mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2205393 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABNET ASKOLDS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022, Mme A C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 2 septembre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de sa fille, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique en date du 4 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des Nations Unies du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Khansari a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante congolaise née le 19 décembre 1981, a sollicité le 22 octobre 2020 l'admission au séjour en France de sa fille au titre du regroupement familial. Par un arrêté du 2 septembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande. Par un courrier du 29 septembre 2021, réceptionné le 4 novembre 2021, Mme C a formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur à l'encontre de la décision du préfet de police. Une décision implicite de rejet est née le 4 janvier 2022 du silence gardé par le ministre sur ce recours. À la suite d'une demande de communication des motifs de cette décision du 17 janvier 2022, le ministre de l'intérieur a explicitement rejeté son recours le 7 février 2022. Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de police du 2 septembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 4 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. En l'espèce, par une décision du 7 février 2022, le ministre de l'intérieur a expressément rejeté le recours hiérarchique formé par Mme C le 29 septembre 2021. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de ce recours doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 7 février 2022 confirmant la décision de refus du préfet de police du 2 septembre 2021.
4. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : () 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial sur le fondement des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises. Elle dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenue par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Pour rejeter la demande de Mme C, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que le logement de l'intéressée, situé dans le 14ème arrondissement de Paris, n'est composé que de deux chambres pour une adulte et trois adolescents de sexes et fratries différents et que, de ce fait, il ne permettrait pas à la bénéficiaire, âgée de 18 ans, de disposer d'un espace personnel satisfaisant pour son épanouissement. Toutefois, il est constant que Mme C est locataire d'un appartement de type F3 d'une superficie habitable de 51,8 mètres carrés, supérieure à celle exigée par les dispositions de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est de 42 mètres carrés. Dès lors que les dispositions réglementaires applicables ne subordonnent pas le caractère normal du logement mentionné à l'article L. 434-7 à un nombre minimum de pièces en fonction de la composition de la famille mais simplement à une surface habitable minimale, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en estimant que le logement de Mme C ne respectait pas les exigences fixées par ces dispositions.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de sa fille ainsi que la décision de rejet de son recours hiérarchique en date du 7 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article R. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'âge du conjoint et des enfants pouvant bénéficier du regroupement familial est apprécié à la date du dépôt de la demande ". Dans ces conditions, bien que la fille de la requérante soit devenue majeure à la date du présent jugement, ce dernier implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de police de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par Mme C au bénéfice de sa fille Mme B et le dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 2 septembre 2021 est annulé, ensemble la décision du ministre de l'intérieur du 4 janvier 2022.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. KHANSARILa présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
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