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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2202628

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2202628

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2202628
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET LEHMANN & ALAIMO (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 3 février 2022 et 12 février 2023, M. C A, représenté par Me Alaimo, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 11 500 euros en indemnisation des préjudices, financier et moral, qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- l'AP-HP s'est rendu coupable de harcèlement moral dès lors qu'il a été victime d'agissements répétés ayant dégradé ses conditions de travail, portant atteinte à sa dignité et à son honneur et ayant pour effet de dégrader son état de santé ;

- les manquements et carences de l'AP-HP constituent une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les préjudices, financier et moral, qui en ont résulté, s'élèvent respectivement à 1 500 euros pour la période de novembre 2021 à janvier 2022 inclus, et à 10 000 euros, soit un montant total de 11 500 euros.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 24 novembre 2022 et 6 février 2023, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce la fonction d'aide-soignant au sein de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) en qualité d'agent titulaire depuis 1989. Il a été affecté entre le 4 août 2014 et le 30 août 2021 au pôle pharmacie en tant qu'adjoint administratif, et depuis le 1er septembre 2021, au service de parasitologie en tant qu'assistant administratif de l'hôpital Bichat. Par un courrier du 30 septembre 2021, M. A a saisi l'AP-HP d'une demande indemnitaire d'un montant de 10 000 euros à titre d'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi à la suite de faits de harcèlement moral. Du silence de l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 11 500 euros en indemnisation des préjudices, financier et moral, subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. (). "

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements devant alors être intégralement réparé.

4. M. A soutient qu'il a été victime de harcèlement moral. Il fait valoir qu'il travaillait dans un couloir en guise de bureau, à proximité de produits dangereux, notamment des bonbonnes d'oxygène et de protoxyde d'azote, qu'il était astreint à des tâches d'archivage, sans accès à l'informatique, et à des tâches physiquement incompatibles avec son état de santé et les recommandations de la médecine du travail. Il fait également valoir qu'il était évincé du personnel, qu'il n'a jamais été reçu par sa direction pour un échange sur ses conditions de travail ou pour les besoins de son évaluation annuelle. De plus, il soutient avoir été accusé à tort comme étant à l'origine d'un incendie survenu le 5 mai 2021 devant son lieu de travail. Il fait valoir que tous ces faits sont constitutifs d'une dégradation de ses conditions de travail ayant pour effet l'altération de son état de santé ou, à tout le moins, d'une faute de l'administration hospitalière de nature à engager sa responsabilité.

5. Toutefois, en premier lieu, les allégations du requérant quant au caractère inadapté de son lieu de travail, à savoir dans un couloir au sous-sol de l'hôpital Bichat et à proximité de bouteilles d'oxygène et de protoxyde d'azote - des gaz certes " comburants " mais à caractère médicinal et dont la présence au sein de la pharmacie fonctionnelle d'un hôpital public ne paraît pas inhabituelle - à les supposer établies, ne peuvent pas être regardées comme constituant, à elles-seules, des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence du harcèlement moral dont il se prévaut, tout en étant rappelé que le requérant a exercé dans ces locaux du 4 août 2014 au 30 août 2021 sans qu'il résulte de l'instruction des éléments en faveur d'une demande de changement de bureau de sa part, ni que cette affectation aurait présenté, eu égard aux fonctions exercées, un caractère inhabituel ou inapproprié révélateur d'une intention de l'employeur de porter atteinte à ses conditions de travail. En outre, M. A n'apporte aucun élément relatif à ces conditions, aux missions qui lui étaient confiées, ou encore à la nécessité, contestée en défense, de porter des charges supérieures à cinq kilogrammes. Par ailleurs, si les pièces du dossier font effectivement apparaître que M. A a bénéficié d'évaluations de 2014 à 2019, le fait que la fiche d'évaluation pour l'année 2019 indique " agent non évaluable ", le maintien de la même note annuelle d'évaluation depuis l'année 2015 ainsi que l'absence de signature de l'intéressé sur les fiches pour les années 2018 et 2019 ne sauraient faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral dès lors qu'il ne ressort pas de ces pièces et n'est pas allégué que les résultats de ces évaluations, positifs, auraient été préjudiciables à l'évolution professionnelle de M. A, ou à l'origine de la dégradation de son état de santé et de ses conditions de travail. Enfin, si, par des courriers des 6 mai et 30 juin 2021, M. A a fait l'objet respectivement d'une suspension de poste à titre conservatoire pour une durée de quatre mois avec maintien de rémunération, et de l'engagement d'une procédure disciplinaire en raison d'une " suspicion d'acte délictuel au sein du service " de pharmacie fonctionnelle auquel il était rattaché et que la plainte déposée pour cet acte a été classée sans suite par le procureur de la République le 6 septembre 2021, il résulte de l'instruction, et notamment de deux rapports précis et circonstanciés, datés respectivement des 6 et 7 mai 2021, établis par des cadres de l'hôpital Bichat, et dont l'intéressé a eu connaissance, que des faits de départ de feu volontaire le 5 mai 2021 ont été constatés à l'extérieur de la pharmacie de l'hôpital, à proximité de la zone de stockage de bouteilles d'oxygène liquide, et que ces rapports désignent comme auteur possible des faits M. A. Dans les circonstances de l'espèce, et quand bien même aucune poursuite disciplinaire n'aurait été par la suite engagée, la suspension en cause, fondée sur un faisceau d'indices concordants conduisant à la suspicion de l'intéressé, n'apparaît pas révéler une intention de l'employeur de lui nuire.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'une proposition de poste de gestionnaire d'achat au sein du service achat de l'hôpital Bretonneau correspondant à son souhait, tel que cela ressort d'un courriel du 22 avril 2021. D'autre part, M. A, en arrêt maladie du 30 août au 30 septembre 2021, prolongé jusqu'au 3 novembre suivant, ayant fait l'objet à compter de cette date d'une procédure de congé longue maladie avec demi-solde, a tenu à l'égard de ses responsables hiérarchiques des propos discourtois et menaçants, attestés par la production en défense d'échanges de courriels datés du 6 mai 2021, dont l'intéressé ne conteste pas la matérialité, pas plus, au surplus, que l'incident de service, survenu le 21 octobre 2022 au sein de son nouveau service d'affectation, attesté par un courriel du même jour qui fait état d'absences fréquentes du lieu du travail et d'emportements verbaux violents, assortis de la demande urgente formulée par ses encadrants de mettre fin à la période d'essai de l'intéressé et ne plus le garder au sein du service.

7. Il résulte de ce qui précède que les faits de harcèlement moral allégués ne sont pas établis et que l'AP-HP n'a commis aucune faute à l'égard de M. A, susceptible d'engager sa responsabilité. M. A n'est donc pas fondé à demander l'indemnisation des préjudices allégués.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme de Saint-Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

Le président-rapporteur,

B

L'assesseur le plus ancien,

A. ERRERALa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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