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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207474

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207474

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207474
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDIANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 30 mars 2022 et le 16 septembre 2023, Mme C A, représentée par Me Diani, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme de 150 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 décembre 2021, avec capitalisation à chaque anniversaire, en indemnisation des préjudices résultant du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le non renouvellement de son contrat est fautif et constitutif d'une discrimination fondée sur son état de santé, dès lors qu'il a été décidé après qu'elle se soit vue reconnaître le statut de travailleur handicapé ;

- cette faute lui a causé un préjudice d'un montant global de 150 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Errera,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Me Diani représentant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A a été recrutée, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 27 mars 2020, en qualité de biostatisticienne senior au centre de pharmacoépidémiologie (Cephépi) de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour la période du 1er avril 2020 au 31 mars 2021. Par une décision en date du 13 septembre 2021, le directeur général de l'AP-HP a informé Mme A de ce que son contrat de travail ne serait pas renouvelé. Mme A demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 150 000 euros au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de ce non-renouvellement de contrat.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction alors applicable : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de () de leur état de santé () ".

3. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux qui permettent d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A a été prise en raison de l'incapacité de l'intéressée à exercer ses fonctions de manière adéquate et à atteindre les objectifs qui lui avaient été fixés. L'AP-HP indique en défense, sans être sérieusement contredite à cet égard, que dès les premiers mois, le travail effectué par Mme A a été considéré comme insuffisant et comme nécessitant, de la part de son encadrement, une vigilance particulière. Au mois d'août 2020, il a été observé que Mme A a rencontré des difficultés et a effectué un travail en-deçà du standard attendu. Elle n'a pas été en mesure de fournir le travail attendu d'une biostatisticienne en termes d'analyse de données et de vérification de la cohérence des résultats. L'attention de Mme A a été appelée sur ces points dans des courriers électroniques d'une de ses collègues, Mme B, en date des 12 et 13 août 2020, lui signalant plusieurs résultats incohérents, faute de vérification. Il a été confirmé, par la suite, que Mme A a été dans l'incapacité persistante de fournir un travail conforme aux attentes de sa hiérarchie. Les nombreuses incohérences identifiées dans ses rapports ont obligé ses collègues à fournir un important travail de contrôle et de vérification, alourdissant ainsi leur charge de travail. L'évaluation réalisée au titre de l'année 2020 a ainsi relevé, au titre des difficultés rencontrées par l'agent, la gestion du stress et des priorités, la rubrique relative à l'allocation des ressources en fonction des priorités et des contraintes étant renseignée comme " à développer ". Au titre de l'appréciation globale de l'évaluateur, il était également indiqué que l'agent devait " prendre de la distance avec les remarques des investigateurs afin de mieux gérer son stress et pouvoir travailler plus sereinement ". L'évaluation réalisée au titre de l'année 2021 comportait quant à elle l'évaluation littérale suivante : " l'agent n'a pas progressé selon les souhaits et les besoins de la structure. L'agent a été recruté pour un poste de biostatisticien senior mais au bout d'une année n'a pas acquis une autonomie attendue pour ce poste. / En effet, l'agent ne parvient pas à travailler sur plusieurs études en parallèle mettant en difficulté la structure qui prend du retard sur plusieurs projets (et donc ne respectant pas les délais pour rendre les rapports) et nécessitant une adaptation et une surcharge d'activités pour les autres agents de la structure. / Par ailleurs, dès que l'agent a un problème sur une analyse, l'agent se bloque sans parvenir à trouver une solution ou faire abstraction de ce blocage et ne parvient pas à avancer sur d'autres projets en attendant d'obtenir une solution en interne ou en externe, sollicitant de manière répétitive les équipes. L'agent doit donc améliorer son organisation de travail, la gestion des priorités et gagner en autonomie. / De plus, un manque de rigueur dans la transmission des rapports d'analyse de l'agent a été identifié. L'agent doit en effet améliorer la rédaction des rapports d'analyse (relecture des résultats transmis, explication des analyses effectuées, interprétation des résultats transmis, prise en compte des commentaires des relecteurs) / Du fait de ces différents manquements concernant les objectifs et les compétences requises pour ce poste, il a été décidé de ne pas renouveler l'agent. "

6. Mme A se borne à contester l'appréciation professionnelle qui a été portée sur elle, et allègue, sans fournir le moindre élément probant à cet égard, être victime d'une discrimination en raison de son état de santé et de son handicap. Il résulte en outre de l'instruction que Mme A a exprimé dès le mois de juillet 2021 son souhait de ne pas renouveler son contrat, et a candidaté à d'autres postes dans d'autres établissements hospitaliers. Par suite, en l'absence de toute illégalité et, partant, de toute faute qui aurait été commise par l'AP-HP au titre de la décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A, les conclusions indemnitaires de cette dernière ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. ERRERALe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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