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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2204817

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2204817

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2204817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MOREAU-NASSAR-HAN KWAN (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, complété par un mémoire enregistré le 30 mai 2023, l'association One Voice, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a rejeté sa demande de communication de la liste des élevages ayant bénéficié de l'aide visée par la note ministérielle du 27 mai 2021 fixant les modalités de mise en œuvre d'un dispositif d'indemnisation exceptionnel des élevages de gibier de chasse, avec indication du montant de l'aide ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de lui communiquer les documents sollicités, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la liste des élevages de gibier de chasse sollicitée sont des documents administratifs communicables au sens de la loi.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'avis n° 20217542 du 27 janvier 2022 de la commission d'accès aux documents administratifs ;

-la note de service n°2021-405 du 27 mai 2021 fixant les modalités de mise en œuvre d'un dispositif d'indemnisation exceptionnel des élevages de gibier de chasse ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli,

- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 18 août 2021, l'association One Voice a demandé au ministre de l'agriculture et de l'alimentation la communication de la liste des élevages ayant bénéficié de l'aide visée par la note de service n°2021-405 du 27 mai 2021, avec indication du montant de l'aide. En l'absence de réponse, l'association requérante a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (" CADA ") qui, le 27 janvier 2022, a émis un avis favorable avec réserve à la communication demandée. Par la présente requête, l'association One Voice demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle la ministre de la transition écologique a refusé de lui communiquer les documents précités.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, (), quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ". Selon l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-6 de ce même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret en matière commerciale et industrielle. Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs:/ 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée ; () / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice ". L'article L. 311-7 de ce même code dispose : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".

3. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'environnement : " Le droit de toute personne d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues, reçues ou établies par les autorités publiques mentionnées à l'article L. 124-3 ou pour leur compte s'exerce dans les conditions définies par les dispositions du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " La production, le ramassage, la récolte, la capture, la détention, la cession à titre gratuit ou onéreux, () de tout ou partie d'animaux d'espèces non domestiques et de leurs produits () sont soumis, suivant la gravité de leurs effets sur l'état de conservation des espèces concernées et des risques qu'ils présentent pour la santé, la sécurité et la salubrité publiques, à déclaration ou à autorisation de l'autorité administrative délivrée dans les conditions et selon les modalités fixées par un décret en Conseil d'Etat". Aux termes de l'article R.413-24 dudit code : " I. - Les établissements se livrant à l'élevage, à la vente ou au transit des espèces de gibier dont la chasse est autorisée sont répartis en deux catégories : 1° Les établissements dont tout ou partie des animaux qu'ils détiennent sont destinés directement ou par leur descendance à être introduits dans la nature ; ces établissements constituent la catégorie A ; 2° Les établissements dont tous les animaux qu'ils détiennent ont une autre destination, notamment la production de viande ; ces établissements constituent la catégorie B ".

4. Aux termes du point 1.2 de la note de service n°2021-405 du 27 mai 2021 précitée : " Sont éligibles à la mesure de soutien décrite dans cette décision, les personnes physiques ou morales () ayant subi en novembre 2020 une perte de CA mensuel de l'ensemble des activités de l'exploitation d'au moins 80% par rapport au CA mensuel l'ensemble des activités de l'exploitation de novembre 2019 ". Le point 1.3 de ladite note dispose que : " Le montant de l'aide est égal à 80% de la perte de chiffre d'affaires selon les modalités précisées ci-dessous dans la limite de 10 000 euros. Lorsque la perte de CA calculée est inférieure ou égale à 1 500 euros, la subvention est égale à 100% de la perte de CA. Lorsque la perte de CA calculée est supérieure à 1 500 euros, le montant minimal de la subvention est de 1 500 euros ".

5. En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la liste des élevages ayant bénéficié d'une aide publique, en l'espèce, celle prévue par la note de service n°2021-405 du 27 mai 2021 constituent des documents administratifs et sont donc communicables en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

6. En second lieu, comme le soutient le ministre sans être sérieusement contesté, compte tenu du mode de calcul de l'aide publique prévue par la note de service n°2021-405 du 27 mai 2021 et rappelée au point 4, la communication du montant des aides attribuées est susceptible de porter atteinte au secret en matière industrielle et commerciale en révélant indirectement le chiffre d'affaires des exploitations concernées. Par suite, ces mentions ne peuvent être communiquées.

7. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant seulement qu'elle refusé de lui communiquer la liste des élevages ayant bénéficié de l'aide visée par la note ministérielle du 27 mai 2021 fixant les modalités de mise en œuvre d'un dispositif d'indemnisation exceptionnel des élevages de gibier de chasse, à l'exclusion de l'indication du montant de l'aide.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. L'exécution du jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire de communiquer à l'association requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la liste des élevages ayant bénéficié de l'aide visée par la note ministérielle du 27 mai 2021 précitée, sans indication du montant de l'aide. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite attaquée du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire est annulée en tant seulement qu'elle a refusé de communiquer la liste des élevages ayant bénéficié de l'aide visée par la note ministérielle du 27 mai 2021 fixant les modalités de mise en œuvre d'un dispositif d'indemnisation exceptionnel des élevages de gibier de chasse, à l'exclusion de l'indication du montant de l'aide.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentairede communiquer à l'association One Voice les documents visés à l'article 1er dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera l'association One Voice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association One Voice est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice et au ministre au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur, Le président,

M. A

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/5-

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