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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2204028

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2204028

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2204028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantSALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, M. C A, représenté par Me Sall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

-l'arrêté est entaché d'incompétence ;

-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

-il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Sall, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 3 juillet 1976 à Casablanca, est entré en France en 1981. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 décembre 2021, le préfet de police a refusé de faire droit à cette demande. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A au motif qu'il constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet, entre le 22 mai 1996 et le 2 septembre 2020, de vingt condamnations pour des faits de vol principalement, de violence, d'usage de stupéfiant et de conduite dangereuse. M. A fait valoir qu'il souffre de troubles psychopathologiques, psychiatriques et schizophréniques depuis 2006, que s'il a vécu une période de relative stabilité entre 2007 et 2017, pendant laquelle il n'a fait l'objet d'aucune condamnation, il a rechuté en 2017 après le décès de sa conjointe sous ses yeux. Il est constant que M. A a été hospitalisé d'office en mars 2019 et placé sous tutelle, puis sous curatelle renforcée le 22 novembre 2019 pour une durée de cinq ans et que le tribunal correctionnel de Paris a prononcé, le 2 septembre 2020, son irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 1981, alors qu'il avait six ans, qu'il réside de manière continue sur le territoire national depuis cette date et qu'il a été titulaire de plusieurs titres de séjour et notamment d'une carte de résident arrivée à expiration en 2017. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, qui a été reconnu travailleur handicapé le 13 juillet 2003 puis le 12 mai 2020, est suivi de manière régulière en centre médico-psychologique et relève, en cas de refus de soins d'un programme de soins. En outre, il a entrepris une démarche d'insertion professionnelle en milieu protégé et il a, en particulier, signé un contrat de soutien et d'aide par le travail le 2 novembre 2020 avec l'établissement et service d'accompagnement par le travail (ESAT) Santeuil à Paris pour un emploi de cuisinier. Enfin, il est constant que la mère de M. A et son fils majeur résident en France et qu'il est hébergé par sa mère. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard notamment à la durée de sa présence en France et aux faits qu'il ne puisse faire l'objet d'une mesure d'éloignement en vertu des dispositions du 2° de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le refus de titre risquerait de remettre en cause ses efforts d'insertion, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de police du 23 décembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. Eu égard aux motifs du présent jugement et sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 23 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai de deux mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Seguin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-2

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