mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | BIROLINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, M. B D, représenté par Me Birolini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire ivoirien ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un permis de conduire français dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision du 7 juin 2021 a été prise par une autorité incompétente faute de justifier d'une délégation de signature ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le refus de délivrance d'un permis français méconnait l'article R. 222-3 du code de la route dès lors que le préfet de police n'a pas consulté les autorités étrangères sur l'authenticité du permis de conduire ainsi qu'il le pouvait ; il n'a pas été tenu compte de son statut de réfugié ; le caractère frauduleux de son permis de conduire n'est pas établi ;
- ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions lors de l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande d'échange de permis de conduire malien.
2. En premier lieu, si M. D soutient que le courrier du 7 juin 2021 a été signé par une autorité incompétente, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant, dès lors que ce courrier se borne à l'informer de la nécessité de compléter son dossier. Au surplus, ledit courrier ayant été signé par Mme C A, attachée principale d'administration de l'Etat, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, cheffe du bureau des droits à conduire, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n°2021-00357 du
26 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme étant, en tout état de cause, infondé.
3. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du courrier du 7 juin 2021 est également inopérant pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent. En tout état de cause, ce courrier mentionne les éléments de droit, notamment l'article 1er de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé et les éléments de fait, en particulier, le caractère incomplet du dossier de l'intéressé, dont le préfet de police a tenu compte.
4. En troisième lieu, et d'une part, il résulte des dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route que tout permis de conduire national en cours de validité délivré au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen peut, dans le délai d'un an suivant l'acquisition de la résidence normale en France de son titulaire, être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir aucun examen, lorsque sont remplies les conditions définies par l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012. Aux termes de l'article 7 de cet arrêté : " A - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. (..) / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire () / E.-Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. ". Au regard de ces dispositions, il appartient au préfet de refuser l'échange si l'authenticité du titre présenté n'est pas suffisamment établie. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.
5. D'autre part, aux termes de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les Etats contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. 2. Là où les autorités visées au paragraphe 1 délivreront ou feront délivrer, sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire ".
6. Il résulte de ces stipulations, combinées avec les dispositions citées au point 4, que, lorsqu'un réfugié demande l'échange d'un permis de conduire délivré par les autorités du pays dont il a la nationalité contre un permis français et que les services compétents, sans être en mesure d'affirmer qu'il s'agit d'une contrefaçon, mettent en doute son authenticité, le préfet doit, eu égard à l'impossibilité de vérifier l'existence des droits de conduite auprès des autorités qui ont délivré le titre, adapter ses diligences à la situation du demandeur. A cette fin, il lui appartient, après avoir au besoin cherché à vérifier auprès des services du ministère français des affaires étrangères les pratiques administratives et documentaires du pays d'émission du titre, de mettre l'intéressé en mesure de lui soumettre tous éléments de nature à faire regarder l'authenticité de celui-ci comme suffisamment établie et d'apprécier ces éléments en tenant compte de la situation particulière du demandeur. Il ne peut légalement refuser l'échange sans avoir invité le demandeur à fournir de tels éléments.
7. Toutefois, si, après avoir saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire déjà mentionné, l'autorité compétente conserve un doute sur l'authenticité du titre de conduite ou si elle conserve un doute sur la validité des droits à conduire du demandeur, il lui appartient, faute de pouvoir se fonder sur une consultation des autorités du pays à l'égard duquel le demandeur a obtenu le statut de réfugié, de mettre ce dernier en mesure de lui soumettre tous éléments de nature à faire regarder l'authenticité de son titre ou la validité de ses droits à conduire comme suffisamment établis et d'apprécier ces éléments en tenant compte de sa situation particulière. L'administration ne peut légalement refuser l'échange sans avoir invité le demandeur à fournir de tels éléments. Si, à l'issue de cette procédure, le doute persiste, l'échange ne peut légalement avoir lieu.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant ivoirien, qui est titulaire d'un permis de conduire délivré par les autorités ivoiriennes le 14 février 2013, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 2 décembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 10 février 2020, il a sollicité l'échange de son permis de conduire contre un permis français. Par un rapport du 2 février 2021, la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité, rattachée à la direction centrale de la police aux frontières, a conclu de façon précise et circonstanciée que le titre de conduite soumis à l'échange présentait des incohérences et des anomalies de conception. Ce rapport relève notamment la présence d'un film collant rajouté sur le titre afin de maintenir les films de protection en place, ce film n'étant pas prévu dans la fabrication du permis de conduire ivoirien, ainsi que l'existence de bulles et la détérioration des films holographiques. Compte tenu du doute sur l'authenticité du document, par un courrier du 7 juin 2021, le préfet de police a informé l'intéressé de ce que, eu égard à l'état général dégradé de son permis de conduire, il lui appartenait de solliciter la production d'un nouveau titre auprès des autorités de la Côte d'Ivoire, qu'il disposait, à cet effet, d'un délai de quatre mois et qu'à l'issue de ce délai, sa demande ferait l'objet d'un refus implicite au terme d'un nouveau délai de deux mois. Si M. D fait valoir que son statut de réfugié ne lui permet pas de se rapprocher des autorités ivoiriennes, il ne produit aucun début d'élément de nature à lever les doutes sur l'authenticité de son titre de conduite. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R.222-3 du code de la route citées au point 4.
9. En dernier lieu, la circonstance que M. D dispose d'un contrat de travail dont l'exécution implique la détention d'un permis de conduire valide et la présence en France de ses enfants mineurs sont inopérantes à l'encontre de la décision lui refusant l'échange de permis de conduire qu'il a sollicité. Par suite, le préfet de police n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande d'échange de permis. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
A. E
La greffière,
C. Latour
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026