement de pouvoir n'est pas établi.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
S'agissant de la responsabilité sans faute :
13. Il ne résulte pas de l'instruction que la situation de M. A relève de l'un des cas dans lesquels la responsabilité sans faute de l'administration peut être engagée.
S'agissant de la responsabilité pour faute :
14. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 3 à 12 du présent jugement que l'illégalité de la décision du 23 novembre 2021 par laquelle la ministre de la culture a affecté
M. A au poste de chargé de l'iconographie et photographe au musée national du Moyen-Âge de Cluny à Paris à compter du 1er février 2022 n'est pas établie. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'illégalité de cette décision est de nature à engager la responsabilité de l'administration à son égard.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
16. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
17. M. A soutient qu'il a été victime d'agissements de harcèlement moral durant la période pendant laquelle il n'a pas bénéficié d'une affectation correspondant à son grade, entre 2010 et 2022, puis que les trois postes successifs qui lui ont été proposés en 2021 étaient situés trop loin de son domicile et que le dernier de ces postes, qu'il a été contraint d'accepter, ne comportait pas de contenu effectif, cette situation l'ayant conduit à souffrir d'un syndrome dépressif imputable au service et à être placé en congé de maladie.
18. Si le requérant se prévaut de son absence d'affectation pendant plus de dix ans, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait existé des postes correspondant à ses qualifications dans sa région de résidence ni avoir saisi son administration en vue de l'obtention d'un tel poste, les candidatures qu'il a formées lui-même étant par ailleurs restées vaines. En outre, si les postes qui lui ont ensuite été proposés étaient situés en région parisienne, loin de son domicile situé à Marseille, il ne disposait pas du droit d'obtenir une affectation géographiquement adaptée à sa situation, ayant au surplus présenté en 2020 une candidature pour un poste situé à Paris. S'il soutient également que le poste auquel il a été affecté au musée du Moyen-Âge de Cluny n'a pas de réel contenu et que les modalités de son installation matérielle dans les locaux de ce musée révèlent également le harcèlement moral exercé à son encontre, il résulte de l'instruction que la secrétaire générale du musée lui a expliqué le contenu et l'intérêt de ce poste, notamment son articulation avec l'intervention du service chargé d'effectuer certaines prestations photographiques et qu'il disposait d'un bureau, d'une superficie certes limitée eu égard aux contraintes inhérentes au bâtiment historique dans lequel il se trouve mais qui était auparavant occupé par un autre agent et était doté de tout le matériel nécessaire. Enfin, si le requérant a demandé à la ministre de la culture que les congés de maladie dont il a bénéficié à compter du 14 février 2022 pour une pathologie dépressive soient reconnus comme imputables au service, ces congés sont postérieurs à la décision l'affectant au musée du Moyen-Âge de Cluny, laquelle n'est pas illégale ainsi que cela résulte des énonciations des points 3 à 12 du présent jugement. Si la responsabilité de l'administration est engagée à l'égard de M. A du fait de la durée de la période durant laquelle elle l'a laissé sans affectation ainsi qu'il sera dit ci-après, cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à caractériser l'existence d'agissements de harcèlement moral. M. A n'est, dès lors, pas fondé à invoquer l'existence d'une faute à ce titre.
19. En troisième lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un fonctionnaire qui a été irrégulièrement maintenu sans affectation a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de son maintien illégal sans affectation. Pour déterminer l'étendue de la responsabilité de la personne publique, il est tenu compte des démarches qu'il appartient à l'intéressé d'entreprendre auprès de son administration, eu égard tant à son niveau dans la hiérarchie administrative que de la durée de la période pendant laquelle il a bénéficié d'un traitement sans exercer aucune fonction. Dans ce cadre, sont indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des primes et indemnités auxquelles l'intéressé aurait pu prétendre, pour la période en cause qui débute à la date d'expiration du délai raisonnable dont disposait l'administration pour lui trouver une affectation, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions.
20. En maintenant M. A sans affectation effective du 31 août 2010 au 31 janvier 2022, date de son affectation au musée national du Moyen-Âge de Cluny, la ministre de la culture a méconnu cette règle. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du requérant. Le délai raisonnable dont disposait l'administration pour lui proposer une nouvelle affectation ne pouvant en l'espèce excéder un an, la responsabilité de l'Etat s'étend, même si M. A a refusé deux postes correspondant à son grade en 2021, ainsi qu'il était en droit de le faire, du 31 août 2011 au 31 janvier 2022, soit une période de dix ans et cinq mois.
21. Toutefois, il incombait à M. A, eu égard à la durée de la période durant laquelle il a perçu un traitement sans exercer aucune fonction, d'entreprendre les démarches nécessaires en vue de recevoir une affectation. Or s'il résulte de l'instruction que l'intéressé a présenté quelques candidatures à des postes entre 2012 et 2015, ainsi qu'une en 2020 pour un poste en Paris, il n'a en revanche pas saisi son administration en vue d'obtenir une affectation. Ce comportement constitue une faute de nature à exonérer l'Etat de 20 % de sa responsabilité.
22. Il résulte ce qui précède que l'Etat doit être condamné à réparer 80 % des préjudices ayant résulté pour M. A de son absence d'affectation pendant la période du 31 août 2011 au 31 janvier 2022.
En ce qui concerne les préjudices :
23. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le traitement versé à M. A est resté constant durant la période pendant laquelle il est resté sans affectation et qu'il ne pouvait plus bénéficier d'un avancement à l'ancienneté à compter du 1er janvier 2012, date à laquelle il a été classé au treizième et dernier échelon du grade de technicien de recherche de classe normale. L'avancement auquel il aurait ensuite pu prétendre étant un avancement au choix ou conditionné à la réussite d'un examen professionnel, le préjudice ayant pu résulter de cette absence d'avancement n'est qu'éventuel et, par suite, n'est pas indemnisable, au vu notamment des évaluations du requérant pour les années 1999 à 2004.
24. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a été privé à compter du 1er janvier 2013 du versement de la prime de participation à la recherche scientifique, au bénéfice de laquelle il pouvait prétendre, pour un montant mensuel de 223,75 euros brut soit, pour la période du 1er janvier 2013 au 31 janvier 2022, une somme qui s'élève à 24 400 euros brut et doit être ramenée à 21 520 euros brut compte tenu du partage de responsabilité retenu. Il y a lieu de le renvoyer devant les services du ministère de la culture pour le calcul et la liquidation de la somme correspondant au montant net de la rémunération à laquelle il pouvait prétendre. La somme due sera augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2022, date de réception de la réclamation, et de la capitalisation des intérêts, demandée le 20 septembre 2022, à compter du
21 septembre 2023.
25. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A est resté sans affectation pendant une durée particulièrement longue. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en ayant résulté pour lui en l'évaluant, en tenant compte du partage de responsabilité mentionné aux points 21 et 22 du présent jugement, à la somme de 5 000 euros tous intérêts compris.
26. Il résulte de ce qui précède que, d'une part, l'Etat doit être condamné à verser à M. A une indemnité de 5 000 euros tous intérêts compris et, d'autre part, que l'intéressé doit être renvoyé devant les services du ministère de la culture pour le calcul et la liquidation de la somme correspondant au montant net de la rémunération de 24 400 euros brut ramenée à 21 520 euros brut augmentée des intérêts et de la capitalisation des intérêts.
Sur les frais liés au litige :
27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de la requête n° 2219580. En revanche, les mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la requête n° 2201791, la somme demandée par M. A dans cette requête.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros tous intérêts compris.
Article 2 : M. A est renvoyé devant les services du ministère de la culture pour le calcul et la liquidation de la somme correspondant au montant net de la rémunération à laquelle il pouvait prétendre au titre de la prime de participation à la recherche scientifique d'un montant ramené à 21 520 euros brut. La somme ainsi calculée sera augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2022 et de la capitalisation des intérêts à compter du 21 septembre 2023.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La requête n° 2201791 et le surplus des conclusions de la requête n° 2219580 sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
Mme Massiou, première conseillère,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
B. MASSIOU
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2201791, 2219580
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025