mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2206154 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, M. A B, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de sa fille mineure, C B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la vice-consule auprès de l'ambassade de France au Bénin en date du 17 septembre 2021, remise en mains propres lui refusant le renouvellement du passeport de sa fille C B, ensemble la décision du 7 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté le recours hiérarchique présenté le 18 novembre 2021 à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de lui délivrer le passeport sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles ne sont pas motivées;
- elles méconnaissent le principe du contradictoire et les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- elles sont entachées d'erreur de droit dès lors que la nationalité française au regard de la filiation paternelle est parfaitement établie et qu'il ne pouvait pas lui être demandé de produire un certificat de nationalité française pour une demande de renouvellement de passeport ;
- la décision l'informant du rejet de sa demande de certificat de nationalité française ne lui a jamais été transmise par les autorités consulaires ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles portent atteinte à la liberté d'aller et venir de sa fille C.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 17 mai 2022, la ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juin 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne
- le code civil,
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005,
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 31 août 2021, M. A B a sollicité auprès des services consulaires de l'ambassade de France à Cotonou (Bénin) le renouvellement d'un passeport pour sa fille mineure, C B, née le 11 août 2007 à Cotonou. Par une décision du 17 septembre 2021, la vice-consule près de l'ambassade de France au Bénin a rejeté cette demande. M. B a formé contre cette décision un recours hiérarchique réceptionné le 18 novembre 2021 et rejeté par le ministre de l'Europe et des affaires étrangères le 7 janvier 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision de la vice-consule près de l'ambassade de France au Bénin en date du 17 septembre 2021, ensemble la décision du 7 janvier 2022 du ministre de l'Europe et des affaires étrangères rejetant son recours hiérarchique présenté le 18 novembre 2021.
Sur la légalité de la décision du 17 septembre 2021 :
2. En premier lieu, la décision contestée du 17 septembre 2021 a été signée par Mme D F, cheffe de la section consulaire, disposant à cet effet d'une délégation de signature de l'ambassadeur de France au Bénin en vertu d'une décision du 25 septembre 2020 dont il n'est pas contesté qu'elle a été publiée par voie d'affichage dans un lieu accessible au public à l'intérieur des locaux du poste consulaire. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". La décision du 17 septembre 2021 comporte le prénom, le nom, la qualité et la signature de son auteur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211 5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. En l'espèce, la décision contestée qui vise, notamment, le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2015, indique que la qualité de ressortissante française de la jeune C n'était plus établie dès lors qu'une décision de refus de délivrance de certificat de nationalité française a été opposée le 22 juillet 2020 par le pôle de la nationalité française du tribunal judiciaire de Paris et que la délivrance du passeport sollicité était conditionnée à la production du certificat de nationalité délivré au nom de l'enfant. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la vice-consule pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué par M. B tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
6. En quatrième lieu M. B soutient que la décision attaquée est irrégulière faute d'avoir été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, si l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne consacre au a) de son § 2 : " le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ", ces stipulations s'appliquent, conformément à article 51 de ladite Charte, " aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ". La délivrance d'un passeport ou d'une carte nationale d'identité, qui relève de la pleine souveraineté de la France, n'est pas régie par le droit de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est donc inopérant et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ". Aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ".
8. Pour l'application des dispositions précitées, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance de passeport ou de carte nationale d'identité.
9. Il ressort des pièces du dossier que le certificat de nationalité française sollicité auprès du pôle de la nationalité de Paris par M. B pour sa fille C lui a été refusé par une décision du 22 juillet 2020, au motif que celui-ci n'avait jamais fourni les documents demandés le 30 novembre 2015 puis le 11 octobre 2017 et notamment, les actes de naissance de ses parents. L'intéressé soutient établir par les documents qu'il a produit la nationalité et l'identité de sa fille, sans qu'il soit nécessaire de fournir un certificat de nationalité française et il fait valoir qu'il n'a jamais eu connaissance d'un courrier du tribunal judiciaire de Paris lui refusant ce certificat. Toutefois, M. B ne justifie ni même n'allègue avoir engagé des démarches pour obtenir ce document auprès des autorités compétentes lorsqu'il a eu connaissance des motifs de refus qui lui étaient opposés, au plus tard le 17 mai 2022, dans le cadre de la présente procédure et au demeurant, il ne conteste pas que les différents courriers, dont il allègue ne pas avoir été destinataire, lui ont été adressés à son adresse habituelle. Dans ces conditions, les autorités consulaires justifient d'un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'enfant et ont pu sans commettre d'erreur de droit, se fonder sur un tel motif pour refuser le renouvellement du passeport de la jeune C. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté pour le même motif.
10. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que la jeune C B possède la nationalité lui permettant de se voir délivrer des documents de voyage. Par suite, la méconnaissance de sa liberté d'aller et de venir ou la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être utilement invoquées à l'appui des conclusions dirigées contre la décision attaquée.
11. Il résulte ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2021 par laquelle la vice-consule auprès de l'ambassade de France au Bénin lui a refusé le renouvellement du passeport de sa fille, C B.
Sur la légalité de la décision du 7 janvier 2022 :
12. En premier lieu, lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision d'une autorité consulaire statuant sur la demande de renouvellement d'un passeport, sa décision ne se substitue pas à celle de cette autorité. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, celle du ministre par voie de conséquence de l'annulation de celle de l'autorité consulaires, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués, au soutien des conclusions dirigées contre cette décision. Il suit de là que les moyens de M. B tirés de l'incompétence de la décision ministérielle, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l'insuffisance de sa motivation et du vice de procédure, sont inopérants pour contester la légalité de cette décision.
13. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe de la liberté d'aller et venir doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés pour rejeter des conclusions dirigées contre la décision initiale du 17 septembre 2021.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Une copie du jugement sera adressée à l'ambassade de France à Cotonou (Bénin).
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La rapporteure,
S. E
Le président,
Y. MarinoLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2206154/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026