vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2206001 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HONIG, METTETAL, NDIAYE & ASSOCIES - HMN & PARTNERS (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 mars 2022 et le 4 mai 2023, M. A C, agissant en son nom propre et en qualité d'ayant-droit de M. D C ainsi que Mme B C, représentés par Me Pugliesi, demandent au tribunal :
1°) de condamner le Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie et neurosciences à verser les sommes suivantes en réparation des préjudices subis à la suite du décès de M. E C le 8 novembre 2019 :
- 50 000 euros à la succession au titre des préjudices personnels de la victime ;
- 42 759,39 euros à M. A C, père de la victime ;
- 20 000 euros à Mme B C, sœur de la victime.
2°) de mettre à la charge du GHU Paris psychiatrie et neurosciences la somme de 8 850 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du GHU Paris psychiatrie et neurosciences est engagée en raison, d'une part, d'une faute tirée du défaut d'analyse clinique et de diagnostic ayant conduit à une sortie prématurée d'hospitalisation psychiatrique de M. E C et, d'autre part, d'une faute tirée du choix erroné du dosage du traitement médicamenteux prescrit à la victime, combinée à une carence dans sa mise en œuvre fautes dont le décès de M. C est la conséquence directe, sans qu'il puisse être retenu une minoration au titre de la perte de chance ;
- ils sont fondés à demander réparation des préjudices personnels de la victime à hauteur de 50 000 euros au titre de son préjudice moral, notamment lié à l'angoisse de sa mort imminente ainsi que de leurs préjudices propres à hauteur de 40 000 euros pour le père de la victime et de 20 000 euros pour sa soeur, au titre de leur préjudice d'affection respectif ainsi qu'à hauteur de 2 759,39 euros pour le père de la victime, au titre des frais d'obsèques, et de 4 050 euros au titre des frais d'avocat exposés lors de la procédure amiable et les opérations expertales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le GHU Paris psychiatrie et neurosciences demande à ramener les prétentions indemnitaires de la requête et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- Sa responsabilité peut uniquement être engagée au titre du défaut de diagnostic, dès lors que la GHU Paris psychiatrie et neurosciences établi que le traitement prescrit à M. C a été correctement administré ;
- Cette faute a uniquement fait perdre aux victimes directes et indirectes une chance d'éviter le dommage à hauteur de 50% et les prétentions indemnitaires des requérants au titre des préjudices moraux devront donc être ramenés à 8 500 euros pour le père et à 4 500 euros pour la sœur de la victime.
- Cette faute n'a pas entrainé de préjudice moral pour la victime au titre de l'angoisse de la mort imminente et la demande indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 30 novembre 2021, par laquelle le vice-président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée à une somme de 2 000 euros.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Aubigeon pour M. et Mme C,
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, né le 18 décembre 1990, a été hospitalisé à compter du 15 octobre 2019 au sein de l'unité de soins psychiatriques située sur le site de l'hôpital Henri Ey, établissement du GHU Paris psychiatrie et neurosciences (GHUPPN), sous le régime des soins psychiatriques à la demande d'un tiers, à la suite d'une tentative de suicide commise le même jour. Par une ordonnance du 24 octobre 2019, le juge de la liberté et de la détention près le tribunal de grande instance de Paris a prolongé cette hospitalisation complète continue. Quelques heures après son retour d'une permission de sortie pour une nuit, M. C a été autorisé par le GHU Paris psychiatrie et neurosciences à sortir définitivement le 8 novembre 2019 à 14 heures. Il s'est suicidé le même jour à 18 heures. Par une requête en référé expertise du 20 mai 2020, M. A C, père de la victime, a sollicité une expertise médicale. Par une ordonnance en date du 9 décembre 2020, le président du tribunal a désigné un expert qui a rendu son rapport le 21 juillet 2021. Par courrier du 17 novembre 2021, réceptionné le 19 novembre suivant et resté sans réponse, M. A C et Mme B C, sœur de la victime, ont adressé, par le truchement de leur conseil, au GHUPPN une réclamation préalable en vue d'être indemnisés de leurs préjudices propres ainsi que des préjudices personnels de M. D C, résultant du décès de ce dernier. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de condamner le GHUPPN à leur verser la somme totale de 113 759,39 euros.
Sur la responsabilité pour la faute commise par le GHU Paris psychiatrie et neurosciences :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, compte tenu, d'une part, de la pathologie et de l'état délirant de la victime à la date du 8 novembre 2019P et, d'autre part, du dosage moyen-faible du psychotrope choisi comme traitement, la sortie du patient ce jour, décidée sur la base d'une analyse clinique défaillante, était prématurée. Cette faute est d'ailleurs reconnue en défense par le GHUPPN.
4. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le traitement, et notamment le choix du dosage moyen-faible, était conforme aux données acquises de la science et que le protocole de traitement a été correctement suivi par le personnel soignant du GHUPPN. Par suite, si, comme il a été dit plus haut, l'absence de surveillance en hospitalisation complète des effets de ce traitement pendant une durée plus longue constitue une carence fautive, aucune faute ne peut être reprochée au GHUPPN du fait du choix du traitement ou de sa mise en œuvre, en eux-mêmes.
5. Par suite, les requérants sont uniquement fondés à demander à ce que la responsabilité du GHUPPN soit engagée en raison de la faute tirée de la sortie prématurée de la victime. A cet égard, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que cette faute, si elle a permis à la victime de commettre son autolyse, lui a uniquement fait perdre, au regard de son état antérieur et de l'incertitude liée au risque suicidaire, une chance d'éviter le dommage. Si le rapport d'expertise n'évalue pas cette perte de chance, le GHUPPN fait valoir que la décision fautive d'autoriser la sortie de la victime lui a fait perdre une chance de 50% d'éviter son suicide, compte tenu notamment de son état antérieur et du degré de prévisibilité de ce passage à l'acte au regard de l'état psychique du sujet à sa sortie. Alors que les requérants soutiennent uniquement que le GHUPPN neurosciences doit être regardé comme entièrement responsable du dommage en raison en outre de la faute médicale concernant le traitement, dont il a été dit qu'elle n'était pas caractérisée, sans contredire en réplique l'administration sur le degré de perte de chance associée à la seule sortie prématurée et sans apporter d'éléments permettant d'établir que son état de santé se serait amélioré de manière certaine en l'absence de la faute commise par les services de l'hôpital Henri Ey, il y a lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, de fixer à 50% la perte de chance.
Sur les préjudices de la victime directe :
6. Les requérants soutiennent que M. C a subi avant son décès un préjudice résultant de la conscience qu'il a eu de son état de santé et de l'imminence de sa mort, et demandent à ce titre la somme de 50 000 euros. Toutefois, l'existence pour la victime d'une prise de conscience d'une espérance de vie réduite, à la supposer établie au regard de son état délirant au moment de son décès, ne résulte pas des manquements imputables au GHUPPN mais de sa maladie elle-même. Par suite, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du GHUPPN la somme demandée au titre de ce poste de préjudice.
Sur les préjudices des victimes indirectes :
7. En premier lieu, pour justifier des frais d'obsèques, le père de la victime produit uniquement un devis non signé et ne précisant pas la date d'inhumation de son fils, pour un montant de 2 759,39 euros. Toutefois, malgré une mesure d'instruction en ce sens, il n'établit pas avoir effectivement engagé cette dépense. Il n'y pas donc pas lieu de la mettre à la charge du GHUPPN.
8. En deuxième lieu, M. C doit être regardé comme demandant, au titre des frais divers, que soit mis à la charge du GHUPPN les frais d'avocat qu'il a exposés lors de la procédure amiable et des opérations expertales, soit une somme totale de 4 050 euros correspondant à l'étude initiale du dossier, à la rédaction du référé tendant à ce que soit désigné un expert, à la participation à l'expertise médicale et à la rédaction de la demande indemnitaire préalable. Ces frais, qui ont été utiles à la solution du litige, résultent entièrement du dommage subi par M. C. Il en résulte qu'il y lieu d'allouer l'intégralité de cette somme au requérant. En revanche, les frais d'avocats qu'il a engagés dans le cadre de la présente requête relèvent uniquement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le père et la sœur de la victime ont subi du fait de son décès un préjudice d'affection dont il sera fait une juste appréciation en le fixant respectivement à 10 000 euros pour le père et 5 000 euros pour la sœur. Il y a donc lieu, après application du taux de perte de chance de 50 %, de mettre à la charge du GHUPPN la somme de 5 000 euros à verser à M. A C et de 2 500 euros à verser à Mme B C au titre de ce poste de ce préjudice.
Sur les dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 2 000 euros, doivent être mis à la charge définitive du GHUPPN.
Sur les frais non compris dans les dépens :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a de lieu de mettre à la charge du GHUPPN au profit des requérants la somme totale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences versera la somme de 9 050 euros à M. A C.
Article 2 : Le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences versera la somme de 2 500 euros à Mme B C.
Article 3 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros, sont mis à la charge définitive du Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.
Article 4 : Le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences versera conjointement à M. et Mme C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et au Groupe hospitalier universitaire paris psychiatrie et neurosciences.
Copie en sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard , premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
B. Lautard-Mattioli
La présidente,
K. WeidenfeldLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026