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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2204933

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2204933

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2204933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 février 2022 et le 16 septembre 2022, M. A, représenté par Me Coll, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'avancement à l'échelon exceptionnel de major au titre de l'année 2022 en refusant de l'inscrire sur le tableau d'avancement suite à la diffusion d'un télégramme des agents bénéficiant dudit avancement du 24 décembre 2021, d'autre part, l'arrêté établissant le tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major de police au titre de l'année 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de modifier la liste des agents inscrits sur le tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major de police pour l'année 2022 et de l'inscrire sur ledit tableau d'avancement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, M. B conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le télégramme du 24 décembre 2021 portant avancement à l'échelon exceptionnel au grade de major et du mouvement des majors à l'échelon exceptionnel au titre de l'année 2022, dès lors que ce télégramme ne présente pas le caractère d'une décision faisant grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, major de police, affecté à la circonscription de sécurité publique à Annemasse en tant qu'adjoint de chef de groupe au sein de la brigade de sûreté urbaine, a sollicité son inscription sur le tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major au titre de l'année 2022. La requête de M. A dirigée contre le télégramme diffusé

le 24 décembre 2021 portant avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major de police pour l'année 2022 doit être regardée comme étant également dirigée contre la décision implicite révélée par ce télégramme, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'inscription au tableau d'avancement et contre la décision portant inscription à ce tableau d'avancement de M. E B. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le refus d'inscription au tableau d'avancement n'est pas au nombre des décisions individuelles refusant aux intéressés un avantage auquel ils ont droit qui, en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, si M. A soutient que les décisions attaquées sont intervenues sans que sa situation n'ait fait l'objet d'un examen particulier, d'une part il ressort des pièces du dossier que l'intéressé apparaît sur la liste des agents promouvables à l'échelon exceptionnel du grade de major, d'autre part, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que sa candidature n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. / L'avancement de grade peut être subordonné à la justification d'une durée minimale de formation professionnelle au cours de la carrière. / Pour les fonctionnaires relevant des corps de catégorie A, il peut également être subordonné à l'occupation préalable de certains emplois ou à l'exercice préalable de certaines fonctions correspondant à un niveau particulièrement élevé de responsabilités ou à des conditions d'exercice difficiles ou comportant des missions particulières. / Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 18 ; / () ".

5. Aux termes de l'article 17 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté. ".

6. Aux termes de l'article 4 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale : " () Le grade de major de police comporte cinq échelons et un échelon exceptionnel. / Le nombre de postes de major de police à l'échelon exceptionnel est fixé par un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. / Les majors titulaires de l'échelon exceptionnel exercent leurs fonctions dans des emplois relevant d'une nomenclature fixée par arrêté du ministre de l'intérieur. " Aux termes de l'article 20 du même décret : " Peuvent accéder à l'échelon exceptionnel du grade de major de police, dans les conditions prévues au cinquième alinéa de l'article 4, les majors qui, au 1er janvier de l'année de leur accession à cet échelon exceptionnel, comptent au moins trois ans de services effectifs dans le grade de major. "

7. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'inscription au tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major de la police nationale a lieu au choix. Dès lors que le tableau d'avancement au titre de l'année 2022 ne pouvait comporter qu'un nombre limité de fonctionnaires, la valeur professionnelle de M. A ne peut être appréciée, aux fins d'inscription sur ce tableau d'avancement, que par comparaison avec celle des autres agents remplissant les conditions statutaires pour prétendre au même avancement. Lorsqu'il est saisi d'un recours tendant à l'annulation d'une décision portant inscription à un tableau d'avancement, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, qui ne saurait se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, d'analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a intégré les effectifs de la police nationale le 1er juillet 1992, qui est major depuis le 2 décembre 2015 et qui a obtenu la qualification d'officier de police judiciaire en 2001, était affecté, à la date des décisions attaquées, en qualité d'adjoint chef de groupe au sein de la brigade de sûreté urbaine de la circonscription de la sécurité publique d'Annemasse depuis le 1er septembre 2020. Il ressort de la fiche individuelle synthétique de M. A que celui-ci a obtenu, au titre des années 2018, 2019 et 2020, la note de 6 sur une échelle de 7, ainsi que trois lettres de félicitations au cours de ces mêmes années.

9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a intégré les effectifs de la police nationale le 31 décembre 1994, a été promu major le 1er juillet 2017 et a obtenu la qualification d'officier de police judiciaire en 2003. Il était affecté, à la date des décisions attaquées, en qualité de chef de l'unité des stupéfiants et de l'économie souterraine, au sein de la brigade de sûreté urbaine de la circonscription de la sécurité publique d'Annemasse depuis le 1er mai 2021. Il ressort de la fiche individuelle synthétique de M. B, que, à l'instar de M. A, il a obtenu, au titre des années 2018, 2019 et 2020, la note de 6 sur une échelle de 7. En revanche, il a eu six lettres de félicitations au cours de ces mêmes années.

10. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'emploi relevant de la nomenclature fixée par arrêté du ministre de l'intérieur, telle que mentionnée à l'article 4 du décret du 23 décembre 2004 cité précédemment, proposé à la circonscription de la sécurité publique d'Annemasse, était celui de " chef ou adjoint d'une unité au sein de la SU-OPJ, unité de lutte contre les stupéfiants ", au demeurant poste sur lequel M. A a candidaté dans sa demande d'avancement du 8 octobre 2021, dans laquelle il a également indiqué ne pas être volontaire pour tout autre poste proposé. Afin de pourvoir ce poste, le ministère de l'intérieur a recherché le profil le plus adapté parmi les agents promouvables à l'échelon exceptionnel du grade de major. Or, il ressort de la fiche individuelle synthétique de M. B que ce dernier a essentiellement exercé des fonctions lui ayant permis d'acquérir une forte expérience judiciaire et procédurale, notamment à la circonscription de la sécurité publique de Lyon où il a exercé des missions au sein de la brigade d'atteinte aux personnes et à la brigade criminelle, puis au sein de la circonscription de la sécurité publique d'Annemasse où il a occupé, à partir du mois de mai 2021, le poste de chef de l'unité contre les stupéfiants et l'économie souterraine. En revanche, la fiche individuelle synthétique de M. A révèle que ses différentes fonctions étaient davantage axées sur le recueil et l'analyse de renseignements au sein de la police aux frontières.

11. Il ressort ainsi des pièces du dossier que si l'ancienneté de M. B est moins importante au sein des services de la police nationale, il justifiait non seulement de mérites et d'appréciations comparables à M. A, mais également d'un profil professionnel davantage en adéquation avec l'emploi ayant vocation à être pourvu. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu décider d'inscrire sur le tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major M. B plutôt que M. A.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à M. F B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

La rapporteure,

C. D

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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