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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208603

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208603

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCAYLA DESTREM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2022 et 19 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Cayla-Destrem, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 7 janvier 2022 et 2 mars 2022 par lesquelles le directeur de Pôle emploi Ile-de-France l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée d'un mois à compter du 7 janvier 2022 ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de vices de forme dès lors, d'une part, qu'elles ne mentionnent pas les noms et prénoms de leurs signataires, d'autre part, que la décision du 7 janvier 2022 n'est pas signée et, enfin, que la décision du 2 mars 2022 comporte une signature manuscrite qui ne permet pas d'identifier son auteur ;

- elles sont signées par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature du directeur délégué visée à l'article R. 5412-1 du code du travail au directeur d'agence ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de respect de la procédure d'information préalable prévue à l'article R. 5412-7 du code du travail ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a candidaté à des emplois.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 juillet 2022, 25 octobre 2022, 7 décembre 2022 et 16 janvier 2023, Pôle emploi conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen de légalité externe dirigé contre la décision du 7 janvier 2022 est inopérant dans la mesure où la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire du 2 mars 2022 s'est substituée à cette décision ;

- les vices de légalité externe entachant la décision du 2 mars 2022 sont inopérants s'agissant d'un litige relevant des contentieux sociaux prévus à l'article R. 772-8 du code de justice administrative ; en tout état de cause, la directrice de la production régionale au sein de la plate-forme régionale du contrôle de la recherche d'emploi (CRE) bénéficiait d'une délégation de signature de la directrice régionale de Pôle emploi Ile-de-France et Pôle emploi peut fournir l'original de la décision du 2 mars 2022 dont la décision contestée constitue une ampliation ;

- le requérant ne justifie pas d'actes positifs et répétés de recherches d'emploi et/ou d'actions permettant d'établir la reconversion professionnelle résultant de la mise en œuvre du projet personnalisé d'accès à l'emploi ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 5 décembre 2022, le tribunal a demandé à Pôle emploi de produire, pour compléter l'instruction, une copie de l'original de la décision attaquée du 2 mars 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 7 janvier 2022, confirmée par une décision du 2 mars 2022 prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé, le directeur de Pôle emploi Ile-de-France a radié M. B de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée d'un mois à compter du 7 janvier 2022, pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 2 mars 2022 qui s'est substituée à la décision du 7 janvier 2022.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5412-1 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : 1° () ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise () ". Aux termes de l'article L. 5426-2 de ce code : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. () ". En vertu du 2° de l'article R. 5412-5 du même code, la radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription pendant une période d'un mois lorsque sont constatés pour la première fois les manquements mentionnés au 1° de l'article L. 5412-1. De même, en application de l'article R. 5426-3 de ce même code, le directeur mentionné à l'article R. 5312-6, supprime le revenu de remplacement pour une durée d'un mois en cas de manquement mentionné au 1° de l'article L. 5412-1. Il résulte de ces dispositions que la radiation d'une personne de la liste des demandeurs d'emploi prononcée sur le fondement du 1° de l'article L. 5412-1 du code du travail a le caractère d'une sanction que l'administration inflige à un administré.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 5312-26 du code du travail : " Le directeur régional représente Pôle emploi dans ses relations avec, les usagers, les agents et les tiers et dans les actions en justice et les actes de la vie civile intéressant la région (). Il prend l'ensemble des décisions en matière de gestion de la liste des demandeurs d'emploi, notamment les décisions mentionnées aux articles R. 5411-18, R. 5412-1 et R. 5412-8. Il décide de la suppression du revenu de remplacement et du prononcé de la pénalité administrative dans les conditions prévues aux sections 2 et 3 du chapitre VI du titre II du livre IV de la présente partie. / Le directeur d'un établissement créé sur le fondement du 7° de l'article R. 5312-6 () décide le cas échéant de la radiation et de la suppression du revenu de remplacement () ". Aux termes de l'article R. 5412-8 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi forme un recours préalable devant le directeur régional de Pôle emploi. Ce recours n'est pas suspensif ". Aux termes de l'article R. 5426-11 de ce code : " Le demandeur d'emploi intéressé forme, lorsqu'il entend contester la décision de suppression du revenu de remplacement, un recours préalable devant le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est ainsi seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. En l'espèce, en premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". D'une part, le moyen tiré de l'absence de mention des prénom et nom de l'auteur de la décision du 7 janvier 2022 et de signature de cette décision ainsi que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte se rapportent à des vices propres à cette décision qui ne peuvent pas être utilement invoqués pour les raisons indiquées au point 3 du présent jugement. D'autre part, comme le requérant le soutient, la décision du 2 mars 2022 qui s'est substituée à la décision du 7 janvier 2022, ne fait pas non apparaître le nom, le prénom et la qualité du directeur de de la plate-forme régionale du contrôle de la recherche d'emploi (CRE) qui l'a signée. Toutefois, il est établi par les pièces du dossier que la signataire de cette décision était Mme E D, directrice de la production régionale au sein de la CRE et que cette dernière bénéficiait d'une délégation de signature de la directrice régionale de Pôle emploi Ile-de-France n° 2021-61 DS PTF CRE du 19 novembre 2021, régulièrement publiée au bulletin officiel de Pôle emploi. En outre, la décision du 2 mars 2022 comporte la signature de son auteur, dont il est possible de déduire le nom de Mme D. Par suite, les deux branches du moyen tiré du vice de forme doivent, dans les circonstances de l'espèce, être écartées.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 5412-7 du code du travail : " Lorsqu'il envisage de prendre une décision de radiation, le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 informe préalablement par tout moyen donnant date certaine l'intéressé des faits qui lui sont reprochés et de la durée de radiation envisagée, en lui indiquant qu'il dispose d'un délai de dix jours pour présenter des observations écrites ou, s'il le souhaite, pour demander à être entendu, le cas échéant assisté d'une personne de son choix ". Si M. B soutient n'avoir pas été mis en mesure de présenter ses observations avant que ne soit prise à son encontre la sanction du 7 janvier 2022, il a exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu les dispositions citées au point 3 du présent jugement et a ainsi pu, en tout état de cause, faire valoir ses observations avant que ne soit prise la décision du 2 mars 2022 qui s'y est substituée. Au surplus, M. B conteste, devant le tribunal, avoir reçu la lettre du 10 décembre 2021 l'informant de la mise en œuvre de la procédure contradictoire ainsi que le questionnaire du 22 novembre 2021 qui lui a été adressé dans le cadre du contrôle diligenté par Pôle emploi et dément avoir présenté ses observations en réponse la lettre du 10 décembre 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'il a été informé de la mise en œuvre d'une procédure de contrôle pour vérifier le respect de son obligation de recherche d'emploi par une lettre du 22 novembre 2021 à laquelle était jointe un questionnaire qu'il a rempli le 3 décembre 2021 et qu'il a participé à un rendez-vous téléphonique dans ce même cadre le 9 décembre 2021 à l'issue duquel ses obligations lui ont été rappelées ainsi que la nécessité de transmettre les justificatifs des démarches accomplies avant le 10 décembre 2021. En outre, il ne ressort d'aucune pièce versée au dossier qu'il se serait plaint du non-respect de la procédure contradictoire dans le cadre de son recours obligatoire ou encore à l'appui de sa réclamation portée devant le médiateur de Pôle emploi alors qu'il ressort de ces réclamations que l'intéressé était informé du contrôle mis en œuvre par Pôle emploi. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. B, qui a été mis à même de présenter ses observations dans le cadre du contrôle diligenté à son encontre puis avant l'intervention de la sanction du 2 mars 2022 prise sur recours obligatoire, aurait été, en l'espèce, privé d'une garantie.

6. En dernier lieu, M. B ne produit aucun élément probant ni même aucune explication circonstanciée permettant d'établir qu'il aurait effectivement accompli des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi alors que les conclusions des entretiens des 16 septembre 2021 et 9 décembre 2021 dont il se prévaut se réfèrent uniquement à ses propres déclarations orales relatives à ses démarches de recherches d'emploi. Dans ces conditions, Pôle emploi n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 du présent jugement en prononçant la sanction litigieuse à son encontre.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la directrice de Pôle emploi Ile-de-France du 2 mars 2022, confirmant, à la suite de son recours administratif préalable obligatoire, la décision du 7 janvier 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

E. CLa greffière,

C. Latour

La République mande et ordonne au ministre chargé de l'emploi en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./3-2

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